Brive-la-Gaillarde, ville du Limousin, limite de la Corrèze

Par Hugues Dérouard
source : Détours en France n°190

Bâtie au bord de la Corrèze, Brive-la-Gaillarde, 50 000 habitants, semble larguer ses amarres limousines pour flirter déjà avec le Périgord et le Quercy. Célèbre pour sa Foire du livre, son équipe de rugby et son marché chanté par Brassens, Brive, l’épicurienne, présente également un nombre d’édifices Renaissance qui font de la ville l’un des joyaux urbains du Limousin.

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Le musée Michelet à Brive

C'est un haut lieu de pèlerinage du Limousin. Juste au sud de Brive, un ensemble de grottes forme un insolite sanctuaire de plein air, orné de nombreuses statues religieuses. Au creux de ces cavités vécut, au XIIIe siècle, saint Antoine de Padoue, il y eut, dit-on, l’apparition de Notre-Dame-de-Bonsecours. Au sein d’un monastère dominé par une église néoromane au style dépouillé, une poignée de frères franciscains occupent toujours les lieux, au milieu d’un parc boisé propice à la méditation. En suivant le chemin de croix jusqu’au sommet de la colline, vous profiterez d’un beau panorama sur Brive, idéal pour débuter votre visite. La ville se dévoile dans toute sa splendeur, dominée par les toits d’ardoises bleues et le clocher néoroman de sa collégiale Saint-Martin. Ses fortifications élevées aux XVe siècle furent si impressionnantes que la cité fut baptisée « Brive-la-Gaillarde ». Aujourd’hui, les boulevards ombragés de platanes les ont remplacés, enveloppant le coeur historique. C’est un délice de le parcourir à pied, tant il est vivant. Les ruelles s’enroulent en cercles concentriques jusqu’à la collégiale. Au centre exact de la ville, l’église remonte pour l’essentiel à la fin du XIIe siècle. Remanié à plusieurs reprises, ce vaste édifice est d’une grande sobriété, son chevet est orné de beaux modillons et chapiteaux sculptés romans. À l’intérieur, la crypte, sombre et superbe, présente les vestiges des basiliques primitives et des sarcophages.

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Saint-Antoine de Padoue vécut dans cette grotte, au XIIIe siècle. Donnant l'accès à un calvaire qui domine la ville, c'est un lieu de promenade prisé des Brivistes

Brive, ville gourmande

En venant du nord, on a impression que Brive largue ses amarres limousines pour le Sud-Ouest. Est-ce dû aux terrasses de cafés qui pullulent ? À un microclimat ? Aux fontaines égayant les places du Civoire ou Bourzat ? À cette fameuse équipe de rugby championne d’Europe 1997 qui fait vibrer la ville les soirs de match ? Est-ce l’accent chantant de ses habitants ? Il suffit de se balader un samedi matin au magnifique marché de Brive, rendu célèbre par une chanson de Georges Brassens (Hécatombe), pour se sentir immédiatement dans un Sud-Ouest gourmand. Tous les producteurs des environs se donnent rendez-vous pour exposer viande et volaille limousines, noix, cabécou, foie gras, truffe noire, pomme AOC du Limousin, moutarde violette de Brive… Un délice pour les sens. Erik Orsenna, qui a été l’un des présidents de la fameuse Foire du livre de Brive, n’a-t-il pas baptisé Brive « Cholestérol city » ? Mais cette ambiance méridionale est aussi à trouver dans la chaude couleur de son grès jaune, dit de Grammont, qui, aux beaux jours, ensoleille les belles façades et qui font de Brive une ville d’une rare harmonie architecturale.

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Sous la halle Georges-Brassens, le marché très achalandé

Des joyaux patrimoniaux

La cité connaît une intense croissance au XVIIIe siècle sous l’impulsion d’un Briviste, le cardinal Dubois, ministre de Louis XV, et de son frère, Joseph, maire de Brive. « Ils vont assécher la partie marécageuse et canaliser les bras de la rivière en un seul, explique Françoise Layotte, guide à l’office de tourisme. Mais, la richesse de la ville, on la doit aussi à une manufacture de soie et de coton, créée ici au XVIIIe siècle par un réfugié politique irlandais. Auparavant, en 1551, Brive qui était restée catholique, avait obtenu également du roi le siège d’un présidial. » Une période de prospérité et de travaux dont témoigne aujourd’hui encore le coeur historique. Voyez l’actuel hôtel de ville, qui prend ses quartiers dans l’ancien collège des Doctrinaires : côté cour, il présente un bel ensemble du XVIIe siècle dominé par une insolite tour demi-sphérique. Prenez la rue du Docteur-Massénat pour admirer la Maison Cavaignac. Cette demeure, qui abrite aujourd’hui les archives municipales, fut le logis de l’abbesse d’un couvent : deux bâtiments Louis XIII y sont reliés par une belle tour avec un escalier à vis.

 

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Dans le jardin de la maison Cavaignac, le Sisyphe de Georges Saulo

denoix-14.jpgLiqueur Denoix, 176 ans d'âge !

Labellisée « Entreprise du patrimoine vivant », la distillerie Denoix constitue l’institution artisanale de Brive : on fabrique ici depuis 1839 la fameuse liqueur de noix corrézienne. L’arrière-petite-fille du fondateur, Sylvie, ouvre les portes des caves aux visiteurs. On y admire un vieil alambic, des chaudrons en cuivre et des foudres hors d’âge, dans lesquels se bonifient les alcools au fil des saisons. À l’issue de la visite, une dégustation du classique Suprême Denoix, une préparation à base de jus de noix vertes broyées et d’alcool vieillie cinq ans, est proposée. 9, bd du Maréchal-Lyautey. 05 55 74 34 27. www.denoix.com.

Un bel ensemble Renaissance

Non loin, la tour des Échevins, finement sculptée, s’accroche à la façade élégante d’une maison de notable du début de la Renaissance – admirez son heurtoir en forme de salamandre, emblème de François Ier. Il faut également voir, sur la place Jean-Marie-Dauzier, la maison Treilhard, couronnée par une fine tour à poivrière. Mais l’hôtel de Maillard-Quinhart, au pied de la collégiale Saint-Martin, compose peut-être le plus bel ensemble Renaissance de Brive, avec sa grande tour d’escalier ornée de gargouilles et d’une échauguette. 

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La façade et la tourelle en cul-de-lampe de l'ancien collège des Doctrinaires. C'est sans doute le plus bel édifice de toute la ville. Il date du XVIIe siècle et accueille maintenant la mairie