Reims, côté champagne

Par Vincent Noyoux
source : Détours en France n°179, p.83

La Champagne recèle bien des trésors. Derrière les châteaux de la région de Reims, il y a des lieux plus insolites et accessibles. Des crayères de la butte Saint-Nicaise à la chapelle Foujita, petit tour d’un monde plus pétillant qu’on ne le croit.

les caves du Domaine Pommery

Dans les crayères du domaine Pommery, 20 millions de bouteilles, dont de rares millésimes, côtoient des bas-reliefs signés Gustave Navlet mais aussi des expositions d’art contemporain.

Il est des sous-sols plus riches que d’autres. Ceux de Reims abritent les précieuses bouteilles d’une trentaine de maisons de champagne : Taittinger, Veuve-Cliquot, Pommery, Ruinart, Lanson... Pour s’en convaincre, il suffit de suivre une visite de cave. Celle de Pommery occupe d’anciennes crayères gallo-romaines. Jeanne Alexandrine Pommery, la créatrice du champagne brut nature, eut la première l’idée de se servir de ces vastes cavités pour entreposer la production maison. La veuve fit creuser 18 kilomètres de galeries. Elle fit ensuite appel à des artistes pour y sculpter des bas-reliefs aux proportions monumentales. C’était en 1878, et le succès, immédiat, n’a pas cessé depuis. Les caves Pommery sont, de l’avis de tous, les plus spectaculaires. Vingt millions de bouteilles y sont entreposées, mais la visite ne montre qu’une infime partie de la réserve. Depuis 2003, des expositions d’art contemporain y sont organisées. Daniel Buren a laissé ici quelques stries dans le calcaire rémois...

Le cellier de la villa Demoiselle

Dans le cellier de la villa Demoiselle, appartenant au groupe Vranken-Pommery Monopole, la collection
 de tous les millésimes
 de la maison est bien gardée.

Des expositions d'Art

À la surface, un extravagant château de style élisabéthain trône à l’entrée du domaine. Juste en face se dresse la villa Demoiselle, toute en tourelles et clochetons. Ses propriétaires ne sont autres que Paul-François et Nathalie Vranken, les propriétaires de Pommery. Tombés amoureux de cette demeure, les époux ont fait appel
 à des artisans d’art pour restaurer l’édifice qui tombait en ruines. Le reste (meubles, objets de décoration), ils le chinèrent eux-mêmes. Le résultat nous embarque en plein Art nouveau. La cheminée monumentale et le bar Majorelle, l’escalier et son lustre de dix mètres de haut, le salon en cuir de Cordoue, les vitraux de l’atelier Simon-Marq... Ici et là, l’art contemporain s’invite : Starck, Jean-Michel Othoniel, Laurent Grasso, etc. Pimpante et pétillante comme une coupe de champagne, la villa Demoiselle est ouverte au public depuis 2009.

La chapelle Foujita


Le peintre et graveur Leonard Foujita
 a réalisé en 1964-1965 toutes les fresques
 de la chapelle. 
Au fond de la nef, l’artiste a représenté son épouse aux pieds de Notre-Dame
de la Paix. Les vitraux, quant à eux, sont signés du maître verrier rémois Charles Marq.

Une Sixtine japonisante

C’est à la maison Mumm que l’on doit une autre splendeur du patrimoine rémois, la chapelle Foujita. René Lalou, qui dirigeait la maison de champagne, donna carte blanche à son ami Léonard Foujita pour dessiner et décorer une chapelle à deux pas du centre-ville. Le peintre français d’origine japonaise avait fait les beaux jours du Montparnasse des années 1920. Fraîchement converti au christianisme à Reims (il est baptisé à la cathédrale) à presque 80 ans, il suit son imagination débridée... La chapelle Notre-Dame de la Paix devient sa Sixtine à lui. L’architecture ? Un mélange de Bretagne et de Roumanie. Le décor peint ? Des fresques uniques en leur genre. On y voit le Christ portant une barbe de samouraï, des anges sexués, et la Vierge apparaissant deux fois au pied de la croix. Le tout se teinte de clins d’œil aux primitifs et à la Renaissance italienne. Quant aux vitraux, ils ont été peints par Foujita et réalisés par l’incontournable atelier Simon-Marq. Dans la chapelle en cul-de-four où sont enterrés les époux Foujita, des admirateurs nippons ont laissé des origamis. Un hommage de papier, fragile et discret.

Vignobles près de Chanpillon dans la Marne


Pour découvrir la Champagne, il n'est pas nécessaire de suivre les sentiers battus. Des paysages viticoles, il y en a un peu partout, comme ici à Champillon, à une vingtaine de kilomètres de Reims.
La Champagne et l'oenotourisme
Le Comité Champagne d'Epernay a constitué un pôle d'excellence "œnotourisme". Avec plus de 10 000 caves touristiques, la France, première destination touristique et parmi les premiers producteurs de vin au monde, accueille déjà dans ses vignobles quelque huit millions de touristes chaque année, dont 2,5 millions d’étrangers.

 

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