Le Donjon volcanique d'Anjony

Par Détours en France
source : Hors Série - Châteaux de légende, 2012, p.28
Publié le 20/08/2015

Ce château fort tout en basalte est typique de l’architecture militaire de la Haute-Auvergne. Il vaut le détour pour ses fresques exceptionnelles et une histoire mouvementée qui mit aux prises deux familles de la région.

Château

Auvergnat et fier de l’être !

Émergeant d’une forêt de châtaigniers, Anjony en impose avec son donjon haut de 40 mètres, encadré de quatre tours. Construit en 1439 par un compagnon de Jeanne d’arc, il appartient toujours à la même famille, une branche cadette des d’Anjony.

Son architecture intérieure particulière

Imaginez quatre étages, avec, pour chacun d’eux, une seule grande salle de 100 m2, trois petites pièces logées dans les tours et l’escalier à vis dans la quatrième. Et vous n’êtes pas au bout de vos surprises : autant l’extérieur est austère, autant la visite des salles révèle de splendides décors de la renaissance.

Chapelle Les peintures de la chapelle – dite castrale ou oratoire car elle est incluse dans une tour –, datant du XVIe siècle, sont à fresques. Celles-ci représentent des scènes du Nouveau Testament et notamment de la Passion du Christ.

Après le rez-de-chaussée, qui servait autrefois de cave à nourriture, voici le premier étage et sa salle basse, décorée de tapisseries. Remarquez la cheminée, impressionnante et la devise des d’anjony : Fides hic semper, « la foi ici et toujours ». Dans une des tours, la petite chapelle, décorée de fresques du XVIe siècle illustrant la vie du christ, abrite également une belle Vierge noire.

La salle des Preux

C’est au deuxième étage que vous attend le clou de la visite : la salle des Preux, allusion à une légende médiévale qui met en scène trois héros païens, trois héros chrétiens et trois héros juifs, représentant l’idéal de la chevalerie au Moyen Âge. Sur les fresques de la renaissance, admirablement conservées, amusez-vous à retrouver les preux de la légende : alexandre le Grand, Hector, Godefroy de Bouillon, Charlemagne, le Roi Arthur, le Roi David, Josué, Judas Maccabée.

Fresque Voici Charlemagne représentéesur la fresque du château d'Anjony.

Seul Jules césar manque à l’appel. De part et d’autre de la cheminée, deux personnages en costume renaissance : Marguerite de Foix et Michel d’anjony, qui a commandité ce décor, un des rares sur ce thème qui nous soient parvenus.

Il vous reste encore à découvrir le troisième étage, dédié à la salle d’audience, avec ses hauts plafonds à croisée d’ogives ; et, accessible par l’escalier d’une des tours, le chemin de ronde, ses mâchicoulis et ses meurtrières, par lesquelles on a de belles échappées sur la vallée de la Doire et le village de tournemire. tournemire et anjony, deux noms, deux familles que l’Histoire a longtemps opposées…

Vendetta Auvergnate

Les Tournemire et les Anjony, version Auvergnate des Capulet et des Montaigu ?
L’histoire commence au XIIIe siècle quand un membre de la famille Johany, riche marchand de peaux du Cantal, achète à un Tournemire une tour, quelques terres et les droits féodaux qui vont avec. Les Johany font allégeance au royaume de France, tandis que les Tournemire ont les Plantagenêt comme alliés naturels.

Château Cet étonnant donjon, vestige d’un château fort de montagne détruit au cours des siècles, est construit en basalte rougeâtre et couvert d’un toit de lauzes. Ses 35 mètres abritent cinq étages.

À force d’intrigues, les Johany se font anoblir et évincent petit à petit les Tournemire. Pour marquer sa suprématie, Louis d’Anjony fait construire, en 1439, l’actuel château. Les dissensions entre les deux familles dureront deux cents ans, avec force provocations, échauffourées, exactions et meurtres, ponctués de quelques mariages de convenance.

Le point d’orgue aura lieu en 1623, lors d’un combat qui opposera trois Anjony et trois Tournemire : les premiers y perdront la vie… mais les seconds finiront par quitter la région pour le Limousin.