Gerberoy, la plus petite ville de France

Par Détours en France
source : Hors Série - Les plus beaux villages de nos régions 2012, p.86

Dans l'Oise, surveillant du haut de la butte où elle est juchée, le Beauvaisis et le blond plateau céréalier picard, Gerberoy revendique sans ostentation son titre de « Plus petite ville de France ».

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Ses couleurs inspirent

L'arrivée de l'artiste

La rue du Logis-du-Roy à Gerberoy est l’entrée principale de ce village picard. Maisons aux pans de bois et colombages colorés, briques rose-brun, ardoises gris graphite, tuiles ocre… toute une palette de couleurs propres à séduire le peintre, comme le photographe ou le promeneur.

Rue du Logis-du-Roy

De peintre, Gerberoy en accueillit un illustre, Henri Le Sidaner (1862-1939). « Je songerai sans doute encore le dernier jour où je disparaîtrai, à la plus humble demeure de Gerberoy, où les doigts malhabiles viennent accrocher sur les volets de la fenêtre l’unique tige fleurie qu’une grappe de rose aura alourdie », confiait-il à ses hôtes.

Rue Henri Le Sidaner

Rue du bourg portant le nom de du peintre post-impressionniste français : Henri Le Sidaner

La création des jardins

Démantelées en 1592 sur ordre de Henri IV, les ruines de la forteresse ont servi de terreau artistique au peintre Henri Le Sidaner. Ce compagnon de route des impressionnistes découvre ce petit joyau de pierre picard grâce à Rodin en 1903. Il jette son dévolu sur une bâtisse dépourvue de tout confort, dans ce village fantôme où les maisons, pour être belles et anciennes, sont presque toutes à l’abandon.

Devoir de mémoire

Les remparts, qui ont été restaurés, rappellent la mémoire des soldats qui ont péri ou défendu ce fief fortifié, moult fois assiégé, pillé, incendié tout au long de son histoire.

L’artiste y crée un jardin à l’italienne disposé en terrasses successives. Tout y est pensé et composé dans un seul but : donner vie aux motifs de ses futures toiles. Dans sa quête de beauté et de sérénité, il n’a de cesse de confronter les couleurs de sa palette aux douces lumières de la Picardie. Dans sa volonté d’embellir son nouveau havre, il ensemence chaque ruelle, chaque coin et recoin du village de rosiers.

Face fleurie

Les nombreuses façade fleurie de Gerberoy l'on fait devenir alors, étiquetage touristique oblige, la « Cité des roses ». 

Cet « activiste de la beauté » a même fondé une Société des amis de Gerberoy pour fédérer les énergies locales. Ce qui génère, par la même occasion, une vague de restauration du patrimoine bâti. Aujourd’hui, les rosiers, de toutes variétés, se comptent par centaines et une fête des roses se déroule tous les mois de juin. Le jardin privé du peintre est ouvert au public.

Jardin

Quant à la « maison-atelier », elle peut se visiter, mais sur rendez-vous. En effet, le petit-fils du chef de file du « mouvement intimiste », Étienne Le Sidaner, entretient la passion de son aïeul… et de Gerberoy dont il est un guide qui passe partout.

Ville ou village ?

Philippe Auguste aurait octroyé à Gerberoy le titre de « Plus petite ville de France » en 1202, en même temps que le droit de revendiquer ses armoiries. L’histoire de cette petite cité remonte au Xe siècle lorsque, face à l’appétit expansionniste des Vikings, Gerberoy cherche à canaliser les ardeurs de ses attaquants.
Elle se fortifie et devient une place forte stratégique à la frontière du royaume de France et de la Normandie. Sur ses puissantes fortifications, Guillaume Ier, Bourguignons et guerroyeurs de la guerre de Cent Ans s’y firent les dents.

Découvrir le bourg

Emprunter le chemin de ronde permet de se faire une idée de ce que fut cette ancienne place forte. Entrez par la porte Saint-Jean, l’accès nord, qui conduit à la rue principale du village : la rue du Logis-du-Roy. De part et d’autre s’alignent des maisons avec des pans de bois naturel ou peint.

Maison

Les maisons des XVIIe et XVIIIe siècles, impeccablement restaurées, mêlent leurs colombages de pur style normand aux appareillages de brique rouge et de silex, signe de leur appartenance picarde.

Note :

Au numéro 6, au fond d’une courette pavée, se trouve la maison dite « Henri IV », où selon la tradition l’auguste souverain séjourna lors de son combat contre les ligueurs.

La place de l’Hôtel-de-Ville, tapie dans le jeu d’ombre et de lumière des imposants marronniers, seringas et hêtres rouges, présente une belle halle (XVIIe siècle) tout en petite brique, reposant sur une série d’arcades. Au premier étage de l’hôtel de ville, la « salle de justice du Vidamé » abrite un petit musée présentant les archives de la commune.

À gauche de la halle et du puits, la rue Henri-Le-Sidaner grimpe en pente douce vers l’impasse du Vidamé, où une magnifique gentilhommière du XVIIIe siècle – le Vidamé – vous ouvre grand ses portes et les allées de ses jardins.
Cette maison d’hôtes est celle d’un enfant du pays, Benoît Guilloux, qui organise une fête médiévale (en mai) « commémorant » la bataille de 1435, épisode de la guerre de Cent Ans dont Gerberoy fut le théâtre. À l’angle de l’impasse se dresse la demeure du peintre Henri Le Sidaner, quelque peu écrasée par la masse de la collégiale Saint-Pierre (XIe-XVe siècles) sobre sanctuaire roman aux stalles sculptées de miséricordes. À découvrir à l’occasion du festival de musique classique (en juin).

Eglise

La modeste collégiale Saint-Pierre, reconstruite au XVe siècle après avoir été incendiée par les Anglais, veille sur des maisons et des jardins enchantés.

C’EST UNE MAISON BLEUE…

Maison bleueVedette de Gerberoy, cette petite maison sise ruelle Saint-Amant date de 1691.
Elle n’est pas adossée à une colline, mais à l’ancienne porte de l’enceinte castrale. Son ossature à pans de bois et peau de torchis repose sous un toit de petites tuiles plates brunes. Dès son origine, elle arbore une teinte bleu isatis (de la plante tinctoriale cultivée et travaillée au Moyen Âge dans le Beauvaisis), recouvrant le bois du colombage, la porte, les fenêtres et les volets.
Son petit air de maison normande a successivement séduit un maître charpentier, un perruquier jusqu’à la Révolution et plus récemment quelques artisans.

Avec une petite centaine d’habitants, Gerberoy peut paraître un peu assoupie la semaine : pas d’enfants dans les rues, l’école étant fermée, et peu de commerces, hormis quelques bonnes tables. Cependant, il existe un tissu social dense, animé par la passion d’un environnement et d’un patrimoine d’exception.

A savoir :

Le stationnement à l’interieur du village est interdit en saison touristique. Les visiteurs doivent utiliser le parking officiel à l’entrée de Gerberoy par la D930.