Forts et citadelles du Pays Catalan

Par Valérie Ferrer

Terre d’histoire, le pays catalan cache en son cœur des citadelles, des forts et des châteaux qui tournent, chacun à leur façon, une page de l’aventure d’un territoire situé entre France et Espagne.

Villefranche-de-Conflent, la plus imposante

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Longiligne, Villefranche-de-Conflent aligne ses maisons aux toits de tuiles rose au pied des Pyrénées.

Villefranche-de-Confents est l’un des plus beaux villages de France. Et pour cause ! Dans un creux des Pyrénées taillé par la Têt, Villefranche-de-conflent apparaît comme un bastion chargé d’histoire. Ici les siècles se mêlent au fil des remparts et des maisons serrées les unes contre les autres comme pour mieux se protéger de la rigueur des hivers. Si la cité fortifiée est d’origine médiévale, c’est Vauban qui lui a donné ses lettres de noblesse. Capitale du Conflent dès le 12ème siècle, la ville voit au cours des siècles, ses fortifications sans cesse remaniées jusqu’à ce que le Maréchal de Louis XIV, entreprenne de les démanteler pour les reconstruire. Le Roussillon vient de passer sous la tutelle des Français et Vauban veut contrôler l’accès de la vallée.

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Classée au Patrimoine Mondial de l'Unesco, la cité fortifiée a des allures de bastion imprenable.

Dans les pas de Vauban

A l’abri de ses murailles et de ses échauguettes, Villefranche-de-Conflent aligne aujourd’hui encore ses maisons héritées du Moyen-Age. On y découvre la Tour du Diable, les portes du Roussillon et de France mais aussi le chemin de ronde dont les meurtrières offrent des points de vue différents sur la ville et les montagnes alentours. Des points de vue dont certains ont campé le décor du Bossu, tourné ici en 1959.

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Villefranche-de-Conflent doit peut-être sa devise "Non commovebitur" (elle demeurera inébranlable) a son chemin de ronde couvert.

La bonne adresse

On en profite pour aller boire un verre chez Joël Méné au bar Le Canigou, un bistrot de pays comme on les aime avec une ambiance, des plats catalans et la gouaille du patron pour donner le ton. Le tout dans un décor dédié aux pompiers, l’autre passion de Joël. A noter les soirées à thèmes, musique, cinéma en plein air… Un vrai régal.

Fort Liberia, le plus mystérieux

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Construit par Vauban, le fort Liberia a été fortifié sous Napoléon III.

Perchée au-dessus de Villefranche-de-Conflent, le Fort Liberia surveille le Conflent depuis le 17ème siècle. Comme un vaisseau amarré aux rochers, il est le symbole de l’arsenal défensif voulu par Vauban. On le visite dans le silence de sa cour d’honneur et le mystère d’un escalier souterrain reliant le fort à la cité de Villefranche par 734 marches. On se souvient alors que ce monument historique inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco servit de prison aux empoisonneuses de Louis XIV.

Infos : Visites 365 j/ an. 7€/adulte et 3,80 € pour les 5 – 11 ans. http://www.fort-liberia.com/

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Sentinelle de pierre veillant sur les 138 000 hectares du Parc Naturel régional des Pyrénées Catalanes.

Tchou-tchou !

Il est un petit train qu’il ne faut rater sous aucun prétexte. Reliant Villefranche-de-Conflent à la Tour de Carol sur 63 km, le train jaune est une institution. En été, pour le plaisir de grimper à bord de ses waggons ouverts mais aussi en hiver lorsque les paysages de Cerdagne se couvrent de neige et que les ouvrages d’art prennent d’un coup un autre relief. Surtout le viaduc Séjourné suspendu à 65 m au-dessus du sol et le pont Gisclard enjambant un précipice.

Citadelle de Mont-Louis, la plus élevée

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Une étoile de pierre dessinée sur les contreforts des Pyrénées.

1600 m d’altitude ! C’est la ville fortifiée la plus haute de France. Porte d’entrée de la Cerdagne, cette cité est le fruit de la volonté conjuguée de Louis XIV et de Vauban. Pour défendre un territoire passé sous la coupe de la France, le commissaire général des fortifications du roi conçoit ce bel exemple d’architecture militaire.

Trois kilomètres de remparts

Se balader dans Mont-Louis, c’est découvrir une ville cernée par trois kilomètres de remparts, c’est flâner dans des rues que Vauban avait imaginé pour accueillir marchands, bourgeois et artisans, c’est franchir la Porte de France et son pont-levis, c’est enfin percer les secrets du Puits des forçats, qui doté d’une immense roue, permettait d’approvisionner en eau, la garnison. C’est enfin, comprendre pourquoi cette cité, dont la vocation militaire est toujours réelle avec la présence du Centre National d’Entraînement Commando, a été classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco.

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Mont-Louis doit son nom au roi Louis XIV et sa force au soleil.

Cité du Soleil-Roi 

Voulu par le Roi Soleil, Mont-Louis est aussi le site qui, à la fin de la deuxième guerre mondiale, accueillit le premier four solaire. Baignée par 3000 heures de soleil par an, la région fut en effet choisie par les scientifiques pour réaliser des travaux sur l’énergie solaire. Dès 1949 un immense miroir parabolique est implanté pour concentrer les rayons du soleil. Aujourd’hui, le four sert à la cuisson de céramiques d’art et la fabrication d’objets tels que le sifflet du célèbre Train Jaune.
Sa visite est passionnante. On y découvre son fonctionnement et on assiste à quelques expériences. 
6,50 €/adulte et 5 € pour les 7-17 ans. Renseignements : four-solaire. 

Fort-les-Bains, le plus secret

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A Amélie-les-Bains, le fort a gardé une émouvante modestie

Une tour carrée dominant la forêt, des échauguettes surveillant un décor dédié au silence… A Amélie-les-Bains, le Fort-les-Bains est inscrit dans le paysage depuis des siècles. Depuis en fait que Vauban vint ajouter sa touche à un édifice construit par Saint Hilaire sur les fondations d’un château médiéval. Obéissant aux ordres de Louis XIV, Vauban fait une tournée d’inspection et juge utile de renforcer ce fort installé sur la ligne de défense de la frontière espagnole. Aujourd’hui, propriété privée, il s’observe uniquement de l’extérieur. Pour le plus joli coup d’œil, deux options : prendre le chemin de randonnée qui conduit jusqu’à la chapelle Santa Engracia ou celui qui monte jusqu’au rosaire de Montbolo pour une superbe vue de face.

Pause détente 

On en profite pour prendre les eaux. Celles d’Amélie-les-Bains sont réputées soigner les rhumatismes et les voies respiratoires. Pour bénéficier de tous leurs bienfaits, en dehors des cures médicales, direction le spa thermal et ses soins de balnéothérapie.

Fort de Bellegarde, le plus hispanique

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Depuis sa terrasse, le Fort du Perthus offre uen superbe vue sur la plaine du Roussillon et de l'Emporda en Espagne

Du Perthus, on ne connaît bien souvent qu’une enfilade de magasins. Et pourtant, en levant un peu les yeux, on peut apercevoir les lignes massives d’un fort dont les pierres grises viennent souligner le bleu du ciel. Construit sur la base d’une tour à signaux élevée par les rois de Majorque, ce fort devient stratégique lors des guerres entre la France et l’Espagne qui succèdent au Traité des Pyrénées. Vauban décide alors de l’agrandir, de le moderniser et de le renforcer afin qu’il puisse accueillir jusqu’à 1200 hommes et 150 chevaux. Lorsqu’en 1686, Vauban visite les travaux, il constate que cette citadelle sera « des plus jolies, des mieux situées, très bonne et des plus importantes ». A cheval sur la frontière franco-espagnole, Bellegarde devient un verrou décisif ainsi qu’une réserve de troupes et de munitions. Aujourd’hui de redoutes en remparts, le fort se souvient qu’il abrita un régiment de Napoléon, servit d’hôpital en 1939, lors de la Retirade des républicains espagnols avant de servir de prison à des Allemands de 1943 à 1945.

Visites en été uniquement. 4 € / adultes et 2 € pour les 6-12 ans. Informations ici.

Se laisser surprendre 

On ne rate pas les visites guidées du Perthus. Juste pour le plaisir de tordre le cou aux clichés et de découvrir que derrière les boutiques se cachent de belles histoires. Marie avec passion mène du phare de l’aéropostale où passèrent Mermoz et St Exupéry à la tour de garde du 17ème siècle en passant par les bornes frontières. A découvrir aussi les traces laissées par les chars romains sur la via Domitia, les vestiges du Trophée de Pompée sur le site de Panissars ainsi que la Pyramide de Ricardo Bofill, architecte catalan.

Fort Lagarde, le plus théâtral

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Au coeur de l'étoile dessinée par Vauban, une tour à signaux médiévale.

Du haut de ses échauguettes et de ses remparts construits en granit, schiste et brique, le fort Lagarde veille sur Prats-de-Mollo dans toute la sagesse de ses pierres séculaires. Elevé pour garder la frontière franco-espagnole, il fut renforcé par Vauban à partir de 1686. En son cœur, une tour à signaux rappelle que ses fondations remontent au Moyen-Age. Cachée dans le secret de la terre, une voie de repli de 142 marches raconte comment les soldats pouvaient regagner le fort à l’abri des tirs.

Prends garde chevalier !

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Chaque été, les soldats du roi reviennent au fort faire des démonstrations.

Pour mieux s’imprégner de toute la puissance d’une telle construction, le mieux est de le visiter en été, lorsque des soldats en costume d’époque s’exercent au maniement de fusil à silex et font des démonstrations à cheval. Du Pavillon des officiers au Donjon réservé aux soldats de troupe, l’histoire se revisite sur un mode ludique. Ambiance garantie !
Tarifs : 7 €/adulte et 3,50 € pour les 6-12 ans.

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Entre tirs au fusil et démonstrations de dressage, le fort retrouve des couleurs.

Descendre en ville 

Un petit tour par la ville fortifiée s’impose ! Il faut se perdre dans les rues escarpées bordées de maisons étroites de la ville haute et découvrir les remparts ponctués de chemins de ronde, de grilles et de portes à bretèches. Nous, on a craqué pour le petit pont de pierre qui enjambe le cours d’eau, l’église Saintes Juste et Ruffine et son superbe mobilier d’art baroque et la vue depuis les meurtrières.

Pause déjeuner

Rendez-vous au Sud, un petit restaurant installé sur les remparts et qui présente le gros avantage d’être ouvert à l’année. Le chef, un ancien de l’Auberge du Vieux Puits, le restaurant étoilé de Fontjoncouse, aime les produits du pays. Sa carte très courte, respire l’authenticité. Menu à partir de 12,50 €.

Forteresse de Salses, la plus orientale

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Allongée dans la plaine du Roussillon, la forteresse de Salses garde l'entrée des Pyrénées-Orientales.

Elle apparaît d’un seul coup. Comme pour mieux surprendre les ennemis d’hier et les visiteurs d’aujourd’hui. A 15 km de Perpignan, Salses dévoile sa forteresse entre Corbières et étang. Construite entre 1497 et 1502 par les rois catholiques espagnols Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de Castille, elle verrouille l’entrée dans le Roussillon.

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Au fil des siècles, Salses sert tour à tour de fortresse, de prison, de poudrière et de caserne.

Superbe ouvrage militaire, cette forteresse qui accueillit Charles Quint et fut restaurée et transformée sous Vauban, est aujourd’hui une superbe exemple de transition entre le château fort médiéval et les fortifications bastionnées qui suivirent. Le temps d’une visite, on y découvre à quel point cette forteresse dotée de douves, de meurtrières, de couloirs étroits, de lourdes portes et de petites cours intérieures, était particulièrement bien pensée.

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Sentinelle avancée du royaume d'Espagne, la forteresse est devenue française après le Traité des Pyrénées en 1659.

Notre conseil : optez pour la visite guidée. Non seulement elle permet d’accéder à des lieux tels que la terrasse, le donjon ou encore les galeries non accessibles autrement mais en prime, elle fait revivre l’histoire à travers une multitude de détails et d’anecdotes.

7,50 €/ adulte, gratuit pour les – de 18 ans. Entrée gratuite pour tous le 6 décembre.

Pause gourmande

De l’autre côté de l’étang, à Leucate, les ostréiculteurs ont monté des baraques où ils vendent huître et moules. A chacune son style mais pour toutes le plaisir de servir des assiettes de coquillages juste ramassées, arrosées d’un verre de blanc. Nous, on a craqué pour le Mas Bleu et la bonne humeur de Pascale, la maîtresse des lieux.

Château de Collioure, le plus royal

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Face à la mer, le château de Collioure contemple la cité des Fauves.

Face à la baie de Collioure et à son célèbre clocher, le château est le symbole de la toute puissance des Rois de Majorque. Dominant le port d’une ville où transitaient hier, du vin, des draps, de l’huile, du miel, des sardines ou encore du savon, le château servit longtemps de résidence d’été à ces rois itinérants. Plus tard, d’Artagnan et ses mousquetaires investirent les collines alentours pour prendre cet édifice pendant que la flotte française bloquaient le port pour obliger les espagnols à se rendre.

4 €/ adulte, gratuit pour les – de 2 ans.

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La cour royale accueillera en décembre un grand marché de Noël. 

Sainte nuit 

Ne pas rater la Cour de Noël à partir du 27 novembre et jusqu’au 13 décembre. Pendant trois semaines, le château devient le rendez-vous des artisans et créateurs du coin qui viennent ici exposer leurs idées cadeaux. On se balade d’une salle à l’autre, à la rencontre d’une soixantaine d’exposants et les enfants peuvent même se prendre pour les Rois Mage en faisant des tours de dromadaires.

 Palais des Rois de Majorque, le plus citadin

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Haut lieu de l'histoire catalane, le Palais des Rois de Majorque est aussi devenu une scène culturelle incontournable.

En plein cœur de Perpignan, ce palais édifié entre les 13ème et 14ème siècles, fait la fierté des catalans. Symbole du pouvoir des rois de Majorque, il mêle avec bonheur architecture romane et gothique, galets roulés par les rivières, briques rouges et pierres de taille.  A l’intérieur, ses superbes chapelles illustrent tout le raffinement et la puissance dont fit preuve Perpignan, alors haut lieu économique, politique et culturel. Au cœur de l’arsenal défensif protégeant la frontière, il est à chaque époque doté de nouveaux dispositifs. Même Vauban s’intéressa à lui en ajoutant une caserne. Aujourd’hui, en dehors des visites du site, le Palais se prête à merveille aux concerts et expositions. Il faut venir les soirs d’été assister à des représentations en plein air. Tout simplement magique.

4 €/adulte et 2 € pour les 12-18 ans.

A voir, l’exposition permanente sur « Un roi bâtisseur, Jaume II de Mallorca » qui commémore, le 700ème anniversaire de la mort du constructeur du palais.