Alsace : circuit touristique sur la route des vins

Par Hughes Derouard

La route des vins d'Alsace qui serpente sur les collines des contreforts vosgiens est probablement la route viticole la plus célèbre de France. Nous avons emprunté cet itinéraire qui s'étire sur 180 kilomètres, de Marlenheim à Thann. Passez par Mittelbergheim, Traenheim, Obernai, Otrott, Hunawihr, Riquewihr, Ammerschwihr... Des noms bien étranges pour de magnifiques villages.

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Juché sur une colline, cerclé de vignes, Mittelbergheim porte partout les traces de son passé viticole. Là, un vieux pressoir du XVIIe siècle ; ici, dans la rue Principale, les vieilles enseignes pittoresques de vignerons. La cave voûtée de l’hôtel de ville garde, bien protégée derrière des grilles, un trésor : 6 000 des meilleures bouteilles laissées année après année par la vingtaine de producteurs que compte le village (pinot noir, gewurztraminer grand cru, tokay-pinot gris, riesling grand cru...). Un précieux livre de comptes accompagne cette collection, le Weinschlagbuch. Il comprend des commentaires inscrits, saison après saison, par les villageois relatant la météo et la santé du vignoble : la première note date du XVe siècle ! Odeurs de pressoir, effluves de gewurz épicé...

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Hunawihr (67) est ceint de vignes renommées. Son église du XIVe siècle accueille sans distinction les cultes catholique et protestant.

Tout droit dans le couronne d'or en passant par Traenheim

Dominé par la tour de son église romane, le village de Traenheim, au nord de la route des vins, semble, lui, à peine perturbé par la période des vendanges. Les touristes ont beau se faire plus rares, Guillaume Mochel, qui vinifie les sept cépages alsaciens, ne s’en plaint pas. « Nous en sommes à la quatorzième génération de vignerons : ça remonte à 1699 ! Plus de 70% de la vente se fait sur place. On est dans la Couronne d’or, un endroit qui bénéficie de l’ensoleillement à l’ouest grâce à l’ouverture de la vallée de la Bruche. » Ancré dans le terroir, mais ouvert sur le monde, ce jeune viticulteur aux allures d’étudiant a bourlingué dans les vignobles de Nouvelle-Zélande et de Toscane. « Chez nous, on fait tout de A à Z, de la plantation au collage de l’étiquette en passant par la mise en bouteilles. » Un côté artisanal qui plaît à un public fidèle qui vient régulièrement se ravitailler en bons flacons de grand cru altenberg de Bergbieten. Ses vins sont tout particulièrement recommandés par Romain Iltis, meilleur sommelier de France en 2012. Ce trentenaire originaire de Wihr-au-Wahl vante les vins d’Alsace avec passion et aime partager ses petits domaines de prédilection.

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Auberge de Traenheim

On est dans la couronne d'Or, un endroit qui bénéficie de l'ensoleillement à l'ouest grâce à l'ouverture de la vallée de la Bruche.

Guillaume Mochel

Sur la route d'Obernai en passant par Rosheim

C’est un ruban enchanté. Un itinéraire de rêve pour épicurien. Une mer de ceps, ponctuée d’innombrables caves ancestrales et quelques-uns des plus beaux villages d’Alsace. Conservateurs au bon sens du terme, les Alsaciens soignent leurs façades, restaurent leurs églises, leurs châteaux, entretiennent leurs ruines qui dominent la forêt. » Voyez Rosheim, belle oubliée du Bas-Rhin. Une fois passée la porte fortifiée de l’École se découvre un village typiquement alsacien, au charme immédiat. Son église romane en grès jaune, Saint-Pierre-et-Saint-Paul, aux drôles de sculptures des évangélistes sur le toit, sa grand-rue avec sa boulangerie Rohmer – la plus ancienne de France, elle daterait de 1600 – , son enseigne pittoresque à la forme de cigogne composent un vrai décor de cinéma. Juste après la ville d’Obernai (la ville la plus visitée d’Alsace après Strasbourg), Otrott, est, connu pour être le point de départ des sentiers pour le mont Saint-Odile dédié à la patronne de l’Alsace. Otrott-le-Bas et Otrott-le-Haut, sont célèbres pour leur vin rouge charpenté et fruité, rare enclave de pinot noir parmi les cépages blancs.

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Le village d'Obernai

Barr : un concentré d'Alsace

Réputé pour son grand cru kirchberg, Barr, 7000 habitants, constitue un bon point de départ pour rayonner dans la région. Les rues sont un peu désertes ce matin-là, on sort de quatre jours de fêtes des vendanges, mais c’est un concentré d’Alsace. Imaginez le tableau : sous vos yeux, une belle place de l’Hôtel-de-Ville, au centre de laquelle une fontaine, une auberge (Le Brochet) remontant au XVIe siècle, des ruelles pavées bordées de vieilles maisons Renaissance croulant sous les géraniums. Une délicieuse ambiance surannée. Et que dire de Rodern, avec pour toile de fond, perché sur son éperon, la silhouette moyenâgeuse du Haut-Koenigsbourg, revue par Guillaume II ?

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Dans le village de Barr, un concentré de pittoresque villageois. Au fond, l'hôtel-restaurant Le Brochet

De Ribeauvillé à Riquewhir

Bientôt, vous voilà à Ribeauvillé. La petite ville viticole est aussi celle de l’eau de source Carola. Ses ruelles pavées, sa place de l’Hôtel-de-Ville, ornée d’une imposante fontaine du XVIe siècle, grouillent de vie. Boire un gewurztraminer en terrasse, manger une flammekueche à l’ombre de sa tour médiévale des Bouchers ou sous la protection plus lointaine des silhouettes des châteaux de Ribeaupierre, c’est inoubliable.

Mais voici Hunawihr. Avec son église-sentinelle entourée d’un cimetière fortifié veillant sur le vignoble, sa vieille fontaine du XIVe siècle, le bourg, est labellisé Plus beaux villages de France. C’est la carte postale parfaite. Mais c’est pourtant à Riquewihr que se pressent les visiteurs. Protégé par ses remparts, il présente un ensemble de maisons et façades des XVIe et XVIIe siècles miraculeusement intactes, cerclé par les vignes du Schoenenbourg. Il ne manque pas une enseigne pittoresque en fer forgé, pas une tuile sur les toits, pas une winstub chaleureuse... On se croirait plongé dans une aquarelle de Hansi. Ça tombe bien, le dessinateur a son musée ici. Surtout, aussi petit Riquewihr soit-il, on a l’impression de n’avoir jamais fini de faire le tour de ses fantaisies architecturales médiévales et Renaissance. N’hésitez pas à crapahuter dans les sentiers viticoles sur les hauteurs pour découvrir le village dans son ensemble.

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À Riquewhir, labellisé plus Beaux Villages de France. Dans la rue du Général-de-Gaule, les demeures à pans de bois abritent quelques grandes maisons viticoles. Cette petite ville a conservé son patrimoine bâti des XVIe et XVIIe siècles

Le donjon de Kayserberg

Au pied des Vosges, la route, après Riquewihr, est parmi les plus belles de France. Il y a d’abord Kaysersberg, la ville natale d’Albert Schweitzer, ceinturée de remparts. Sous la surveillance de son donjon impérial, planté sur son piton rocheux, ses maisons à pans de bois qui bordent la Weiss, son vieux pont fortifié de 1514, sa fontaine du XVIe siècle sur sa place du Vieux-Marché, lui confèrent un cachet unique. Quant à Ammerschwihr, c’est un beau trompe-l’œil. Des façades à colombages, des rues pavées, on croirait le village sorti d’une enluminure ancienne... Et, voilà qu’on apprend qu’il a été détruit à plus de 80 % durant la Seconde Guerre mondiale, témoin des combats de la « poche de Colmar »... Mais il a été méticuleusement restauré... comme avant !

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Vue d'ensemble de la place du Vieux-Marché de Kaysersberg et l'église de Sainte-Croix

De Niedermorschwihr à Eguisheim

L’endroit a beau être connu, on a l’impression de faire une découverte : au détour d’un virage surgit, solitaire, le village de Niedermorschwihr, qui apparaît bien petit face aux collines du grand cru sommerberg. Seul son étrange clocher tors semble vouloir se hisser à la hauteur du vignoble. Ici, dans ce village qui semble loin de tout, une star opère : Christine Ferber, la fameuse fée des confitures, qui exporte ses préparations artisanales dans le monde entier... Après Colmar, « capitale de la route des vins », se découvre l’autre vedette du vignoble alsacien : Eguisheim, élu «village préféré des Français» à la suite d’une émission de télévision – accroissant encore le nombre de visiteurs. La cité laisse apparaître une configuration singulière : les rues médiévales s’enroulent autour du cœur historique et dessinent trois superbes cercles concentriques jusqu’à la place du château. Là, une sorte de plate-forme octogonale réunit le château des comtes d’Eguisheim, la chapelle Saint-Léon, à la belle toiture de tuiles vernissées, et une monumentale fontaine au-dessus de laquelle se dresse la statue de Léon IX, pape qui serait né à Eguisheim en 1002. Oriels.

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Une visite d'Eguisheim ne peut être économe de dégustations des vins du cru

Les louanges de Montaigne

Le voyage s’arrête dans la vallée de la Thur, plus industrielle, sur une note grandiose : la ville de Thann, dont Montaigne, déjà, louait « les coteaux pleins de vignes, les plus belles, et les mieux cultivées ». Il y a d’abord le grand cru rangen, à déguster – le plus méridional des vins d’Alsace. Et l’on reste béat devant sa collégiale Saint-Thiébaut, l’un des plus beaux sanctuaires gothiques d’Alsace avec son portail occidental constitué de pas moins de 500 personnages. Divin !

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La collégiale Saint-Thiébaut et ses 500 personnages
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