Locronan, une légende des siècles

Par Dominique Roger - Hugues Derouard - Mélanie des Monstiers
source : Hors série - Les plus beaux villages de nos régions 2013, p. 30

Au pied de sa « montagne », Locronan, bourg de Bretagne, bourdonne toujours d’activité. Belle lurette que les tisserands ne tiennent plus le haut du pavé. 

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Granit, ardoise, hortensia, une trinité bretonne parfaitement respectée à Locronan.

Un lieu animé 

Ce bourg Breton, de sa célèbre Grand’Place aux ruelles bordées d’austères maisons Renaissance et jalonnées d’échoppes artisanales, s’anime toujours au rythme des hôtes de passage voulant faire un saut dans le passé et des pèlerins venant accomplir leur troménie. Ici, l'urbanisme est une notion héritée des siècles passés, ceux de la prospérité marchande et ceux de la ferveur religieuse.

Vous n’avez jamais mis les pieds à Locronan mais vous jureriez pourtant connaître les lieux...

Le saviez-vous ?

La Grand’Place a été l’héroïne de nombre de films et de téléfilms au succès populaire. Rappelez-vous, entre autres, de Tess de Polanski avec la radieuse Nastassja Kinski ; Chouans ! avec Sophie Marceau ; Un long dimanche de fiançailles avec Audrey Tautou ou plus récemment la série télévisée L’Épervier adaptée de la bande dessinée de Patrice Pellerin.
Grâce à l'un d'eux (Tess, de Roman Polanski) la municipalité a pu faire enterrer les lignes électriques en 1979, la production ayant financé une partie de ces coûteux travaux.

Organisation du bourg

Située au croisement de deux anciennes voies romaines, position stratégique qui facilitera l'essor commercial de Loc Ronan ("le lieu de Ronan") et le développement d'un important pèlerinage, la Grand'Place est bordée de maisons de granit sombre aux façades sévères et cossues.

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Ces voies sont le fruit d'une prospérité marchande basée sur le négoce de toiles de chanvre et de lin aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. A l'apogée de ce commerce, la petite cité produit plusieurs milliers de pièces de toile à voile -bandes de ris, prélarts et noyales- sorties des ateliers de tisserands qui sont renommés pour la solidité et la finesse de leurs "bretagnes".

Pas de pollution !

Ils sont 800 à résider dans la petite cité de Locronan, qui accueille chaque année 400 000 visiteurs qui se pressent sur cette place de l’Église. Et nulle voiture, elles sont strictement parquées en dehors du village, pour ne pas troubler l’atmosphère.

Légende du village

En bas de la place, le siège de la Compagnie des Indes avait pignon sur rue, tout comme le Bureau d'enregistrement royal des toiles. Avant de pousser les vantaux du vaste porche de l'église Saint-Ronan qui s'ouvre par un arc en plein cintre, penchez-vous comme tout visiteur à la margelle de puits.

A ce point d'eau, le seul distribuant jadis de l'eau potable, est attachée une mystérieuse légende.

Cette légende est rapportée avec un certain humour par l'écrivain Pierre-Jakez Helias. Un drôle de paroissien descendait régulièrement, botez-koad (sabot) aux pieds, au fond du puits. Y faisait-il pénitence ? Y entretenait-il quelques conversations avec les siens de l'autre monde ? Lorsque les villageois le remontaient à califourchon sur le seau, il restait muet...

Charrette fleurie

Son histoire religieuse

Le sanctuaire édifié entre 1425 et 1480 par les seigneurs de Nevet, grâce aux donations des ducs de Bretagne (Jean V, Pierre II, François II), représente un bel ouvrage de l'art ogival flamboyant du XVe siècle, malheureusement amputé de sa haute flèche octogonale depuis 1808. Divisée en trois parties, la nef, éclairée par un chevet percé de trois baies flamboyantes, offre des dimensions de cathédrale (43 mètres de long), perspective encore allongée par la pente accentuée du pavage.

Monument

A l'intérieur, des retables, un baptistère à la cuve armoirée, une chaire (début XVIIIe siècle) décorée de médaillons sculptés retraçant la légende de Ronan, une grande verrière du XVe siècle figurant en dix-sept tableaux la Passion du Christ. Le tombeau du saint se trouve dans la chapelle communicante du Pénity.

Bâtie au début du XVIe siècle par Pierre Le Goaraguer, maître d’œuvre de la cathédrale de Quimper, elle fut confortablement dotée par la duchesse Anne qui vint en pèlerinage à l’emplacement de l’église primitive, priant pour être féconde. Peu de temps après naîtra Renée de France, fille cadette de Louis XII. Reposant sur six ailes sculptées d’« anges-cariatides », le gisant en haut-relief de saint Ronan (début XVe siècle), abrite ses reliques.

Vue aerienne

Du parvis de l’église dévale la rue du Moal, étroite et pentue, menant au quartier autrefois populaire. Au XVIIIe siècle, on y comptait 250 maisons-ateliers de tisserands et logis sommaires appartenant aux marchands. En bas de la rue, le petit dôme de la chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (Kelou Mad) émerge de la verdure.

Le sanctuaire Breton

De ses origines du XVe siècle, il ne reste que deux portes, le sanctuaire ayant été maintes fois remanié jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Vous remarquerez le maître-autel et son retable à la Vierge allaitante, bijou sculpté par le Quimpérois Jean Mozin (1723).

Ses vitraux méritent la plus grande attention, ils sont de la main du peintre et maître-verrier Alfred Manessier en 1985. 

La chapelle est entourée d’une fontaine dédiée à Saint-Eutrope le Saintongeais, patron des hôpitaux, et d’un calvaire. La petite rue Lann vous mène au seuil du Prieuré, la maison où Yves Tanguy (1900-1950) passa son enfance. C’est ici qu’il construisit son imaginaire, qu’il réalisa ses premières œuvres. Cheville ouvrière du mouvement pictural sur-réaliste, aux côtes de Arp, Breton, Magritte, Ernst, il invita à Locronan ses amis Jacques Prévert, Marcel Duhamel ou Max Jacob.