Château de Vaux-le-Vicomte, si Vaux m'était conté

Par Détours en France
source : Hors Série - Château de légende, 2013, p.44

Curieux destin que celui de ce palais où s’est déroulée une terrible lutte de pouvoir entre un homme d’affaires ami des arts, un ministre jaloux et un jeune roi qui se cherchait encore. 

Château

Afin de modifier le petit château acheté en 1641, le surintendant des finances de Mazarin, Nicolas Fouquet, fait travailler à l’unisson un architecte, un peintre décorateur et un jardinier paysagiste. Le résultat est à la hauteur de ses ambitions… lesquelles le mèneront à la geôle. Une perspective de plus de trois kilomètres, de l'eau comme s'il en pleuvait (une rivière à même été détournée), quelques surprises... et la théâtralité propre aux jardins à la française.

L'histoire d'un homme

Le 17 août 1661, le surintendant Fouquet reçoit dans son nouveau palais de Vaux-le-Vicomte le jeune roi Louis XIV. Le château vient de sortir de terre et la fête est grandiose : le roi mange dans de la vaisselle en or massif, le feu d’artifce est signé du magicien torelli, on sert du cho colat aux 600 invités, Molière et Lulli signent leur première collaboration… on connaît la suite : ulcéré par tant de luxe ostentatoire, Louis XIV fait arrêter Fouquet quinze jours plus tard et incarcérer pendant vingt ans.

Sculpture

Ces amours portant une corbeille, attribués à Philippe de Buyster, illustrent les marmousets.

Le surintendant a sousestimé la jalousie de colbert, son grand rival, et n’a pas compris qu’avec Louis XIV commence la monarchie absolue, qui ne soufre pas qu’on lui fasse de l’ombre. Vaux sera rendu à madame Fouquet dix ans après. entre-temps, Louis fera bâtir un château à sa propre démesure. Impressionnant ? Non. Vaux n’est pas Versailles. Il est élégant, charmant, séducteur. Il n’impose pas, il envoûte.

Château

Malgré les mésaventures, aujourd’hui, Vaux a retrouvé toute sa superbe et continue d’éblouir. L’ensemble est certes envoûtant, mais la façade est classique : entrée solennelle, hautes fenêtres et toiture dont la coupole centrale vient rompre la sévérité.

Posé sur un socle entouré d’eau, il domine 33 hectares de jardins à la française : une mise en scène signée Le Vau, Le nôtre et Le Brun. Car Fouquet, en esthète avisé, a su s’entourer des plus grands. La façade est classique, ponctuée de hautes fenêtres, l’entrée solennelle sous son fronton ; quant à la toiture, son rythme sévère est allégé par la belle coupole centrale. Pour un peu, on s’attend presque à être reçu par Fouquet en personne sur les marches de son palais.

Visite guidée

Le Grand salon

Après avoir franchi le vestibule, on atteint le Grand salon, placé sous la coupole. Il est ovale : une innovation pour l’époque, qui préférait les galeries. L’idée est directement inspirée par le baroque italien. La décoration prévue par Le Brun n’est pas achevée, Fouquet ayant été arrêté avant. Mais la famille Vogüé, actuelle propriétaire des lieux, ne désespère pas d’y parvenir un jour, car elle en possède les dessins, signés de Le Brun.

Grand salon

Le plafond en rotonde du Grand Salon, ovale, est resté inachevé : Le Brun y avait prévu une voûte -la première pour un édifice privé - célèste sur le thème du "palais du Soleil". Les sculptures portant un emblème en médaillon représentent le zodiaque et les saisons.

Les appartements du Roi

À gauche du Grand Salon, les appartements du Roi : comme il était d’usage à l’époque, les châtelains devaient réserver leur plus belle chambre à leur souverain de passage. Fouquet n’a pas lésiné sur les moyens : la chambre du roi resplendit sous les ors et un portrait de Louis XIV satisfait aux règles des usages à l’époque.

Appartement du Roi

Au plafond de la chambre du Roi, une peinture de « La Vérité soutenue par le Temps » symbolise l’histoire de Fouquet, tandis que les voussures gauche et droite figurent la puissance du roi et sa « haute valeur ».

Mais regardez bien le plafond, peint par Le Brun comme il se doit : sous la corniche, une frise de palmettes et… de petits écureuils ! Fouquet l’avait choisi comme emblème, non pour le panache, mais parce qu’en patois local, écureuil se dit : « fouquet ». Même chez le roi, Fouquet montre qu’il est quand même chez lui ! L’ancienne antichambre a été transformée en bibliothèque : fin lettré, Fouquet possédait près de 27 000 volumes, dont de rares manuscrits persans.

Les pièces d'apparat

Situées à droite du Grand Salon, l'on y retrouve l’impertinent rongeur dans le salon d’Hercule : sur une tapis serie récemment restaurée il fgure en bonne place, recouvrant la couleuvre, emblème de son rival colbert. 

Le saviez-vous ?

Le premier étage est celui de la famille Fouquet. Monsieur et madame ont chacun leur appartement. À noter : la chambre du surintendant est la seule du château à avoir conservé son décor d’origine, avec entre autres une magnifque tapisserie des Gobelins.

Pièce d'apparat

1- "Un portrait de Louis XIV préside au-dessus de la cheminée de la bibliothèque. Les meubles de cette pièce datent du XVIIIe siècle, le Roi l'ayant vidée de ces meubles après avoir fait emprisonner son propriétaire. On peut aussi apercevoir le plafond à voussures, caractéristique de toutes les pièces de réception du château. Il est l'œuvre du peintre Charles Le Brun." (Internaute)
2 - L'une des salles d'apparat qui ne manque pas de luxe et de décorations...

Le château comptait autrefois 150 tapisseries : Le Brun avait créé, dans le village proche de Maincy, un atelier qui, après l'arrestation de Fouquet, déménagea à Paris et devint... la manufacture des Gobelins. 
Autre sujet d’émerveillement : les plafonds, toujours de Le Brun, comme celui du salon des neuf Muses, un de ses chefs-d’oeuvre.

La coupole

« À Vaux, on montre tout, du soussol au plafond. » alexandre de Vogüé vous recommande vivement la visite de la coupole. L’occasion d’admirer la charpente, un chef-d’oeuvre à elle toute seule. Les travaux de la toiture viennent d’être terminés : ils ont nécessité un échafaudage de 110 tonnes, sur 40 mètres de haut et 50 de large, et la pose de 1 750 000 ardoises à l’aide de 1,5 tonne de clous en cuivre. De quoi donner le vertige !

Façade

Façade Sud, sur l’avant-corps central, alliance des ordres dorique et ionique, les statues féminines (Clémence, Justice, Renommée…) côtoient des écureuils (« fouquet » en patois local).

« Les travaux ont été financés à moitié par la famille. Il a fallu vendre quelques trésors de la bibliothèque », rappelle alexandre : entre autres Le Cabinet du Roi (1723-1727), vingt et un volumes célébrant le règne du roi-soleil et illustrés par les plus grands de l’époque, une des plus belles ventes aux enchères de sotheby’s. Indirectement, Louis XIV a contribué à l’embellissement du château de celui qu’il ruina : un juste retour des choses !

Un tour sous les combes

Vous voilà sous les toits, grimpez encore une volée de marches pour atteindre le lanternon. La vue sur les jardins est merveilleuse. « Il faut bien comprendre que les jardins ont été conçus pour être une pièce supplémentaire du château, souligne alexandre. Il y a une véritable harmonie entre les deux, et les jardins ne sont pas du tout à négliger, même après deux heures de visites au château. »

Les combes

1- Vous devrez emprunter cet escalier en colimaçon afin d'atteindre les toits où une magnifique vue sur les jardins vous attend.
2 - Un grenier dans un château ?
3- Surgissant des toits, ces pinacles sont inspirés de l’architecture italienne.

Encore moins cette année, qui célèbre les 400 ans de la naissance de Le nôtre. Détail amusant : le lanternon est couronné par une pomme de pin où fgure l’écureuil de Fouquet. Quo non ascendet ?, « Jusqu’où n’est-il pas monté ? »

Des trésors éparpillés

ChambreL’association Les Amis de Vaux-le-Vicomte compte 2 500 adhérents. Depuis trente ans, elle oeuvre pour retrouver, partout dans le monde, des pièces de mobilier, objets d’art, documents qui ont appartenu à Vaux ou ont trait à son histoire.

Parmi les trésors désormais exposés au château, un portrait de madame Fouquet signé Le Brun, des lettres adressées à d’Artagnan sur la détention du surintendant à Pignerol, un rarissime manuscrit de La Fontaine. Et, cette année, la huitième tapisserie de la collection Barberini, retrouvée aux États-Unis.

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