Noirmoutier : une escale entre terre et mer

Par Vincent Noyoux
source : Détours en France n°161, p. 62

Avec son pont et son célèbre passage du Gois qui la relient au continent, on en oublierait presque que c’est une île.

Le Gois, passage submersible de 4 km.


Mythique, le Gois est un passage submersible de quatre kilomètres, cordon ombilical dangereux pour qui l'emprunte à marée montante. Quatre heures lors de la basse mer, c'est tout le temps qu'il vous accordera pour rejoindre ou quitter l'île de Noirmoutier en marchant au milieu des eaux.

On pourrait presque la visiter sans se mouiller les pieds. Celui qui découvre Noirmoutier y pénètre par un pont, longe des polders, contourne des marais salants pareils à des miroirs, traverse des plaines agricoles où pousse la bonnotte (la délicate pomme de terre locale), se perd dans les jolies ruelles blanches de Noirmoutier-en-l’Île... Et la mer ? Patience, elle arrive. Et sitôt qu’on atteint les côtes, difficile de la quitter. Noirmoutier lui doit tout. C’est grâce au Gulf Stream, qui passe au large de l’Épine, que l’île jouit d’un microclimat doux : au printemps l’air embaume le mimosa, mais aussi l’arbousier, le figuier, le romarin et le laurier-rose. C’est grâce à l’Atlantique que la bonnotte fleure bon l’iode et le goémon. Grâce à elle encore que Noirmoutier put exporter son sel jusqu’aux confins de la mer Baltique.

la jetée Jacobsen protège en partie l'île des marées trop importantes depuis 1813.


La jetée Jacobsen protège en partie l’île des marées trop importantes depuis 1813. Aujourd’hui rénovée et surélevée (à 5 mètres), elle est piétonnière
et limite le marais de Müllembourg situé au pied du château de Noirmoutier.

Le petit port de Noirmoutier-en-l’Île donne une faible, quoique ravissante, image du visage maritime de l’île. Situé au fond d’un étier envasé à marée basse, il est relié à la mer par un long canal d'un kilomètre et demi. Une poignée de bateaux de pêche et de plaisance amarrés aux quais attendent la marée haute. L’âge d’or du commerce maritime semble loin, mais on lit encore la prospérité des marchands dans les rues du village. Quoiqu’assez rustiques, les hôtels de négociants en sel (Jacobsen, Lebreton des Grapillières, Noizillac, Barré de la Grange) paraissent pompeux à côté des modestes maisons de pêcheurs.

Maison de pêcheur sur l'île de Noirmoutier


Volets couleur ciel bleu, la maison d’un pêcheur un peu plus riche que les autres, un capitaine peut-être ?

Le parfum de la mer emplit aussi les anciennes salorges derrière le port. Ces entrepôts à sel, au bois noirci de goudron, abritent désormais des ateliers de charpente marine. Celui de Frédéric Maingret, le Chantier des Ileaux, sent bon le bois et les produits de calfatage. « À l’île d’Yeu, on construisait de gros thoniers, mais ici on n’a jamais armé que de petits sardiniers, dit-il. Puis, avec l’arrivée du tourisme vers 1900, l’île s’est tournée vers le petit yachting. » Le charpentier à la silhouette de géant souhaite relancer la production du « noirmoutrin », petit bateau insulaire. « Sa ligne est racée, son étrave, élégante et il s’échoue facilement. Il est donc parfaitement adapté à la navigation dans la baie de Bourgneuf. » Espérons que ces noirmoutrins « nouvelle formule » ne finiront pas au cimetière de bateaux tout proche. Un silence émouvant plane sur ce lieu hors du temps. De grosses épaves échouées sur la terre craquelée tombent doucement en miettes. Les mouettes se posent sur ces carcasses vermoulues qui cèdent parfois dans un ultime craquement.

Le cimetière des bateaux


Dans le cimetière des bateaux, le sel ronge la peinture et l’acier, les algues minuscules s’installent sur le bois.

Ambiance Belle Époque 
au bois de la Chaise


Les plages du bois de la Chaise offrent un spectacle tout aussi beau, quoique moins pathétique. Des forêts de pins maritimes et de chênes verts festonnent le rivage tantôt rocheux, tantôt sableux. À la fin du XIXe siècle, la bonne société nantaise, angevine et parisienne venait goûter aux charmes des plaisirs balnéaires.

Front de mer de la plage des Dames.


Sur le front de mer de la plage des Dames, on folâtre le long de l’estacade.
 Alain Maroncle est le président de l’association Les amis du Martroger, grâce à qui ce baliseur à voiles navigue à nouveau depuis juillet 2011.

Les bois de pins regorgent de villas cossues et les cabines de bain sur pilotis s’alignent encore sur la plage des Sableaux et sur la plage des Dames. Cette dernière, la plus belle, a aussi conservé son estacade, longue jetée en bois où s’amarrait le vapeur venu de Pornic. Aujourd’hui, l’estacade sert encore. On y pêche l’éperlan au carrelet, on s’y promène à vélo, on y embrasse un amour de vacances... Au large, on aperçoit les lignes de bouchots où sont enroulées les moules. Une activité récente destinée à compléter les revenus des ostréiculteurs de l’île. Comme en Charente, l’huître est élevée en poches. Celles-ci sont posées sur des tables que la marée couvre et découvre, avant d’être affinées en claires. « Nos anciens marais salants, riches en phytoplancton, nous servent de claires. L’huître s’y engraisse et y prend sa belle couleur vert émeraude », raconte l’ostréiculteur Alain Gendron. « Allez donc au port du Bonhomme !, conseille-t-il. Lors des marées à gros coefficient, l’activité ostréicole de l’île bat son plein. »

La Guérinière sur la côte Atlantique.

La Guérinière sur la côte Atlantique.
1500 personnes résident à l’année dans cet ancien village de pêcheurs. Le port du Bonhomme est maintenant « réservé » aux ostréiculteurs aujourd’hui tourné vers le tourisme. Une évidence pour qui possède une plage de sable fin de 7 kilomètres de longueur ! Mais le farniente n’empêche pas la culture : le musée des Traditions de l’île retrace la vie noirmoutrine telle qu’elle était de 1850 à 1950 : métiers, modes de vie insulaires, tout ce qui a failli disparaître avec le progrès et le pont.

À la pointe occidentale de l’île, L’Herbaudière est le premier port de Vendée pour la pêche au bar de ligne et à la sole. Toutes les nuits, Freddy Pineau sort son ligneur-caseyeur. « La pointe du jour nous guide et quand le jour se lève, nos lignes sont déjà jetées », dit-il. Après un rapide calcul, il estime tendre 10 kilomètres de lignes pour remonter le bar. La sole se pêche au chalut ou au filet. « Au printemps, je fais du crabe et du homard, comme mon père autrefois. » On dit que les plus beaux bars et les plus belles soles finissent sur les grandes tables parisiennes, comme le Crillon ou le Georges V. « C’est vrai, mais je n’ai pas le temps de vérifier ! », regrette le pêcheur. L’Herbaudière n’abrite pas que des bateaux, elle en construit aussi.

Le port de l'Herbaudière.


Voici le grand port de l’île : L’Herbaudière, qui, bien sûr, fait la distinction entre pêche et plaisance. Côté pêche, reconversion oblige après l’abandon des campagnes sardinières et pour se trouver une nouvelle spécialité, on se consacre aux espèces nobles : bonne pioche, le port est le 3e de Vendée et exporte 70 % 
de sa production (dans les pays limitrophes). Les
 80 bateaux, fileyeurs et palangriers, rapportent principalement des soles, des bars et des congres.

Au départ de L’Herbaudière, le choix des balades en bateau est large. Envie de solitude ? Robinsonnez à l’île du Pilier, rocher nu aux deux tours jumelles (un phare et un sémaphore !). Ou alors échouez sur la belle plage sauvage de Luzéronde. Enfin n’oubliez pas le Vieil, adorable village de pêcheurs aux rues ensablées.