Vézelay, une cité radieuse

Par Détours en France
source : Hors Série - Les plus beaux villages de nos régions 2012, p.22
Publié le 28/07/2015

Dans l'Yonne, il est un village qui semble tutoyer la beauté et le sacré. La magie de la "colline éternelle" s'évapore de la basilique Sainte-Marie-Madeleine, arpentez les ruelles du bourg... Et laissez la lumière faire son œuvre.

Panorama du bourg

Une terre qui inspireVézelay, « cette barque qui a jeté l’ancre sur l’horizon », selon Paul Claudel, ami du Vézélien Romain Rolland. Une vision poétique belle et juste. Quand on arrive – toutes les routes viennent du sud, à l’opposé de la basilique –, au pied de la « colline éternelle », on voit la crête majestueusement ciselée de la basilique Sainte-Marie-Madeleine, émergeant d’une ondulation de prairies moussues. « Les maisons, solides, solidaires, s’écoulent comme des larmes de bonheur le long des joues pierreuses de la colline… » , peut-on lire sur le livre d'or.

Le fossoyeur et les écrivains

Tours Dans le cimetière où l’on cherche les tombes des grands écrivains enterrés sur place, l’ancien fossoyeur, Robert Bucquoy, surgit comme par enchantement. « Je les ai tous enterrés ! Et je les ai connus pour la plupart. Georges Bataille était très facile d’accès, tout comme Max-Pol Fouchet, qui habitait à côté de chez moi. Sa tombe est pleine de broussaille, mais il a eu la vue sur le village d’Asquins, comme il le souhaitait. Jules Roy était plus renfermé, mais ses obsèques furent les plus émouvantes. »

Et la belle Rosalia Scibor de Rylska, qui inspira tant Paul Claudel dans Le Partage de midi et Le Soulier de satin ? L’écrivain a signé son épitaphe : « Seule la rose est assez fragile pour exprimer l’éternité. » « Messieurs les censeurs, bonsoir ! » , pourrait s’exclamer le philosophe Maurice Clavel, enterré à deux pas.

Autour de la basilique, la lumière se fait plus diffuse pour éclairer les vallons de la campagne. C’est toujours elle qui attire les artistes comme des phalènes depuis la Seconde Guerre mondiale. Romain Rolland, Jules Roy, Georges Bataille, Maurice Clavel, Max-Pol Fouchet… Tous sont venus puiser à la même source. 

Eglise On peut visiter les bureaux des deux premiers, l’un au musée Zervos, l’autre à la Maison de Jules Roy, au pied de la basilique. Heureux auteurs qui n’avaient qu’à lever les yeux pour trouver les forêts du Morvan, par-derrière les prés, les collines et les champs.

Jules Roy, grand amoureux de Marie-Madeleine, ressentait ici une attraction magnétique. Ce qui ne l’empêchait pas d’avoir pour Vézelay et ses habitants des mots plus durs. C’étaient des amants déchirés !

Voilà ce que raconte Lorant Hecquet, le libraire de L’Or des Étoiles, dans la rue principale. Dans les rayonnages, littérature et ouvrages sur la religion, l’ésotérisme et l’hermétisme se côtoient. « Vézelay est un lieu où toutes les obédiences cohabitent », confirme le libraire. Ne trouve-t-on pas, à deux pas de la basilique, une église orthodoxe ?

Intérieur

Les protestants avaient aussi un temple, avant que les ursulines ne les en délogent. Et que dire d’Anne-Marie Bonhomme ? Cette ancienne missionnaire dominicaine de Namur, qui peint des icônes à l’ombre du clocher, est tombée amoureuse du lieu en 1991.

J’ai eu l’impression d’être arrivée au port.

"J'ai eu l'impression d'être arrivée au port", dit-elle en trempant sa plume dans le plat à escargots qui lui sert de palette. « Le matin, je me rends chez les franciscains, et le soir chez les orthodoxes. » À Vézelay, la lumière jaillit partout et la foi n’a pas d’ombre.

La porte du Barle

La porte du Barle

La montée jusqu’au parvis de la basilique s’effectue, depuis la porte du Barle, par la rue Saint-Étienne, prolongée par la rue Saint-Pierre. Prenez le temps de visiter le musée Zervos, abrité par la maison de l’écrivain Romain Rolland. Là-bas est exposée la fabuleuse collection (œuvres datées de 1920 à 1960) à de l’éditeur et critique d’art Christian Zervos. Toiles, gouaches, sculptures, mobiles, livres d’artistes, retracent les grands mouvements de la création artistique contemporaine.

La désillusion 

Les murs sont déjetés, pourris par l’humidité […]. Lorsque je dessinais dans l’église, j’entendais à chaque instant des petites pierres se détacher et tomber autour de moi […]. Si l’on tarde encore à donner des secours à la Madeleine, il faudra bientôt prendre le parti de l’abattre pour éviter des accidents.

Tel est le constat sans appel que livre en août 1834, Prosper Mérimée, alors inspecteur des Monuments historiques. Viollet-le-Duc redonnera sa magnificence à ce joyau de l’art roman. Aujourd’hui, le tympan du portail central, pièce maîtresse du sanctuaire, est fissuré. Un comité scientifique l’a mis sous échafaudage avant de délivrer son diagnostic.

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  • Musée Zervos et Maison Romain-Rolland - Musée/Monument/Site - Voir la fiche