La Roche-Guyon, un village qui se met en Seine

Par Détours en France
source : Hors Série - Les plus beaux village de nos régions 2012, p.48

La Roche-Guyon étire au pied d’un donjon médiéval décoiffé ses maisons, ses caves troglodytiques et un château pour le moins singulier, rêve de Versailles d’un aristocrate exilé… et inspiré.

Panorama

Sur cette image aérienne, tout est dit de la topographie de La Roche-Guyon. Dans un méandre de la Seine, rive droite, le rebord du plateau du Vexin français se termine par une cuesta. De hautes falaises crayeuses dévalent vers le fleuve. C’est au piémont de cette ligne de crêtes que La Roche-Guyon s’est implanté.
Autre village médiéval également traversé par la Seine: Mussy-sur-Seine, un village que nous vous faisons découvrir sur Détours en France.

Si vous venez pour la première fois à La Roche-Guyon, arrivez par la « route des crêtes », via le village de Vétheuil, peint avec acharnement par Claude Monet. Votre trajet ourle les bords d’une muraille de craie, surplombant à une centaine de mètres d’altitude un ample méandre de la Seine (la boucle de Moisson).

Vous souvenez-vous ?

C’est par cette D100 (devenue D913), doublée par le GR®2, que Philip Mortimer, le célèbre héros de bande dessinée inventé par Edgar P. Jacobs dans Les Aventures de Blake et Mortimer, prend contact avec « ce décor digne de la légende ». Le professeur Mortimer y a hérité d’une bove (une cave troglodytique) qui va s’avérer être un piège diabolique…
Rien de tout cela n’est vrai, hormis l’existence du château et des boves (principalement dans la charrière de Gasny). Ces dernières ne sont pas piégeuses, mais elles ne manquent pas de susciter la curiosité.

Creusées dans la tendre roche calcaire, ces excavations avaient pour raison d’être de recevoir les réserves de vin local, le « petit couillotin » qui, pour ne pas avoir des lettres de noblesse, résista aux épidémies de phylloxéra. Hautes et d’une centaine de mètres carrés, elles deviendront des maisons d’habitation, des granges, des refuges, avant de finir pour beaucoup en simples garages à voitures.

Le château du bourg

À tout seigneur, tout honneur : le château. Adossé à la falaise, il se signale par un donjon massif (XIIe siècle), constitué d’une tour aux murs épais (plus de 3 mètres d’épaisseur), et entouré d’une enceinte polygonale. Le donjon, massif, saillant à peine de la cime de la falaise, a vite été doté d’une double chemise qui lui confère un aspect imprenable. Le système défensif est ensuite renforcé avec un château, creusé à même la falaise, façon troglodytique, quasiment invisible de l’ennemi. 

Château

Le château actuel date des XVIIe et XVIIIe siècles. Il assurait la défense du plateau du Vexin et de la vallée de l’Epte et communiquait avec le château troglodytique, aujourd’hui détruit, par un escalier souterrain de 250 marches (vers 1190).

Son origine

Nous devons ce magnifique lieu à Guy de la Roche, vassal de Philippe Auguste. Au XVe siècle, sous l’impulsion de la famille de Silly, de forteresse l’édifice se transforme en résidence de plaisance. François Ier et Henri IV y séjournent. Mais c’est surtout avec l’arrivée des de La Rochefoucauld (1659) que sa physionomie est bouleversée.

Chateau

Pavillons, cour d’honneur, orangerie, écuries… le xviiie siècle correspond à l’apogée du château grâce au duc Alexandre de La Rochefoucauld et à sa fille, Marie-Louise-Nicole, philanthropes, imprégnés des valeurs portées par les intellectuels du Siècle des lumières. 

Alexandre de La Rochefoucauld, en disgrâce à la cour, est exilé par Louis XV. Habitué aux fastes versaillais, il érige des pavillons d’angle et des terrasses soutenues par de puissantes arcades ; des écuries inspirées de celles de Rambouillet sortent de terre, de même qu’un jardin potager et un verger de trois hectares (celui-ci « ressuscitera » dans les années 2000).

L'inspiration s'y dégage

Avant de rejoindre les crêtes, via les charrières (ruelles très pentues), faites un tour par la mairie juchée sur les piliers de l’ancienne halle seigneuriale, l’église Saint-Samson (XVe siècle), le grenier à sel créé par Louis XII (1504). La Roche-Guyon a aimanté nombre de personnages célèbres.

Route

C’est en arpentant les « charrières », ruelles qui montent jusqu’aux « crêtes », que vous débusquerez les « boves », ces excavations troglodytiques qui servirent tantôt de maisons pour les plus modestes tantôt d’abris pour toute la population.

Est-ce en flânant sur les berges de la Seine que François de La Rochefoucauld trouva l’inspiration à ses aphorismes philosophiques (Réflexions ou sentences et maximes morales) ? Est-ce en contemplant la nature du haut des falaises crayeuses que Lamartine écrivit certaines de ses Méditations ?
À le lire, sans nul doute :

Ici, à la Roche-Guyon, viennent mourir les derniers bruits du monde…

Victor Hugo écrivit depuis son auberge (actuel café-tabac) à sa fille Adèle : « La Roche-Guyon… toujours ce beau croissant de la Seine, toujours ce sombre rebord de collines. » 

Les peintres Camille Pissarro, Paul Cézanne et Auguste Renoir y trouvèrent des lumières « impressionnantes » ; quant à Georges Braque, il y signa en son atelier improvisé ses premières toiles, pionnières du cubisme.

Le Vexin protégé

Le Vexin est à la fois une région naturelle et le nom d’une ancienne province. C’est au XIIe siècle que s’établit le distinguo entre le Vexin français et son voisin le Vexin normand.
Panorama

Ce vaste plateau calcaire, surmonté de buttes sableuses, s’étend sur environ 1 400 km2 entre l’Oise, la Seine et l’Epte. Il est bordé au nord par un plateau crayeux correspondant au pays de Thelle. En 1995, la création du parc naturel régional du Vexin a permis de protéger et promouvoir le patrimoine d’une centaine de communes. Terre agricole, le Vexin ne fut que peu touché par la Révolution industrielle et peu frappé par l’urbanisation massive, laissant intacte une belle architecture vernaculaire (fermes fortifiées…) et un riche petit patrimoine rural (cadrans solaires, lavoirs, colombiers…). En outre, on y dénombre 120 églises et près de 80 châteaux.