Corbara, bienvenue en Balagne

Par Dominique Roger - Hugues Derouard - Mélanie des Monstiers
source : Hors Série - Les plus beaux villages de nos régions, p.46

Plaisirs de la plage, fontaines, découverte des ruelles caladées et des trésors des seigneurs de la Balagne, tel se dresse le portrait de Corbara, bourg de Haute-Corse.

Panorama de Corbara

Étagés sur les collines du mont Guido, au pied du mont Saint-Ange, deux hameaux ceignent le village de Corbara : Pietralta au nord et U Borgu, à l’ouest. Ce dernier est couronné par la chapelle Notre-Dame-des-Sept- Douleurs, aménagée en 1700 à l’emplacement de la salle d’armes de l’ancien castel de la famille Savelli de Guido, descendant de Guido de Savelli qui fonda Corbara au début du IXe siècle. Le castel fut détruit au cours du Moyen Âge.

Ancré entre mer et montagne, près de l’Île-Rousse, Corbara est une pépite aux senteurs méditerranéennes

L'archétype du village Corse

En esquivant tout cliché, il est tout à fait juste d’affirmer que le village est ce qu’un Corse peut avoir de plus intime et secret. Le meilleur exemple qu’il soit donné de voir se trouve à Corbara chez Guy Savelli. Quittez la Marine de Davia, station balnéaire de Corbara, pour gagner les hauteurs du village, dominé par le climat Sant’Angelo (mont Saint-Ange, 562 mètres) et le mont de Guido. La maison de Guy, en pierre de pays mise en oeuvre selon l’appareillage traditionnel, et aux volets bleus, est haut perchée.

Panorame de Corbara

Ruelles aux pavés roulants sous la semelle, passages voûtés, ricciades (rampes pentues et caladées) et piazza nous conduisent chez notre hôte. Cela fait près d’une cinquantaine d’années que ce Balanin, hier encore boulanger de Corbara, collecte avec une fervente passion « tout ce qui a trait à l’histoire de [son] île ». Bilan : il a ouvert dans sa propre demeure un petit musée d’Histoire et d’Art ancien, regorgeant de trésors parfois très insolites ayant trait aux traditions populaires insulaires. Et cet amoureux de la vie de vous bichonner, de vous « mignoter », de vous offrir « les clés de Corbara ».

Un bourg ancestral

Corbara est une cité ancienne dotée d’un patrimoine architectural remarquable, à l’image de la chapelle Notre-Dame des Sept-Douleurs. À l’intérieur de ce sanctuaire à l’architecture assez fruste se trouve un groupe sculpté en marbre peint du XVe siècle – la Madonna di u Laziu – dont la statue de la Vierge est revêtue d’une robe. Celle-ci lui est ôtée uniquement le jour de sa fête, début octobre.

Patrimoine religieux

De chez lui, il n’y a que quelques pas à faire pour trouver la fraîcheur sous les voûtes de A Nunziata (église de l’Annonciation), église baroque blanche faisant face au littoral et à la Punta di Vallitone. L’édifice date de la fin du XVIIe siècle, mais a subi d’importantes campagnes de restauration aux XVIIIe et XIXe siècles.

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1 - Les ricciades de Corbara, rampes caladées caractéristiques des villages de Balagne, sont parfois si pentues qu'une petite pause à mi-parcours n'est parfois pas de trop.
2 - L'église collégiale A Nunziata (église de l'Annonciation), située sur une place à mi-hauteur du village, fut édifiée en 1685 à l'emplacement d'un premier bâtiment. Ce vaste édifice de style baroque aux façades blanches renferme un véritable trésor : une collection d'oeuvres d'art sacré.

Dans la sacristie de l’église, érigée au rang de collégiale par le pape Benoît XIV, s’expose le trésor. Cette collection d’oeuvres d’art sacré est sous la surveillance de Jean-Baptiste Franceschini, un puits de science capable de vous expliquer avec simplicité les rituels religieux corses les plus mystérieux.

Juste à côté de l’ancienne collégiale, voyez l’église de confrérie des pénitents de Saint-Antoine Abbé, qui anime les festivités religieuses de la Semaine sainte et de la Saint-Antoine (17 janvier).

Si les chapelles vous attirent, vous trouverez aussi les sanctuaires :

  • Sainte-Lucie (place de l’Ancienne-Église),
  • Saint-Pierre-et-Saint-Paul,
  • Saint-Roch (route d’accès au hameau du Borgu),
  • Notre-Dame de Lazio aux peintures monumentales de Pietro Sicuri,
  • Saint-Cyprien
  • Saint-Corneille

Quant à la chapelle Notre-Dame des Sept-Douleurs (située en haut du hameau du Borgu), elle jouxte les vestiges de l’ancien château de la famille des Savelli de Guido, descendants des seigneurs de Balagne. C’est au castel de Corbara que Pascal Paoli, père de la patrie corse, aurait annoncé aux Génois qui lui interdisaient l’accès au port d’Algajola, la création de la cité de l’Île-Rousse.

Une retraite à la montagne

À 2,5 kilomètres du village de Corbara, en direction de Pigna (D151), s’élève, sur les flancs du mont Saint-Ange, le couvent Saint-Dominique, repérable à son aérien clocher carré. Cet ancien orphelinat fondé vers 1430 par monseigneur Nicolas Savelli fut transformé en couvent en 1456 par les frères franciscains, évangélisateurs de l’île, qui vont l’occuper avant que les dominicains en prennent possession jusqu’au début des années 1990. Aujourd’hui, ce sont les frères de la communauté de Saint-Jean qui accueillent les retraitants spirituels. À l’intérieur de l’église conventuelle, on peut admirer une chaire du XVIIIe siècle, une pietà et un crucifix rustiques en bois d’olivier…

La découverte de Corbara passe aussi par un rafraîchissant patrimoine, les fontaines. Riche en sources, le village possède quatre superbes points d’eau, le plus spectaculaire étant la fontaine A Funtana di u Moru. 

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