Pays Basque : circuit de l’Atlantique aux Pyrénées

Par Philippe Bourget

Direction le Pays Basque ! Une traversée de 150 kilomètres vous attend. De la côte Atlantique aux Pyrénées, l'itinéraire révèle les plus beaux paysages de cette région qui livre sa fière identité, incarnée par les maisons rouges et blanches, les sports insolites, l'excellente gastronomie et les horizons étendus par-delà la frontière espagnole.

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Quelle autre région française peut se targuer de posséder une telle identité ? Ici, il y a une langue, un climat particulier, des paysages uniques, des produits cultes, une table gastronome, une culture vivace, un urbanisme original. Bienvenue au Pays basque, cette région des confins qui cultive fièrement et depuis longtemps ses traditions et sa différence. Avant de prendre la route, posons-nous à Biarritz, poumon touristique de la région. Vous y croiserez beaucoup de camping-cars, dont la plupart tiennent plus du fourgon sommairement aménagé. Ceux-là appartiennent à de jeunes surfeurs, rivés ici par leur passion de la glisse extrême.

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Petite pause sur la plage à Biarritz

De Biarritz à Bayonne : une certaine rivalité

Derrière ses attributs chics – le casino, la plage Miramar, les villas aristocratiques, les vieilles boutiques, l’hôtel du Palais... – la ville dévoile une autre réalité. Suivez la côte depuis la plage d’Illbaritz, au sud, jusqu’au phare de la pointe Saint-Martin, au nord, via la cité de l’Océan et du Surf et le musée de la Mer. Sa vraie vie de quartier, elle, se déploie aux Halles, comme dans l’ambiance «popu basque » de La Négresse, en passant par les secteurs de Bibibeaurivage et de Saint-Charles et ceux, moins connus, des lacs Mouriscot et Marion. 8 kilomètres au nord, voici sa rivale, Bayonne (aire communale pour camping-cars sur le boulevard des Plages, à Anglet, à 3 kilomètres). Quel contraste ! Située au confluent de la Nive et de l’Adour, la capitale du Pays basque nord retient d’abord le visiteur par la densité de ses quartiers. Quartier Saint-Esprit aux maisons à pans de bois et à pierre jaune de Mousserolles ; quartier de Petit Bayonne aux rues étroites, foyers de l’identité basque ; quartier « cœur de ville » et son cloître-cathédrale, bordé par le quai Jauréguiberry et ses façades colorées, hautes et étroites. Bayonne est un art de vivre. La table y est généreuse, comme Chez Txotx, sympathique adresse traditionnelle. Les produits basques inondent le marché. Le sport est omniprésent. Allez voir une partie de pelote au trinquet Saint-Vincent, l’un des plus anciens de France. Achetez un billet pour un match de rugby de l’Aviron Bayonnais. Et participez, en journée, aux fêtes de Bayonne, si vous passez au mois de juillet.

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À Biarritz, la villa Belza est un  symbole. Depuis 1882 (et quelques aménagements), elle surplombe la plage. La passerelle métallique que l'on aperçoit mène au rocher percé et surmonté d'une statut de la Vierge.

De Bayonne à Cambo-les-Bains : le caractère basque

Il n’est pas dit que nous vous cantonnerons aux villes de la côte. Puisque le plaisir de vacances en camping-car passe d’abord par la route et la conduite, cap vers l’arrière-pays. La Route Impériale des Cimes (D22) vous tend les bras. À peine a-t-on emprunté cette voie que l’archétype du paysage basque s’impose à travers les vitres : des collines herbeuses aux rondeurs de seins maternels, des champs gras entrecoupés de bosquets, des fermes à pans de bois et murs chaulés à volets rouges... Le tout sur fond de sommet de la Rhune et du mont Artzamendi. Un régal ! En vue d’Urcuray, tournez à droite par la D420, pour rejoindre Cambo-les-Bains (25 km depuis Bayonne). La partie thermale de la ville offre peu d’intérêt. En revanche, le haut village, en forte pente, préserve un vrai caractère basque. D’antiques maisons à colombages et l’église blanche à galeries de bois dominent joliment la vallée de la Nive. Vous en profiterez pour visiter la villa Arnaga du poète Edmond Rostand.

det-hs-camp-pays-basq-64-3086.jpgVilla Arnaga, la "folie" d'Edmond Rostand

Malade, l’auteur de Cyrano de Bergerac vint à Cambo-les-Bains pour se soigner. Il apprécia tant l’endroit qu’il fit construire cette demeure, en 1903. Arnaga est l’archétype de la maison néo-basque, style qu’il inventa avec cette «œuvre» architecturale. Une quarantaine de pièces retracent la vie de l’académicien, avec de nombreux souvenirs artistiques. À l’extérieur, jardins à la française, orangeraie et roseraie complètent la visite d’un lieu plein de poésie. www.arnaga.com

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À Bayonne, la pratique de l'aviron sur la Nive est une vraie passion. À l'arrière plan, les flèches de la cathédrale Sainte-Marie.

D'Espelette à Bidarray, du piment à la pelote

Espelette, que l’on rejoint 6 kilomètres après Cambo-les-Bains (par la D918), n’est plus à présenter. Le village est mondialement célèbre pour sa production de piments rouges, qui sèchent, pendus en cordes, aux façades des maisons. Allez rendre visite à Ramunxto Pochelu, dans son Atelier du Piment, pour déguster une omelette pimentée ou rapporter poudre, moutarde, confiture et gelée... La courte D249 rejoint Itxassou. Le village séduit par ses quartiers à fermes labourdines et pour sa délicieuse confiture de cerise. L’étape suivante se nomme Saint-Jean-Pied-de-Port, 40 kilomètres au sud-est d’Itxassou. Voici la Basse-Navarre, la seconde (en venant de la côte) des trois provinces du Pays basque nord. Après Louhossoa, la D918 remonte les rives de la Nive et débouche sur des paysages forestiers altiers. La montagne approche. C’est le pays des châtaigniers et des cochons, qui produisent le succulent jambon basque. Bidarray et Saint-Martin-d’Arrossa, authentiques villages navarrais, offriront de leur côté une halte agréable, histoire d’observer des jeunes jouer à la pelote sur les frontons.

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Le rouge est à l'honneur à Espelette

De Saint-Étienne-de-Baïgorry à Saint-Jean-Pied-de-Port

La petite boucle par Saint-Étienne-de-Baïgorry vaut largement la peine. Depuis Saint-Martin-d’Arrossa, la D948 rejoint cette commune des bords de Nive, dominée par le château d’Etxauz. Un vieux pont, des quartiers éclatés en fond de vallées signent un village surtout connu pour être la porte d’accès aux Aldudes (extension de 36 km aller-retour, jusqu’à Urepel), territoire basque mythique de forêts « pluvieuses » d’un vert exceptionnel. Vous ne manquerez pas d’y apercevoir des brebis manex, dont le lait est à la base de l’excellent fromage ossau-iraty. Un autre plaisir de bouche vous attend à Irouléguy : le vin. Longtemps astringent et peu goûteux, le seul vin basque (jolis paysages de vignobles depuis la D15) a grimpé en gamme et accompagne désormais les meilleures tables.

Saint-Jean-Pied-de-Port et sa citadelle du XVIIe siècle surplombent un labyrinthe de ruelles médiévales, sur la route de l’Espagne. Posez-vous sur l’aire pour camping-cars aménagée avenue du Jai Alaï, à 5 minutes à pied du centre.

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Au programme de la foire au fromage ossau-iraty, à Tardets-Sorholus : démonstration de fabrication de fromage, tonte de brebis, dégustations, chant, danse et pelote basques.

Les plus beaux cols du Pays Basque

Amoureux de conduite « aérienne », le grand moment est arrivé. Sur 50 kilomètres (comptez 1 h 45, sans les arrêts) les D18 et D19 vous conduisent jusqu’à Larrau, en franchissant les plus beaux cols et forêts basques. Qu’apercevez-vous en grimpant cette longue route en lacets, tracée entre Basse-Navarre et Soule? Des montagnes vertes et d’immenses étendues de hêtres, un pastoralisme vivace (brebis, bovins), des adresses de gourmets où le client est roi. En passant, dans l’ordre, les cols d’Haltza, d’Haritzcurutche, de Burdincurutcheta, d’Heguichouria et enfin d’Orgambidesca, en traversant les villages de Lecumberry et de Mendive, en croisant la splendide chapelle isolée Saint-Sauveur, vous verrez du vert, de l’olivâtre, du roux, du jaune... Cerné de montagnes douces, Larrau et sa rusticité campagnarde constituent une halte bienvenue. Ne serait-ce que pour son restaurant familial, Etchémaïté, aux mains expertes d’une dynastie d’aubergistes comme le Pays basque sait en produire.

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Le plateau d'Iraty, sur la route d'Estérencuby, ici vers le hameau du Phagalcette, est une ode au pastoralisme. Si bien qu'il faut être vigilant au volant, les ovins pourraient traverser.

Sainte-Engrâce, un village magnifique et isolé

La D26 dévale ensuite à flanc de rivière, en sinuant vers Mauléon. À l’intersection avec la D113 (7 km après Larrau), tournez à droite pour rejoindre Sainte-Engrâce. Ce village de Haute-Soule est parfois considéré comme l’un des plus ardents témoins de la ruralité basque. Magnifique et isolé, en cul-de-sac, il déploie ses quartiers et ses maisons austères – nous sommes loin des riantes villas colorées du Labourd – au flanc des versants pyrénéens. Parmi les 200 habitants, on trouve des retraités mais aussi une vingtaine de familles paysannes. Et quelques élèves à l’école, preuve que l’agriculture et le tourisme ont leur mot à dire pour maintenir les gens sur territoire, expression vibrante de l’identité basque.

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Dans les Pyrénées-Atlantiques, Sainte-Engrâce et son église romane du XIe siècle. Ce village de Haute-Soule, recueilli, rude, ne ressemble pas aux bourgs pimpants du Labourd.

Pour aller plus loin: rendez-vous de Cannes à Grenoble en suivant notre itinéraire de la route Napoléon !