Maroilles, le goût de l'Avesnois

Par D. Roger - H. Derouard - V. Noyoux - D. Le Brun - N. Cousin
source : Hors Série - Les plus beaux villages de nos régions 2012, p.68
Publié le 28/07/2015

Célèbre pour son fromage, ce bourg du Nord appartient au Parc naturel régional de l'Avesnois. Chacune de ses rues conserve le souvenir de sa prestigieuse abbaye, détruite lors du "vacarme de Maroilles" en 1789

det_hs_village_12_maroilles_moulin_samuel_dhote.jpg Entravant le cours de l’Helpe Mineure, le moulin à eau de l’abbaye, très bien restauré, n’échappe pas à la règle. En vous approchant du moulin, remarquez un linteau de porte affichant une devise, attribuée à Frédéric d’Yves, abbé de Maroilles, diplomate et conseiller du roi Philippe II d’Espagne durant les guerres de Religion : « Il est bon de s’attacher à Dieu. »

Le "plus fin des fromages forts"

Juste avant d’arriver à Maroilles, le long de la départementale 962, à hauteur de Marbaix, on tombe sur un drôle de distributeur automatique. Barres chocolatées et sodas ? Mieux, du maroilles ! Le fameux fromage à pâte molle et à l’odeur inimitable, AOC depuis 1955 ! Si l’effet Bienvenue chez les Ch’tis est probablement passé par là, cela en dit long sur l’importance dans la région du « plus fin des fromages forts »...  « Ici, le maroilles, c’est quelque chose, mais il ne faut pas oublier la boulette d’Avesnes ou le dauphin, un maroilles épicé… », vante Étienne Delcambre, fromager et producteur, qui soulage tous ceux qui ont une fringale à 2 heures du matin…

Secrets du maroilles

det_hs_village_12_maroilles_producteur_samuel_dhote.jpgC’est le village qui donna son nom au fromage et non l’inverse, comme le pensent beaucoup de gens.
Emblématique de la région Nord-Pas-de-Calais, ce fromage à pâte molle et à la croûte lavée orangée (il se présente le plus souvent comme un carré de 13 cm sur 6 d’épaisseur) aurait été, selon la tradition, créé par un moine de l’abbaye en 960.
Mais on en retrouve des mentions dès le VIIe siècle : une ordonnance prescrivait aux paysans de Maroilles de convertir le lait de leurs vaches en fromage le 24 juin et de le remettre 100 jours plus tard à l’abbaye. Il était déjà renommé au XVIe siècle puisqu’on dit que l’empereur Charles Quint ou Henri IV en raffolaient. Pour tout comprendre de ses secrets de fabrication, il faut se rendre à la ferme de Cerfmont.

La famille Druesnes (Daniel, Christiane et leur fils David), les derniers producteurs de Maroilles sur la commune, ouvre sa fromagerie à la visite. (voir ci-dessous)

Un paysage bocagé

Mais, avant d’être un fromage, Maroilles est bien sûr un village de 1 500 Maroillais. Situé à deux pas de la belle forêt de Mormal, au sein du Parc naturel régional sous vos yeux, un opulent monde de verdure, sillonné de haies d’aubépines, de saules et de charmes et parcouru de petites rivières. Pour un peu, on se croirait en Normandie !

Parc Place Verte, un kiosque à musique des années 1930. Dans tout l’Avesnois, le kiosque à musique est un élément important du petit patrimoine rural et de l’éducation musicale populaire au XIXe siècle.

Les moines de Maroilles et les vestiges de sa prestigieuse abbaye

Ce paysage est l’oeuvre des moines de l’abbaye de Maroilles, fondée en 652, qui ont défriché ce sol. Car, durant onze siècles, l’abbaye de Maroilles et ses 78 abbés rayonnèrent sur la région ! Sa richesse était telle que les paysans des environs, exaspérés, pillèrent le sanctuaire bénédictin lors du « vacarme de Maroilles », le 29 juillet 1789.

Si l’abbaye a été mise à sac, ses vestiges du XVIIe siècle sont apparents encore dans tout le village. Un tour dans les rues suffit à s’en convaincre. On peut voir de nombreux logis abbatiaux en brique rose dont le bâtiment du Frère-Portier, au numéro 32 de la Grand-Rue, qui abrite aujourd’hui le syndicat d’initiative.

Le moulin à eau : le plus beau des vestiges

La mairie est, elle, installée dans l’ancien échevinage ! Mais le plus beau des vestiges demeure le moulin à eau qui enjambe l’Helpe Mineure, superbement restauré (il a été construit en 1575, puis modifié aux XVIIe et XVIIIe siècles. Sur le linteau de la porte, on peut déchiffrer, en latin, « Il est bon de s’attacher à Dieu », la devise de Frédéric d’Yves, abbé de Maroilles qui fut conseiller d’État du roi d’Espagne Philippe II. Jadis les paysans venaient y faire moudre leur grain. L’abbaye prélevait la dîme qui était stockée dans la majestueuse grange en brique et pierre qui est aujourd’hui la maison du Parc naturel régional.​

L'église paroissiale

Construite en 1735, dominée par un clocher orné de quatre clochetons, elle a également été épargnée. Elle est dédiée à saint Humbert, premier abbé de l’abbaye.

Arc L’arc de triomphe n’est autre que l’ancienne porte de l’église abbatiale. 

Pénétrez à l’intérieur pour admirer son orgue (début XVIIIe), provenant de l’abbaye et classé monument historique, et quelques belles toiles telles que Le Martyre de saint Jacques, issue des ateliers du peintre flamand van Dyck. D’ici, on peut regagner l’harmonieuse place Verte, sur la route d’Avesnes-sur-Helpe, dotée d’un kiosque à musique et d’un insolite arc de triomphe… qui était en fait portail de l’église abbatiale détruite.