Mercantour : splendide vallée des Merveilles

Par Hughes Derouard
source : Hors série - France sauvage

Paysages de haute montagne, verts alpages, chamois et dalles gravées pendant la préhistoire. Bienvenue dans la Vallée des Merveilles, à 2300 m d'altitude.

col de la Bonette

À l’approche du col de la Bonnette… À 2 715 mètres d’altitude, ce col de montagne assure la jonction entre la vallée de l’Ubaye et la vallée de la Tinée. Autrefois simple chemin muletier, cette portion de route, qui ne fut achevée qu’en 1964, est située en zone protégée du parc national du Mercantour. À noter que la forêt y représente plus de 22 000 hectares où l’essence dominante, entre 1 600 et 2 200 mètres, est le mélèze. À l’état naturel, il colonise les clairières, les pâturages, les éboulis et les moraines, en quête de lumière.

Refuges de montagne et lacs d'altitude

Là-haut, des milliers de gravures rupestres témoignent que pendant la préhistoire, cette montagne était sacrée. Rien n’y a changé, ou presque, depuis l’âge du Bronze, entre 2 500 et 1 700 ans avant notre ère, lorsque seuls des initiés avaient le droit d’y monter pour célébrer le culte du dieu Taureau, maître de l’orage et annonciateur de la pluie fertilisante, et de la déesse Terre, la Mère nourricière ; formant ce qu’on appelle souvent le « Couple divin primordial ». C’est à partir du refuge des Merveilles, à 2 111 mètres d’altitude, que commence la visite du site. Sur la rive du lac Long Supérieur, il occupe le centre d’un cirque immense pris entre la cime du Diable, le mont Bégo et le Caire des Conques (2 685 mètres, 2 872 mètres et 2 729 mètres).

Des lacs d’altitude reliés entre eux par des torrents bouillonnants disputent l’espace aux prairies que la neige couvre tard en saison. Partout autour s’étagent des faces rocheuses lisses et arrondies. C’est sur cette pierre polie par la masse des glaciers du quaternaire que l’on a recensé près de 100 000 gravures toutes réalisées selon le même graphisme, et sur les mêmes thèmes.

le mont Viso

Au départ du village de Saint-Étienne-de-Tinée, une course facile vous hisse jusqu’au col de Fer (2 504 mètres) surplombant les trois lacs de Vens. Depuis le col, plan large sur le mont Viso, 3 841 mètres, sommet des Alpes italiennes, dans la région du Piémont. Ses glaciers, bien qu’en recul, et ses nombreux lacs, alimentent la source du Pô.

le lac Fourca

Long Supérieur, Mouton et Fourca (en photo ci-dessus), (2 111, 2 176 et 2 165 mètres), ces trois lacs d’altitude aux eaux cristallines sont nichés au creux d’un petit cirque de cimes nues et déchiquetées. Cette montée aux lacs est un but de randonnée accessible à tous et qui procure une sensation de liberté incroyable. Vous vous croirez seul au monde, sous l’oeil de quelques bouquetins et chamois.

Accéder à la vallée de Merveilles

Sans aucun doute, la Vallée des Merveilles est la perle du parc national du Mercantour, mais son accès n’est pas si simple. Pour les randonneurs non spécialistes de la haute montagne, il faut attendre la fonte des neiges. Et même alors, la petite expédition devra être montée avec soin.

Les deux itinéraires pour atteindre la vallée

L’approche classique se fait par la vallée de la Roya, à laquelle on accède depuis Nice. À Saint-Dalmas-de-Tende, une étroite route monte au parking du lac des Mesches. Vous suivrez alors un sentier balisé par le vallon de la Minière. Au refuge des Merveilles (atteint après deux heures de marche à l’aurore), vous pourrez vous joindre à une des visites des gravures qu’encadre un moniteur du parc national du Mercantour. L’exploration du site exige encore 5 heures. Vous avez aussi la possibilité de monter au refuge en 4X4, emmené par un des chaufeurs guides agréés, mais cela se paye...

Le Mercantour, parc naturel transfrontalier

bouquetinsCourant depuis la vallée de l’Ubaye (vers Barcelonnette), au nord-ouest, jusqu’à la vallée de la Roya (Sospel), au sud-est, le parc national du Mercantour présente la particularité de se prolonger en Italie par le Parco Naturale Alpi Marittime. En fait, le parc trouve ses origines au milieu du xixe siècle, lorsque, dans le massif dépendant du royaume de Piémont-Sardaigne, le roi Vittorio-Emmanuel II créa une réserve royale de chasse, développée ensuite par son héritier avec la réintroduction de bouquetins. Lorsque la région devint définitivement française (1947), les dispositions de protection de la faune furent maintenues. Mais c’est en 1979 seulement que fut créé le parc que l’on connaît aujourd’hui.

Moins connu, mais peut-être plus beau encore, le second moyen d’atteindre les Merveilles passe par la Vésubie, vallée à laquelle on accède aussi depuis Nice. Pour cela, à partir du village de Belvédère (entre Lantosque et Saint-Martin-Vésubie) vous suivez la route du vallon de la Gordolasque jusqu’au parking du pont du Countet (1 692 mètres). Là débute le sentier qui grimpe au Pas de l’Arpette, (2 511 mètres). Au terme de cette ascension de 3 heures, vous vous trouvez au-dessus du refuge des Merveilles, à moins d’une heure de marche.

chiappes

Au départ du lac des Mesches démarre une superbe randonnée jusqu’au lac Long Supérieur. Sur sa rive sud est implanté le refuge CAF des Merveilles. Le GR 52 progresse en corniche au-dessus du lac, avant de s’engager dans la Vallée des Merveilles proprement dite, à travers un amphithéâtre de parois lisses et de couleurs ocrées, rosées, les « chiappes ».

Mais il a une troisième solution… Depuis Nice, il y a mieux à faire que de prendre sa voiture, car il existe une ligne de chemin de fer, le Nice-Breil-Cuneo-Turin. C’est un trajet fabuleux qui emprunte une succession de rampes et de tunnels, dont certains hélicoïdaux. Le train escalade littéralement la montagne, il vous offre des visions vertigineuses et des panoramas somptueux. En descendant à Saint-Dalmas-de-Tende, vous montez dans une des navettes qui montent au lac des Mesches.

Des gravures rupestres à l'air libre

le Sorcier

Autour du mont Bégo (2 872 mètres), découvrez le plus riche ensemble de gravures rupestres à l’air libre d’Europe (ici, le Sorcier).

Sur une quinzaine de kilomètres carrés se répartissent plus de 100 000 gravures datant des âges du Cuivre et du Bronze ancien (3 000 à 1 500 ans avant notre ère). Les spécialistes considèrent que les hommes du Chalcolithique, par ces pétroglyphes, formaient un langage symbolique et rendaient un culte à la terre, au taureau et à l’orage.Ces gravures protohistoriques sont un peu les « Saintes Écritures » de la Vallée des Merveilles. Ces glyphes représentent des figures anthropomorphes, des armes ou outils. Le tout stylisé à l’extrême et le plus souvent vu du dessus, comme les dessins des Aborigènes d’Australie.

Les plus nombreuses figures évoquent des animaux à grandes cornes de bovins. Nombreuses aussi, et très précises dans leur dessin, sont les représentations de poignards, de hallebardes, de faucilles, de haches... On trouve encore beaucoup de figures géométriques : cercles, spirales, rouelles, souvent divisées en compartiments par un quadrillage. Les humains sont plus rares. Et ils sont généralement représentés les bras levés, dans des gestes de prière. Il paraît certain que toutes ces figures sont associées, mais il reste encore à déterminer ce que signifent celles qu’on a baptisées Roche de l’Autel, Chef de Tribu, Christ. De plus, au fil des ans, le fantastique patrimoine a subi bien des avanies : pseudo-artistes ajoutant leurs propres grafitis à des ensembles de gravures, photographes passant un coup de peinture sur les figures qu’ils voulaient rendre plus parlantes, collectionneurs qui tentèrent de détacher des plaques entières de roches... C’est pourquoi le Chef de Tribu, tel que vous le voyez aujourd’hui, est une reproduction en résine plastique. L’original se trouve au musée de Tende.

  • Musée départemental des Merveilles - Musée/Monument/Site - Voir la fiche
  • Parc naturel régional du Mercantour - Musée/Monument/Site - Voir la fiche