Beauté sauvage de la vallée du Doubs en Franche-Comté

Par Hughes Derouard et Clio Bayle
source : Hors série - France sauvage
Publié le 20/08/2015

Folle rivière que le Doubs ! De sa source, près du village de Mouthe, jusqu’à l’impressionnante cascade dite le Saut du Doubs, se succèdent des sites d’une sauvage beauté.

bassins du Doubs

La haute vallée du Doubs : de source farouche

C’est sur la commune de Mouthe (Doubs), dans le parc naturel régional du Haut-Jura que la rivière du Doubs jaillit, à 945 mètres d’altitude, tout contre la frontière suisse. Née au coeur d’un siphon de 55 mètres de profondeur, elle fut longtemps génératrice de légendes liées à la présence de la Vouivre, créature fantastique mi-serpent mi-femme arborant une escarboucle dans une cavité du crâne. Aujourd’hui encore, la source du Doubs continue d’intriguer et elle attire nombre de spéléologues qui ne sont pas rebutés par ses eaux à 7° C et le fort courant qui y règne.

En hiver, le thermomètre plonge si bas qu’on a surnommé cette vallée la « Sibérie française ». Et à juste titre : il n’est pas exceptionnel de relever des températures de 30 °C en dessous de zéro.

Les étapes de la vallée du Doubs

L’atmosphère paraît très nordique dans la combe où le Doubs prend sa source, entre les prairies et les sapins de la forêt du Noirmont, à deux pas du village de Mouthe. Surtout en hiver, quand le thermomètre plonge si bas qu’on a surnommé cette vallée la « Sibérie française ». Et à juste titre : il n’est pas exceptionnel de relever des températures de 30 °C en dessous de zéro, que les 945 mètres d’altitude de Mouthe ne suffisent pas à expliquer.

source du Doubs

Le lac de Saint-Point

En pénétrant dans la vaste grotte où jaillit le Doubs, on commence à comprendre : même en plein été, il fait très froid. L’eau de la source est de 7 °C environ ! Puis la rivière s’engage dans une zone de tourbières. Or ce type de sol, parce qu’il est gorgé d’eau et d’air, présente la particularité d’absorber le froid et de le retenir. Cette glacière naturelle entretient au-dessus des terres un froid dense, lourd, qui stagne et gèle à la première occasion. Et comme de plus, la vallée est relativement encaissée, le soleil d’hiver ne chauffe pas assez longtemps et pas assez fort pour réchauffer les lieux. Aussi ne sera-t-on pas étonné d’apprendre que le magnifique lac de Saint-Point, 12 kilomètres en aval de la source, est chaque hiver recouvert d’une couche de glace.

Lac de Saint-PointLe lac de Saint-Point.

On mesure une soixantaine de kilomètres à vol d’oiseau entre sa source et la ville de Besançon dont le coeur s’est établi dans un méandre ; mais pour parcourir cette distance, la rivière en totalise 250 !

À mi-longueur du lac sur la rive droite, la Source Bleue serait née des larmes de Berthe de Joux, épouse d’Amaury III. À son retour de croisade, l’ayant trouvée avec un amant, le mari enferma la belle dans un cachot où ses larmes auraient fait jaillir une fontaine ! Cinq kilomètres après le lac de Saint-Point, une première cluse – celle de Pontarlier – amène le Doubs à changer de vallée.

La forteresse de Joux

Forteresse du JouxDans la cluse de Pontarlier, la forteresse médiévale de Joux commande ce qui fut, dès l’Empire romain, une voie de passage commerciale obligée entre l’Italie et les Flandres, avant de devenir pendant quinze siècles une véritable « route des invasions ». Le plus spectaculaire des châteaux franc-comtois se dresse sur l’éperon rocheux de Géran, 200 mètres au-dessus de la passe. Outre son rôle stratégique majeur, c’est sa fonction de prison qui rendit le château célèbre. Mirabeau y fut interné, Toussaint-Louverture y agonisa en 1803.

La beauté du site naturel est encore rehaussée par le château fort de Joux, accroché à un éperon rocheux au-dessus de la forêt. Désormais, la rivière suit le val du Saugeais en direction de Morteau, qu’elle n’atteint cependant qu’après avoir creusé son passage dans un massif calcaire. Le sinueux défilé du Coin de la Roche est par ailleurs emprunté par la route et une voie de chemin de fer : un véritable exploit pour les constructeurs.

La cascade du saut du Doubs

Le saut du Doubs

Puis, juste avant Morteau, la vallée s’élargit d’un coup en un vaste bassin marécageux. Cela ne dure pas ! Car le Doubs trace méandre sur méandre dans des gorges, et se transforme en un plan d’eau qu’on pourrait prendre pour une retenue de barrage hydroélectrique. Mais non ! Ce sont des éboulements qui ont formé le lac de Chaillexon. Et c’est à son extrémité que la rivière chute d’une trentaine de mètres. C’est le Saut du Doubs, parmi les plus belles cascades de France, dont les eaux sauvages sont toujours blanches d’écume.