Bayonne, une ville très sportive

Par Philippe Bourget

Les fêtes de juillet à Bayonne sont les plus grandes de France et les 300 000 festayres colportent l’image d’une cité « cigale », prompte à s’amuser. C’est une erreur. Si son sens de la convivialité est avéré, la cité de l’Adour est aussi laborieuse et sportive. Le rugby, la pelote et l’aviron incarnent le goût de l’effort des Bayonnais et rappellent la ferveur du public pour ses champions.

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Bayonne, la Nive et bien sûr l'aviron

Dans les stades, sur l’eau (la Nive et l’Adour), dans les trinquets et sur les frontons, la ville cultive sa passion pour trois disciplines, dont elle est pour ainsi dire la capitale basque : le rugby, l’aviron et la pelote. Si on ajoute le golf (sur le parcours du Makila Golf Club) et le sport taurin, on obtient la quinte gagnante d’une cité où le plaisir de la fête est d’autant plus apprécié qu’il compense les litres de sueur abandonnés sur les terrains d’exercice.

Un nouveau Bayonne

La visite débute par le bien nommé quartier des Arènes. Une sorte de nouveau Bayonne résidentiel, construit dès la fin du XIXe siècle pour répondre à l’expansion de la ville. Les arènes, bel ouvrage d’inspiration mauresque, ont été inaugurées en 1893. Avec Arles, Nîmes et Béziers, Bayonne est l’une des places fortes de la tauromachie française. Chaque année, fin août, la feria remplit les gradins et accueille des toreros de renom. Poussons la porte du calléjon, à la rencontre de Lionel Lohiague. Cela fait des années que le gaillard officie comme gardien des arènes, après un bout de carrière en Espagne comme novillero et picador. Les coulisses de la piste, il les connaît par coeur : l’entrée du toril où les habitués viennent jauger les bêtes, le recueillement du matador dans la chapelle des arènes, son stress avant l’entrée sur le sable, les bravos ou sifflets du public… Bayonne est une vraie plaza de toros, n’en déplaise aux détracteurs de la corrida. Les arènes reçoivent aussi des matches de rugby à 7 et même des concours de pétanque.

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Les costumes rouges et blancs sont de sortis lors des Ferias de Bayonne

Avec Arles, Nîmes et Béziers, Bayonne est l’une des places fortes de la tauromachie française. Chaque année, fin août, la feria remplit les gradins et accueille des toreros de renom.

Rendez-vous au trinquet moderne

Dans ce même quartier se trouve le trinquet moderne. Un terrain de pelote inédit puisqu’il fut le premier au monde, en 1997, à être conçu avec des parois de verre, pour améliorer la visibilité du public. Ici se déroulent les compétitions officielles de pelote, à mains nues, pala, joko garbi, chistera… Et si vous doutez que Bayonne soit l’épicentre français de ce sport, sachez que le bâtiment abrite le siège de la Fédération française de pelote basque. Presque tous les quartiers hébergent des trinquets qui rendent compte d’une pratique ancienne populaire. Ainsi sur la rive droite de l’Adour, à Saint-Esprit. Dans ce faubourg où Juifs, Espagnols et Maghrébins migrèrent, autour de la gare et de sa population laborieuse, la ruelle pentue Tombeloli découvre, caché au fond de l’impasse, le club du Rail Bayonnais et son fronton des cheminots. Mais c’est au Petit Bayonne que l’histoire de la pelote se révèle. Dans ce quartier jeune, près du campus du Château-Neuf et ses 2 000 étudiants, siège de l’académie de langue basque, les rues abritent des bars identitaires et un lieu symbolique, 3, rue du Jeu-de-Paume : le trinquet Saint-André. C’est le plus ancien de France. Signalé dès 1610, cette salle de jeu de paume, où d’Artagnan en personne aurait joué, fut transformée en terrain de pelote. Fini alors le sport pour nobles, place au jeu populaire ! Trinquet public, avec café et brasserie, des Bayonnais viennent toujours taper la balle, comme d’autres feraient un tennis. « L’apprentissage de la pelote est beaucoup plus difficile que celui du rugby. Commencer ce sport après l’âge de 8 ans est très compliqué », témoigne Bixente Sedes, 18 ans, joueur de pala, champion de France cadet avant d’opter pour le ballon ovale. Pour clore le chapitre pelote, un petit tour au Musée basque s’impose. Sur les quais de la Nive du Petit Bayonne, ses salles thématiques apprennent tout de la vingtaine de spécialités de pelote – certaines, comme le rebot ou le pasaka, restent absconses pour le profane.

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Le trinquet Saint-André, le plus ancien de France

L'aviron : une féroce rivalité entre les régatiers

Autre sport, autres mœurs, mais même engagement : l’aviron. Un magazine spécial serait nécessaire pour conter la rivalité séculaire entre la Société nautique de Bayonne (créée en 1875) et l’Aviron Bayonnais. La scission eut lieu en 1904, après d’obscures querelles d’ego. La Société nautique resta sur l’Adour tandis que l’Aviron migra sur la Nive. Depuis, les relations sont orageuses. « On est en 1re division. Nous sommes le 9e club de France, eux sont 34e. Tous les cracks sont ici », dézingue le président de l’Aviron Bayonnais, Gérard Bafcop. Les cracks, ce sont Julien Desprès, champion du monde en 2010 en « quatre sans barreur », et Perle Bouge, vice-championne paralympique à Londres en 2012. L’Aviron Bayonnais recense six internationaux. Près du pont Bailey, dans le garage à bateaux des bords de Nive où certains esquifs valent plus de 10 000 euros, des fanions affichent les valeurs du club : engagement, rigueur, volonté, respect, humilité, persévérance. Trois cent cinquante membres, enfants et adultes, amateurs ou compétiteurs, rament sur la Nive. Et le samedi, lors des fêtes de Bayonne, des régatiers s’affrontent sur la rivière, avant le passage obligé à la buvette. Un accord avec la Société nautique de Bayonne est-il possible ? « L’an passé, un rameur a changé de club le 31 décembre à 22 heures. Cela a créé un clash. Depuis, on ne se parle plus... », torpille Gérard Bafcop.

aviron-bayonnais.jpgL'excellence rugbystique

Elle a la réputation d’être dans le top 5 des clubs de formation du rugby français. Avec une vingtaine de joueurs accueillis chaque année en sport-études, l’École supérieure de l’Aviron Bayonnais fait saliver plus d’un jeune. « Nous recrutons des joueurs de 18 à 22 ans et ne prenons que les meilleurs. Ils viennent de l’école de rugby du club ou d’autres clubs de la région. Nous sommes très axés sur le recrutement local », confirme Franck Lachaise, responsable de la vie sportive, ex-troisième ligne centre à Mont-de-Marsan. Le projet est à la fois sportif et scolaire. Les jeunes préparent un BTS management des unités commerciales. « Tous les clubs pros sont obligés d’avoir un centre de formation. Nous essayons de faire émerger de futurs joueurs capables d’intégrer l’équipe première. » Comme « Jean-Jo » Marmouyet, troisième ligne aile, formé au club, qui évolue en Top 14 à l’Aviron Bayonnais. www.abrugby.fr/ academie/centre-de-formation

Du rugby en Ovalie : la baston sous le bastion

Les guéguerres font aussi la légende du rugby. Qui n’a pas assisté à une partie de castagne entre les juniors de l’Aviron Bayonnais et ceux du Biarritz Olympique ne peut comprendre la passion locale pour l’Ovalie. Au stade Belascain, au pied des remparts de la ville, les murs gardent en mémoire toutes les complaintes rugbystiques. La baston sous le bastion n’est pas une légende. À Bayonne, on met les gamins au rugby comme ailleurs on les pousse au hand-ball ou au football. « Je préfère donner des coups qu’en prendre », confirme Julien, 9 ans, en stage d’été sous le maillot bleu et blanc, qui se voit déjà trois-quarts centre ou demi de mêlée dans l’équipe première. Les « pros », eux, s’entraînent près du stade Dauger. Qu’il pleuve ou qu’il vente, un quarteron de supporters retraités scrute en permanence les entraînements. On les appelle les « pieds mouillés ». « Et le petit, là, il va signer au club cette année ? », interroge Marcel, ancien entraîneur de rugby. Même les footeux sont de la partie. On croise ce jour-là Jean-Claude Larrieu, bayonnais, ex-gardien de but amateur de l’équipe de France olympique, aux JO de Montréal, celle des Platini, Rouyer, Amisse, Battiston... Si le football n’a jamais percé dans cette ville d’Ovalie, doit-on encore rappeler que Didier Deschamps, l’actuel entraîneur de l’équipe de France, est un pur Bayonnais ?

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Un match de rugby à Bayonne

Peña Pottoroak, notables à la voix d'or

Un escalier raide en pierre dévalant sous les remparts, une grande cave voûtée à pilier central, un vénérable comptoir de bar en bois : voilà le repaire secret, inconnu des touristes, de la peña Pottoroak
et du chœur éponyme, installés dans cette ancienne réserve de munitions souterraine. La peña est l’une des quarante que compte la ville. Celle-ci (« les petits canards », en basque), fondée en 1970, est un club de notables où se croisent personnalités sportives, politiques, culturelles... Tous les mardis soir, les chanteurs répètent, sous la direction rude et dynamique d’André Lassus, le chef de chœur. 
Il y a là quatre colonels, un général, un ancien international de rugby, un journaliste de Sud-Ouest... Quand la trentaine de voix d’hommes se met à entonner Hegoak, ce chant basque cultissime amplifié par
 la voûte de pierre, des frissons parcourent l’échine. « On peut être membre de la chorale sans appartenir à la peña. Pour entrer dans cette dernière, il faut avoir deux parrains. Pendant un an, le nouvel entrant reste novice. À l’issue, un vote a lieu, durant lequel le candidat patiente à l’extérieur. Si une seule voix contre s’élève, il n’est pas admis », raconte Gérard Bafcop, trésorier de la peña et président
 du club d’aviron de l’Aviron Bayonnais.

Jour de match de rugby : la victoire en chantant

Les jours de grands matches de rugby au stade Dauger, 16 000 spectateurs mettent le feu à la ville. Ils forment un public fervent mais exigeant, qui rallie dès le matin les Halles de Bayonne et migre bruyamment vers le stade à l’heure du match, en longeant les façades à colombages du quai Jauréguiberry. Et quand c’est l’Aviron Bayonnais qui gagne, entendre les tribunes entonner d’une même voix les chants basques traditionnels vous prend aux tripes. Le sport fait partie de l’ADN de Bayonne.

 

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