Découvrez ou redécouvrez la ville de Tulle

Par Hugues Dérouard
source : Détours en France n°190

La petite préfecture de 15 000 habitants s’étire tout en longueur sur 4 kilomètres au creux d’une profonde cuvette, dans la vallée de la Corrèze, cernée par sept collines. La cité administrative, austère en apparence et de tradition ouvrière, se révèle une des villes les plus attachantes du Limousin.

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Le pont de la Barrière passe au-dessus de la Corrèze, que les Tullistes ont longtemps surnommée "la Coureuse". De ce point de vue, on perçoit bien la profondeur de la vallée

La ville de Tulle, martyrisée par les architectes

Il est vrai que, en venant des plateaux corréziens, on peut ressentir une impression un brin étouffante lorsque l’on plonge dans cette brutale dépression, presque étranglée par les collines. Une image qui ne s’améliore guère lorsque surgit la haute tour de la cité administrative, vestige des années 1970 : 90 mètres de béton, le plus haut édifice de Corrèze ! « Tulle a été martyrisée par les architectes, qui n’ont respecté aucune unité architecturale », rapporte Philippe Meyer dans Les Gens de mon pays, avant de nuancer : « La ville a repris des couleurs, la rivière a été débarrassée des garde-corps en béton qui la masquaient, des passerelles la traversent, des bancs publics permettent de la regarder courir. Une partie des quais est redevenue promenade. »

Pour aller plus loin: visitez la région dans son ensemble en choisissant le Limousin comme destination pour vos futures vacances. Détours en France vous fait découvrir la région.

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La façade des bâtiments conventuels de l'ancienne abbaye, place Émile-Zola.

La devise tulliste : boire, aimer, dormir 

Plus on s’approche du coeur de ville, plus on découvre, en effet, que notre jugement a été quelque peu hâtif. Les bords de la Corrèze, surnommée « La Coureuse », sont agréables, aérés et, chaque mercredi et samedi matin, animés par un marché coloré. Quai Baluze, rive gauche, s’élève l’église Saint-Pierre et, quai de la République, vous ne pourrez manquer la superbe façade du théâtre municipal et ses céramiques Art déco. Prenez à gauche sur la place Émile-Zola et voici le centre historique, l’Enclos, qui nous rappelle que la ville était cernée de remparts au Moyen Âge. L’ambiance est vivante, avec les terrasses des cafés où l’on s’échange les derniers potins de la ville. On tombe justement sur Le Coin des clampes, une sculpture édifiée en 1984 en hommage aux « clampes », mot occitan désignant ceux qui aiment bien bavarder – voire médire.... Cette statue pleine d’autodérision, signée Pierre Digan, est née de l’initiative de l’association de quartier, la Commune libre du Trech, dont la devise est « Boire, aimer, dormir ». « Tout un programme, n’est-ce pas ! Il s’agit d’animer la ville et de perpétuer l’esprit bon vivant de “Tulle-la-paillarde” », explique Bernard Peregnaud, « maire » de cette commune libre. Rue de la Tour-de-Maïsse, rue Roc-la-Pierre, rue des Portes-de-Fer... Très vite, les rues grimpent, pittoresques, pas toujours pimpantes, mais pleines de charme. Linge aux balcons, sombres venelles escarpées reliées par de vieux escaliers, demeures à encorbellements si proches qu’elles en viennent à se toucher au sommet... « On dit que jadis, on distinguait les filles de Tulle à celle de Brive par leurs mollets musclés ! », sourit un ancien.

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Rue du Fouret, sur la commune libre du Trech, attardez-vous près de la fontaine du Coin des clampes : le rendez-vous des bavards et des bavardes...

Un bijou gothique, maison de notables et mémoire ouvrière

Du haut de son clocher de 75 mètres, la cathédrale Notre-Dame de Tulle, anciennement Saint-Martin, mi-romane mi-gothique, domine l’ensemble. C’était, avant de devenir une cathédrale, l’église abbatiale d’un monastère bénédictin. Il faut pénétrer à l’intérieur pour découvrir, contre le chevet, la superbe verrière de 1979, signée Jean-Jacques Grüber, qui revient sur l’histoire de la ville. On remarquera un pendu qui rappelle le tragique épisode de 9 juin 1944, quelques jours après le débarquement américain : le massacre de Tulle par la 2e division SS Das Reich : 99 Tullistes furent pendus. Retrouvons un peu de sérénité dans le cloître. Attenant à la cathédrale, ce havre de paix est un petit bijou gothique du XIIIe siècle, qui s’organise autour d’un jardin médiéval. Il impressionne par la finesse de ses arcades gothiques, ses chapiteaux sculptés et les peintures murales de sa salle capitulaire. Face à la cathédrale, on admirera la plus belle maison de la ville : la maison Loyac, bâtie au début du XVIe siècle dans un style à mi-chemin entre le gothique flamboyant et Renaissance. Sa très haute façade est encadrée de chaque côté par une tourelle d’angle. Ses vastes fenêtres sont finement décorées de colonnettes et de motifs sculptés en tous genres que l’on pourrait passer des heures à détailler : ici, des choux, là, un lion ou un porc-épic, emblème de Louis XII. À proximité, on admirera, rue Riche, l’hôtel de la Chapoulie, décoré de modillons, ou, au numéro 13, la façade sculptée de l’hôtel Lauthonie, datant du XVIe siècle. Autant de maisons de notables qui nous feraient presque oublier l’âme avant tout ouvrière de la ville. On se souvient, au XIVe siècle, que la cité connut la prospérité grâce au commerce des peaux, des draps ou encore de l’huile de noix. On se souvient encore, qu’à la fin du XVIIIe siècle, l’artisanat du poinct de tulle – de la broderie délicate réalisée à l’aiguille sur un réseau de petites mailles carrées – eut du succès jusqu’à la cour du Roi-Soleil. Une association perpétue aujourd’hui la tradition, place Émile-Zola. Et puis, il y a la « manu », chère aux Tullistes, qui fit les beaux jours de la ville. Née dans le quartier de Souilhac, cette manufacture d’armes a été créée en 1691. Encouragée par Colbert, elle deviendra manufacture royale en 1777. Enfin, Tulle, ce sont aussi les fameux accordéons Maugein qui font de la ville la « capitale de l’accordéon », contribuant sans doute à l’image populaire de la ville.

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Le cloître de l'ancien monastère bénédictin abrite le musée de Tulle. Ses galeries mélangent éléments gothiques du XIIIe siècle et reconstitutions, réalisées à partir du XIXe siècle à des fins de préservation

gimel-29.jpgGimel-les-Cascades, une halte rafraîchissante 

Situé à dix kilomètres au nord de Tulle, Gimel-les-Cascades constitue, sans doute, le lieu de promenade favori des Tullistes dès que les beaux jours arrivent. Niché dans la verdure, agrippé à la montagne surplombant les gorges de la Montane, le village immortalisé par le peintre Gaston Vuillier (1845-1915), dont on peut voir les oeuvres au musée de Tulle, fascine par ses superbes cascades : la rivière se fraie un chemin au milieu des rochers et créé trois chutes d’eau spectaculaires. Ne manquez pas de visiter également l’église Saint-Pardoux (fin XVe siècle), dans le village. Pièce-maîtresse de son prodigieux décor, la châsse de saint Étienne réalisée en émail de Limoges au XIIe siècle.

 Alverge, un quartier délaissé des touristes

Pour ressentir cette atmosphère singulière, pas besoin d’aller très loin. Il suffit de passer le pont et de crapahuter vers la rive droite, dans le quartier de l’Alverge. De vieilles rues grimpent dans ce faubourg qui fut jadis la voie principale pour se rendre en Auvergne. Une ambiance presque hors d’âge se dégage dans ce quartier ignoré des touristes. Au fil de ces ruelles pentues, on y découvre un vieil atelier de dentellières ou de beaux édifices méconnus des XVe et XVIe siècles tels l’hôtel de Seilhac ou la tour d’Alverge. Grimpez encore, un panorama incomparable sur la ville vous attend !

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La rue de l'Alverge ne fait pas semblant de grimper... On y découvre cette maison, l'hôtel de Seilhac
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