Vichy : le bel éveil de la Dame du Lac

Par S. Brogrow et E. Saporta
source : Détours en France 174
Publié le 21/03/2016

Pour réveiller l’énergie qui sommeille en elle, la ville thermale bat le rappel de ses élégances passées. Après avoir longtemps puisé à toutes ses buvettes, elle ouvre un nouveau front côté lac. Avec sa promenade de planches, la Genève d’Auvergne jouerait- elle les Deauville d’eau douce ?

source des célestins VichyPlan ovale pour le pavillon de la source des Célestins qui fut dessiné par Lucien Woog dans le style Art nouveau néoclassique.

On les voit d’ici : les crinolines claires, les gibus, les chapeaux à voilette et les uniformes chamarrés du Second Empire... On les voit comme fxés dans la pierre, reflétés par l’architecture de la ville, par sa coquetterie cérémonieuse, ses façades au maintien exemplaire, ses alignements bien élevés de villas et d’hôtels habillés de crème, de vieux rose ou de jaune poussin, où les reliefs semblent faits de guipure, et les ferronneries aux balcons, de rubans de dentelle bleue. On les voit même pour de bon, chaque année, tout un week-end de la fin avril, quand les fêtes Napoléon III mènent le bal en grand tralala au fil des parcs et des avenues.

Ville de villégiature

dt174_03_-_vichy-80lo.jpgPur style savoyard, qu'on attendrait plutôt du côté d'Annecy, pour le chalet des Roses et le chalet Marie- Louise, érigés avec d’autres aux abords du parc Napoléon III. Ces bâtisses hébergeaient l'empereur et sa suite. Certaines étaient reliées par une galerie souterraine.

Évidemment, c’est un cliché que ce Vichy de villégiature balnéaire. Mais il reste cultivé avec soin pour estomper un autre souvenir amer et persistant : celui du régime de l’État français, entre 1940 et 1944. Qu’avait donc fait la ville pour mériter ce sort ? Elle s’était enrichie de quelque 250 hôtels et d’innombrables meublés, les uns assez fastueux pour y caser des ministères, les autres assez nom- breux pour en loger le personnel. Et, surtout, d’un des centraux téléphoniques les plus performants du pays ! Ce fut la fin d’un monde. 

Vichy, la reine des villes d'eau

Longtemps Vichy a fait profli bas. Les grands hôtels − à l’exception d’un seul, l’hôtel Aletti − ont été transformés en résidences. Certains ont laissé place à des constructions modernes, tout comme les thermes Callou ou le vieux Casino des Fleurs. « La reine des villes d’eaux somnole aima-blement au bord de l’Allier, écrivait Denis Tillinac, elle vit de nostalgie et d’eau tiède. » Mais elle a désormais décidé de faire de son passé un atout, en commençant par assumer le plus sombre. Si le cœur vous en dit, vous pouvez donc, en suivant le guide, faire le tour des hauts lieux de « Vichy-capitale ». À l’office de tourisme, dans l’ancien hôtel du Parc où logeait Pétain, on reconnaît que ce circuit est le plus demandé... On peut préférer explorer son âge d’or, le siècle qui vit la ville passer de 1 000 à 20 000 habitants entre 1830 et 1930. Sa croissance a produit un mélange de styles architecturaux qui est un vrai jeu de piste ! 

dt174-vichy-lo.jpg1 - Dans les allées des parcs qui longent le lac d’Allier, de belles échappées en perspective. 
2 - Le passage Giboin, une galerie marchande couverte, typique de l'architecture du Second Empire, où se mêlent poutrelles métalliques et verrières. 

Du Second Empire, on reconnaît les ordonnancements haussmanniens sur les avenues du quartier thermal, mais aussi l’imbroglio des villas exotiques ou de style « néo » Renaissance, gothique, mauresque, anglais, byzantin...

façade à Vichy.jpgAlignement impeccable des façades de la rue Alquié, avec ses bow- windows à l'anglaise. 

Rue Clémenceau, près de l’église Saint-Louis, on repère au-dessus des vitrines du Monoprix une coupole et des arcades mauresques : un exemple d’Art nouveau entre cent. Plus loin se présente un étrange assemblage : sur une même place se côtoient l’hôtel des Postes, modèle d’Art déco très sévère, la mairie de 1935, toute de faux style Renaissance, jovial et fleuri, et l’imposant immeuble Arlequin de 1996 dont les balcons en forme de vagues laissent perplexe.
Plus au sud est indiqué le Vieux Vichy. Les rues sont sinueuses et pentues, mais c’est l’Art déco qui domine, et le style médiéval, sauf exceptions, est factice. Le journaliste et écrivain Albert Londres est né là, dans une mai- son aux tourelles rouges (2/4 rue Besse). Une asso- ciation se bat pour la sauver de la ruine. L’église Saint-Blaise, à quelques pas, est une étrange pièce montée de béton des années 1930. Ne vous laissez pas rebuter, l’intérieur, tout en fresques, vitraux et boiseries, ferait un sacré décor dans un film ! 

Quelques édifices emblématiques

anciens bains lardyComme ils sont chanceux les étudiants du pôle universitaire Lardy de travailler dans le magnifique cadre des anciens bains Lardy. La source était protégée par une cloche de verre, surmontée d’un dôme hexagonal couvert d’écailles, terminé par un lanternon. 

vichy casino-théâtre devenu opéraAu XIXe siècle, de nombreux édifices étaient destinés aux divertissements : Alcazar, Cercle international, etc. Seul reste le casino-théâtre, devenu opéra. 

vichy le parc des sourcesCe petit kiosque aux lignes graciles est situé dans le parc des Sources. Il abrite une confiserie : à vous les pastilles Vichy, les bonbons Napoléon III... 

Promenades le long du lac

Dorénavant, c’est au bord du lac d’Allier que le tout-Vichy est incité à se promener le long du plan d’eau. C’est encore une idée de Napoléon III qui décida du premier barrage et fait aménager contre les crues la digue protégeant les trois vastes parcs arborés au sud. Dans sa forme actuelle de plus de 100 hectares, le plan d’eau a fêté son demi-siècle en juin dernier. La Rotonde, curieuse capsule très années 1960, abritant Yacht-Club et restaurant, ne fait plus grise mine à mi-longueur du lac.

En amont, les berges et la plage, si appréciée l’été, viennent d’être réaménagées et largement replantées, avec tout le naturel possible ; et, en aval, la nouvelle esplanade qui déploie sur plus d’un kilomètre ses planches quasi deauvillaises entame sa seconde saison. L’an dernier on y croisait déjà des stars : si elles n’étaient que de papier − une exposition de portraits −, c’était tout de même un début !  

Ambiance bord de mer à Vichy !

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On l’a surnommée « l’Ibiza du XIXème siècle », ou la « Deauville d’eau douce ».

Reine des villes d’eau, la cité auvergnate n’en finit pas de se métamorphoser. La ville s'est à nouveau tournée vers sa rivière l'Allier.

Une très belle promenade en planches de bois sur 1,5 km a été aménagée le long de l’eau. Un espace très prisé des promeneurs et des sportifs, tout comme les parcs classés remarquables et les plages. Vichy, « The place to be ? ». Oh, oui !