Le prodigieux paysage de la mer de glace

Par Hughes Derouard
source : Hors série - France sauvage

Le glacier poussant ses derniers séracs jusqu'au cœur de la verdoyante vallée de Chamonix est sans doute moins spectaculaire aujourd'hui que sur des photos plus anciennes. C'est la marque évidente du réchauffement climatique. Il n'empêche que le site reste puissant, à condition de savoir le découvrir ainsi qu'il le mérite : d'abord de près, et ensuite en prenant du recul.

Montenvers

Née au pied du mont Blanc, la Mer de Glace est, en dépit du réchauffement climatique, un mastodonte qui serpente sur 7 kilomètres, passant de 3 900 à 1 400 mètres d’altitude. Dans sa plus grande largeur, elle atteint 1 950 mètres. Son épaisseur moyenne est de 200 mètres, 400 mètres en certains endroits. Et même si son front a reculé de manière spectaculaire, elle continue de progresser de presque 90 mètres par an à hauteur de Montenvers (1 centimètre par heure). Au total, avec 40 km2, la Mer de Glace reste le plus grand glacier de France.

Rien de plus facile que de monter voir la Mer de glace : il suffit d’emprunter le fameux petit train à crémaillère qui conduit à l’hôtel restaurant du Montenvers depuis Chamonix. C’est de là que vous suivez le sentier qui descend vers la grotte creusée dans la glace, célèbre attraction touristique. Ensuite, la descente à pied jusqu’à Chamonix par les bois est aussi tranquille que magnifque. En fait, la manière historique — la voie ferrée fut mise en service en 1909 ! — de découvrir les lieux est un peu décevante, car au bord des grandes dalles qu’il faut descendre laborieusement, on voit plus de pierre que de glace. L’excursion manque donc un peu de magie. Pour admirer les glaciers du massif du Mont-Blanc, le mieux est de longer l’autre côté de la vallée de Chamonix par les sentiers de randonnée autrefois créés par l’alpiniste-écrivain Roger Frison-Roche : le Grand Balcon et le Petit Balcon.

Montenvers

Au départ de Chamonix, un classique de la randonnée vous hisse à 2 000 mètres d’altitude sans y laisser vos poumons. De Flégère à Planpraz, progressez sur une portion du Grand Balcon du sud, avec pour seul formidable vis-à-vis le massif du Mont-Blanc : aiguille du Midi, mont Maudit, mont Blanc, dôme du Goûter et glacier des Bossons.

Il est important de faire cette ascension dans l’après-midi, de façon à ne pas se trouver à contre-jour. Le plus facile est de prendre, à Chamonix, le téléphérique du Brévent, qui donne accès à une table d’orientation, située à 2 525 mètres d’altitude. En face de vous, voici le glacier des Bossons, moins connu que la Mer de Glace, mais spectaculaire car il descend très bas dans la vallée et permet de comprendre la façon dont « vit » un glacier. Le phénomène trouve ses origines en haute montagne, à des altitudes suffisamment élevées pour que, même en été, un manteau neigeux demeure. Dans les Alpes du Nord, les neiges éternelles se trouvent au-delà de 3 000 mètres. Et là, elles sont soumises à un phénomène appelé « transformation ». Dès le printemps, le rayonnement solaire (d’autant plus intense que l’altitude est élevée) fait fondre la neige. Cette eau de fonte s’écoule dans la pente, mais dès que survient la nuit, la température baisse et descend en dessous de zéro. Alors, l’eau et la couche superfcielle de neige gèlent, forment un bloc de glace. Cette glace ne fondra pas aussi vite que la neige. S’ajoutant à la glace née les nuits précédentes, elle contribue à alimenter un véritable fleuve gelé que son poids emporte dans la pente. Sa vitesse est impressionnante : jusqu’à un mètre par jour.

Montenvers

Le célèbre petit train rouge à crémaillère. A bord il faut une vingtaine de minutes pour gravir les 1000 mètres de dénivelée qui vous séparent du site du Montenvers-Mer de Glace.

Pour contempler maintenant la Mer de Glace, il faut remonter la vallée de Chamonix par l’itinéraire du Grand Balcon, balisé par les marques rouge et blanche du GR®5 (dit aussi Tour du Mont-Blanc). Le sentier est facile, car il descend progressivement jusqu’au sommet de la Flégère, à 1 877 mètres. C’est là qu’apparaît la Mer de Glace, dont on voit bien comment elle naît en altitude, vers les sommets mythiques qui ont pour nom Dent du Géant, Grandes Jorasses. On voit nettement aussi comment, dans les fortes ruptures de pente, le fleuve de glace se fracture. C’est là que se creusent les crevasses, séparant des blocs de glace qui se trouvent dès lors en équilibre précaire ; c’est ce qu’on appelle les séracs, dont les chutes figurent parmi les plus graves dangers de la montagne. Pour revenir à Chamonix, il suffit de suivre le sentier qui descend dans les bois, d’abord très raide, mais qui ensuite ménage ici et là de magnifques ouvertures sur le massif du Mont-Blanc.

La Vallée Blanche

La vallée blancheCe glacier situé sur la face sud de l’Aiguille du Midi a donné son nom à une grande classique du ski alpin à Chamonix, à pratiquer accompagné d’un guide ou en se joignant à un groupe encadré. Cet itinéraire hors-piste consiste à emprunter le téléphérique de l’Aiguille du Midi, pour revenir ensuite en vallée de Chamonix via la Mer de Glace. Empruntant des pentes plus ou moins raides (selon votre niveau ou le plaisir que vous souhaitez en tirer), vous descendez d’abord la Vallée Blanche, passez le refuge du Requin, et longez la rive gauche du glacier du Tacul qui, en rejoignant le glacier de Leschaux, forme la Mer de Glace. Par bon enneigement, il est possible de skier jusqu’à Chamonix.