Château cathare : Montségur, l'ultime refuge

Par Détours en France
source : Hors Série - Châteaux de légende, 2013, p.100

De tous les châteaux cathares, Montségur n’est pas le plus spectaculaire. Mais le plus émouvant, certainement ! Découverte.

Montségur

Pointant au sommet d‘un piton rocheux, ou « pog », de 1 200 mètres, surplombant une forêt de cistes et d’épineux, et le village, Montségur fut partiellement rebâti sur les bases des fortifications qui abritèrent les Cathares jusqu’à leur reddition, en 1243, après dix mois de siège.

Une histoire émouvante

Le refuge des "hérétiques"

Pour qui a visité Peyrepertuse, la « Carcassonne céleste », véritable ville dont les longs remparts jouent avec le vide, la première vision de Montségur peut décevoir. Ici, rien de grandiose : des murailles déchiquetées d’où émerge la silhouette martyre d’un donjon tronqué.

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Remparts

Le château de Montségur, qui fut le théâtre d'un holocauste et de la reddition des Cathares, démontre, par sa situation, à quel point la nécessité de s'isoler, se réfugier, se protéger a, dans l'Histoire du Moyen Âge, animé les hommes, lesquels ont pour cela soulevé des montagnes.

Lorsqu’on grimpe à l’assaut du « pog » de Montségur, à travers une végétation aride de cistes et d’épineux, l’imagination travaille. Le sentier sur lequel vous posez vos pas ? Oui, c’est bien celui-là qu’ont foulé les deux cents Cathares venus se réfugier dans la forteresse du maître des lieux, Raymond de Péreille.

Suivez le sentier :

Le sentier se fait escarpé avant d’arriver au pied de la forteresse. Une petite porte, au sud : c’était le seul accès possible à Montségur. Le choix du site, sur un piton à 1 200 mètres, rendait le lieu sûr, segurus. En grimpant jusque là-haut (comptez une bonne demi-heure), on comprend mieux qu’il ait séduit l’église cathare, à la recherche d’un refuge pour ses derniers fidèles.

Celui-là qu’ils descendront le 16 mars 1244 pour aller au bûcher destiné à ceux qui refusent d’abjurer leur foi. Au demeurant, sur le côté du sentier, le visiteur peut croiser une croix commémorative, dressée en 1960 au sein d’un lieu dénommé « Prats dels Crémats » (Champ des Brûlés). Depuis, elle est régulièrement fleurie.

Prise du fort

Reconstruit dès 1204, Montségur a parfaitement joué ce rôle jusqu’en 1243 : les troupes de Louis IX décident alors d’attaquer ce nid d’hérétiques en représailles après l’attentat d’Avignonet qui a coûté, l’année d’avant, la vie à deux inquisiteurs, Guillaume Arnaud et Étienne Saint-Thibéry, mandatés par le pape.

Fortification

Qui put imaginer qu’avec une telle situation la forteresse succomberait sous les coups et la patience des assaillants ?

Mais la citadelle, qui épouse parfaitement le relief du pog, est bien défendue : les assaillants s’épuisent et les catapultes, situées trop en contrebas, ne parviennent pas à entamer les murailles. La situation s’éternise plusieurs mois jusqu’à l’intervention d’une poignée de Gascons.
Par une rude nuit d’hiver, ils grimpent sur le pog à l’endroit le moins défendu, parce que protégé par un relief très accidenté : la falaise dite du « roc de la tour » est aujourd’hui classée hors catégorie par les clubs d’escalade ! De là, les assaillants s’emparent d’une barbacane qui sert de poste avancé et construisent une machine qui va bombarder sans relâche les murailles du château.

Stèle

L’histoire des Cathares suscite un tel engouement qu’un monument a été érigé sur les flancs de la montagne en 1960 par la Société du souvenir et d’études cathares commémorant cet événement marquant que fut le bûcher.

Quelques semaines plus tard, Montségur tombe enfin, après dix mois de siège. Le chef des assiégés, Pierre-Roger de Mirepoix, négocie la vie sauve pour les laïcs et ceux des « parfaits » qui abjureront leur foi. On connaît la suite : ils seront 207 à préférer les flammes du bûcher.

La visite du lieu

La porte au sud donne accès à l’intérieur du château et à la cour intérieure. Il y avait autrefois des bâtiments adossés aux remparts, comme le prouvent les trous de boulins dans les murs, destinés à recevoir les planchers. Là, les vestiges du donjon : on y pénétrait par une porte au premier étage, avec un accès direct par le rempart.

Château

Avion furtif, arme de guerre ? Les formes géométriques du reste de la citadelle peuvent donner matière aux plus vastes interprétations.

Aujourd’hui, on se contente de pénétrer dans la salle basse, qui servait d’entrepôt pour les vivres. en face de vous, deux meurtrières : au solstice d’été, elles reçoivent les rayons du soleil qui ressortent par deux autres meurtrières placées juste en face. une particularité qui a beaucoup excité la curiosité des amateurs d’ésotérisme, lesquels viennent en pèlerinage à chaque solstice : hasard de l’architecture ? Ils y voient plutôt la preuve d’un culte rendu au soleil par les Cathares. Les yeux perdus par l’échappée de lumière, on se prend à rêver…

Le trésor enfoui ?

Lors de la reddition de Montségur, Hugues des Arcis, à la tête des troupes royales, donna plusieurs jours aux assiégés pour décider de leur sort. Une clémence — inhabituelle à l’époque de Simon de Montfort ! — qui alimente la légende du trésor des Cathares. Selon elle, une poignée d’individus se serait échappée à la veille de la reddition finale, emportant avec elle un hypothétique trésor. Nulle trace ne subsiste, à Montségur ou ailleurs, de ce magot qui a fait couler beaucoup d’encre. Mais, dès qu’il s’agit des Cathares, il est tentant de rêver, toujours !

Hélas, l’Histoire nous rattrape : après la reddition des Cathares, Montségur fut reconstruit après 1245 par un nouveau seigneur de Mirepoix, qui fit allégeance au roi de France. Il n’a donc plus grand-chose à voir avec le château du seigneur de Mirepoix et ses protégés… Il est donc vain de chercher dans ses vestiges des « signes » qui viendraient alimenter l’imaginaire cathare. Qu’importe, la magie du lieu est quand même là : on peut bien rêver un peu ?