Aix-en-Provence, sous le soleil du Midi

Par Vincent Noyeux
source : Détours en France n°189

Aix-en-Provence aurait pu s’endormir sur ses lauriers avec ses 200 hôtels particuliers, son cours Mirabeau et le souvenir de Paul Cézanne. Mais depuis quelques années, la « ville aux 101 fontaines » s’offre un bain de jouvence. Entre la restauration pointilleuse de son patrimoine et l’arrivée d’architectures audacieuses, Aix-en-Provence se transforme. Et redore ses galons sous le soleil du Midi. Visite.

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Tel le dieu romain Janus, Aix-en-Provence offre deux visages, l’un tourné vers le passé, l’autre vers le futur. On ne présente plus les trésors de la cité du roi René, il suffit de flâner de part et d’autre du cours Mirabeau pour les découvrir : façades richement sculptées des hôtels des XVIIe et XVIIIe siècles, cours élégants, places et fontaines, écheveau de ruelles grouillantes de vie le soir – Aix compte près de 40 000 étudiants pour un peu plus de 140 000 habitants –, sans oublier les marchés de la ville... Tout cela est connu, pourtant les occasions sont rares de pénétrer dans l’un des quelque 200 hôtels particuliers aixois.

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À l'extrémité du jardin bas à la française, la fontaine des Trois-Tritons est sculptée dans de la pierre d'Estaillades et rend hommage à Robert de Cotte, qui initia le style rocaille en France.

Les hôtels du quartier Mazarin

L’ouverture en mai 2015 du Caumont centre d’Art répare cette faiblesse. Dans le quartier Mazarin, l’hôtel de Caumont a fait l’objet d’une restauration minutieuse pour se transformer en lieu d’exposition de premier plan (Canaletto hier, Turner demain). À la différence de beaucoup d’hôtels particuliers aixois, celui-ci est séparé de la rue par une cour d’honneur et cache un jardin. Tout est beau : le portail à carrosses, orné d’entrelacs et de volutes, la façade de style « baroque aixois » en pierre de Bibémus d’un jaune lumineux, l’escalier à rampe de fer forgé éclairé par sa haute verrière, ses salons, ses chambres ! Des gypsiers aux peintres, des menuisiers aux tapissiers, une dizaine de corps de métiers différents ont oeuvré en seulement dix-huit mois pour redonner tout son lustre à l’hôtel de Pauline de Caumont. Le salon des putti, bonbonnière rose de style Régence, le salon de musique tout en dorures ou le délicat salon chinois auraient enchanté Marie-Antoinette. C’est Pauline de Bruny de la Tour-d’Aigues, héritière de l’hôtel de Caumont, qui en a jadis profité. Le tout Aix défilait dans ses salons d’un goût exquis lors de fêtes somptueuses.

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La chambre de Pauline de Caumont (1767 - 1850) arbore le style rocaille, cher au Versailles du XVIIIe siècle.

Aix-en-Provence, un petit Paris

Le gypsier Jérôme Banaceur a manié avec soin le riflard et la spatule pour redonner tout leur faste aux lieux. « Tout était fissuré, crevassé, dégradé. Il a fallu restaurer les moulures anciennes, réalisées entre 1743 et 1748, mais aussi en créer de nouvelles dans la Grande Galerie.
Beaucoup d’angelots, de rinceaux, d’ornements rococo... Si on dit qu’Aix est un petit Paris, on devrait dire que l’hôtel de Caumont est un petit Versailles ! », s’amuse l’artisan. Lieu de résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, l’hôtel accueillit le Conservatoire national de musique et de danse de 1964 à 2013. Une ancienne élève de piano, venue visiter, ne reconnaît plus les lieux. « Tout le hall était peint en orange vif, les atlantes se détachaient sur cette couleur criarde... Quant au petit jardin, il semblait à l’abandon ! » Désormais, les visiteurs peuvent admirer les broderies végétales du jardin bas et se remettre de leurs émotions en prenant un verre sous le marronnier du jardin haut. Les plus chanceux y ont même vu les danseurs d’Angelin Preljocaj lors de l’inauguration du centre d’Art, 300 ans après la pose de la première pierre de l’hôtel.

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La broderie végétale de buis du jardin bas est inspirée par le dessin originel de son créateur, Robert de Cotte, au XVIIIe siècle.

Un pavillon noir au Forum culturel d'Aix-en-Provence

Le chorégraphe a, depuis 2006, son propre espace de création. Le Pavillon noir se trouve au coeur du Forum culturel d’Aix-en-Provence. Conçu par Rudy Ricciotti, ce cube en verre de 3 000 mètres carrés est habillé d’une armature de béton aux lignes très contemporaines. Nous voici justement dans le nouvel Aix, de l’autre côté de la fontaine de la Rotonde. « C’était un terrain vague dans les années 1990. Désormais, on y trouve quatre grandes salles de spectacle, parfois pleines le même soir ! », résume Jean- Philippe Dambreville, directeur du conservatoire de musique et de danse Darius-Milhaud. En 2013, l’établissement a troqué la pierre de Bibémus pour l’aluminium anodisé de l’architecte japonais Kengo Kuma. Avec ses pliures et ses pans relevés pour couper la lumière du soleil, la façade évoque l’art de l’origami.

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Le Pavillon noir, centre chorégraphique national conçu par l'architecte Rudy Ricciotti.

Le mur d'eau de pont-rail, le plus grand d'Europe

« Une architecture géniale, y compris à l’intérieur », se réjouit le directeur, ravi d’offrir 110 salles à ses 1 500 élèves. L’acoustique de l’auditorium est si parfaite que Renaud Capuçon et Alexandre Tharaud y ont enregistré plusieurs albums. Le mur d’eau géant du pont-rail, le plus grand d’Europe (700 mètres carrés de surface et 17 mètres de chute d’eau), se reflète élégamment dans les baies vitrées. Juste en face, le Grand Théâtre de Provence, inauguré en 2007, oppose son architecture ronde et minérale aux lignes tranchantes du conservatoire et du Pavillon noir. Sa masse de couleur sable est censée rappeler celle de la montagne Sainte-Victoire, que l’on voit depuis la terrasse... hélas fermée au public. À deux pas, la cité du Livre complète ce pôle culturel. Cette ancienne manufacture d’allumettes a été reconvertie en un espace culturel dès 1993.

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Le conservatoire Darius-Milhaud, (architecte, Kengo Kuma, 2013). Au centre, Arcs en Désordre, une sculpture de Bernar Venet.

La bibliothèque Méjanes, un décor industriel

Pivot de la cité, la bibliothèque Méjanes conserve les archives personnelles d’Albert Camus et quelque 2 000 manuscrits précieux dans un décor industriel de briques, de poutrelles métalliques et de carreaux de faïence. On y flâne agréablement dans un silence studieux... L’amphithéâtre de la Verrière accueille concerts, spectacles et débats, tandis qu’un cinéma d’art et d’essai côtoie la fondation Saint-John-Perse. De la danse au théâtre, en passant par la musique, le cinéma et la littérature, impossible de s’ennuyer dans ce nouvel Aix-en Provence. Ne manquent que quelques commerces et restaurants pour retenir les visiteurs du soir.

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L'hôtel de Caumont, dans le quartier Mazarin, est un hôtel dit "entre cour et jardin" dont la première pierre fut posée en 1715. Ici, son jardin bas, qui lui aussi a fait l'objet d'une restauration minutieuse par des équipes ayant déjà reconstitué les parterres du bassin de Latone, à Versailles.