La chapelle royale du Château de Versailles : l'art de la ferveur

Par Hugues Dérouard
source : Hors série Collection Versailles
Publié le 08/07/2015

Au départ de l’aile du Nord, la Chapelle Royale est dédiée à Saint Louis, ancêtre et modèle du Roi-Soleil. Par l’édification de ce sanctuaire, dernier des édifices bâtis sous son règne, Louis XIV démontre sa foi et solidifie la Contre-Réforme.

dt_hs-versailles-resurrection_christ-br.jpg Détail de la peinture de la voûte : La Résurrection du Christ, par Charles de La Fosse, affirme la maîtrise de la couleur des successeurs de La Brun.

De loin, lorsque l’on regarde vers le château, c’est la chapelle que l’on aperçoit en premier. Au départ de l’aile du Nord surgit son imposant chevet en pierre avec son toit qui forme le point culminant de tout le Domaine. Cet édifice est la cinquième chapelle bâtie à Versailles, la quatrième, édifiée en 1682 à l’emplacement du salon d’Hercule, s’était vite révélée trop étroite.

Un luxe d'Ornements

dt_hs-versailles-detail_sol_nef-br.jpg Dans la Chapelle Royale, détail du sol de la nef, les initiales de Saint Louis en marbre polychrome.

Le chantier de la « grande » chapelle, commencé dès 1689 par Hardouin-Mansart, fut sans cesse retardé par les guerres. L’architecte ne vit pas la fin du chantier : il mourut en 1708, deux ans avant que la chapelle soit consacrée. Son beau-frère Robert de Cotte lui succéda et mena à bien le projet. À l’époque, on dénonce un « immense catafalque » (Saint-Simon) ou le « fatras d’ornement » (Gabriel). À l’architecture gothique est emprunté l’élan vertical – la chapelle s’élève à vingt-cinq mètres vers le ciel –, les hautes fenêtres, les gargouilles... Les deux niveaux à l’intérieur de l’édifice sont inspirés du modèle des chapelles palatines, le style classique avec ses colonnes corinthiennes de pierre blanche évoque la Sainte-Chapelle. Le décor est riche en peintures et sculptures. Le sol de marbre polychrome, les arches et colonnes finement sculptées, les peintures de la voûte, le buffet d’orgue, le bronze doré des bas-reliefs du maître-autel sont résolument baroques. Dommage que ce terme soit galvaudé, car vraiment, la chapelle est grandiose.

La musique de la Chapelle

dt_hs-versailles-voute_trinite-br.jpg À vingt-cinq mètres de hauteur, la voûte illustre la Trinité. Au centre, Dieu le Père dans sa gloire, de Coypel. À gauche, La Résurrection du Christ, par La Fosse. Et à droite, au-dessus de la tribune royale, Le Saint-Esprit au moment de la Pentecôte, par Jouvenet. Louis XIV était très fier de « sa » chapelle.

det-montage_chapelle_royale-br.jpg 1. Le marbre blanc est sculpté avec une finesse d'exécution qui fait l'admiration des spécialistes et des novices. La réalisation des décors fut dirigée par Robert Cotte.
2. Au chatoiement bleu et or des peintures de la voûte répond la blancheur du marbre. L’intérieur de la chapelle est clairement baroque, donc de son temps. Sous la profusion du décor de cet édifice où les dorures étincellent et où le blanc resplendit, on vénérait Dieu tout en honorant le roi.

Il faut imaginer, chaque matin, généralement à 10 heures, le roi s’y rendant depuis son Grand Appartement, escorté de ses courtisans, pour assister à la messe. Il se tient à la tribune royale, entouré des membres de sa famille. Dans la nef, se trouvent les officiers et le public. Le souverain n’y descendait que lors des grandes fêtes religieuses, pour les cérémonies de l’Ordre du Saint-Esprit et pour les baptêmes et les mariages royaux qui y furent célébrés jusqu’en 1789. Il faut imaginer, entendre aussi, la musique que l’on y jouait. Lorsqu’il y entra pour la première fois, Louis XIV n’y fit-il pas chanter un motet pour juger de l’acoustique ? À chaque messe, chaque jour, la Musique de la Chapelle, alors l’une des meilleures formations d’Europe de chanteurs et de musiciens de musique liturgique, y jouait des motets autour de l’orgue installé – et c’est un emplacement inhabituel – dans la tribune au-dessus du maître-autel. Aujourd’hui, c’est le Centre de musique baroque de Versailles qui investit les lieux et y donne toute l’année des concerts. L’occasion d’écouter, entre autres, des œuvres de François Couperin qui composa et joua pour Louis XIV ici même.

L’oratoire de la Pompadour

dt_hs-versailles-oratoire_pompadour-br.jpgC’est une drôle de pièce, avec une petite fenêtre voûtée qui donne sur la chapelle. Louis XV fit aménager un oratoire particulier pour que sa favorite, Madame de Pompadour, assiste aux offices en toute discrétion. Délicate attention, la pièce était dotée d’un petit poêle pour qu’elle ne prenne pas froid, la température pouvant être glaciale.