Franche-Comté : circuit touristique de Belfort à Dole

Par Philippe Bourget

Partez à la découverte de la Franche-Comté et ses mille visages en camping-car. Faites halte dans des villes à l'histoire singulière, Belfort, Champagney, Luxeuil-les-Bains, Dole. Sillonnez des plateaux agricoles, des vallées perdues, traversez des bourgs au patrimoine surprenant. Parcourez 370 kilomètres dans une région très nature.

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Nous commençons ce périple par l’une des cités les plus emblématiques de la région, Belfort. La richesse de son patrimoine en dit long sur l’histoire de cette ville d’influences, passage naturel entre monde rhénan et latin et agglomération charnière entre Franche-Comté et Alsace. Sa citadelle imprenable illustre sa bravoure, tandis que son dynamisme industriel souligne sa dimension populaire. Le Pentagone, coeur de ville cerné de fortifications, planté au pied du fameux Lion, intrigue. L'alchimie entre la rigueur militaire et le grès rose, le contraste entre la symétrie urbaine et la désinvolture des terrasses, l'absence de bruit automobile. Cela ne ressemble à rien de connu. Dans ce périmètre sévère, le noyau médiéval et le quartier haussmannien jouent des coudes. Au-delà de la rivière Savoureuse, les quartiers ouvriers et leur population cosmopolite prédominent. En témoignent les cités HLM construitent autour des bâtiments d'Alstrom, locomotive de l'emploi local. C'est en effet ici que sont fabriquées les rames de TGV.

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Le canal des tanneurs à Dole (39), la ville natale de Pasteur.

Du territoire de Belfort à Montbéliard

En levant la tête, on distingue la ligne bleue des Vosges. Le signal est clair : il est temps de prendre la route et d’aller
 à la rencontre du plus petit département français de province, le Territoire de Belfort. Personne ne peut douter que 610 km2 puissent cacher une telle diversité. Profitant de sa situation charnière, le département est le seul du pays
 à accueillir deux massifs, le Jura et les Vosges. La N1019 se dirige vers le sud et la frontière suisse (à 25 km de Belfort). Juste avant la douane, à droite, la D50, route de campagne, vous permettra de jouir d’une vue élargie sur le plateau calcaire de Croix. Les villages semblent ici oubliés. Plaqués le long de la frontière, Lebetain, Villars-le-Sec, Croix, affichent une ruralité tranquille et visiblement prospère. Seule « anomalie » : la présence de puits à balancier, les mêmes qu’en Afrique ! Une petite pause ? Garez-vous au lieu-dit Les-Pas-au-Diable, à la sortie de Villars-le-Sec, en direction de Lebetain (D50). Depuis Croix, remontez ensuite au nord, par la D50 puis la D39, jusqu’à Montbouton : la vue embrasse les premiers contreforts du Jura (au sud), des Vosges (au nord), ainsi que la plaine de Montbéliard (à l’ouest).

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Vue sur le territoire de Belfort

Cap sur les Vosges méridionales

Changement d’ambiance après Delle (à 10 km de Montbouton). En empruntant vers l’est la D26, vous entrez, après Faverois, dans un secteur d’étangs marqué par la présence des mennonites. Ce secteur franchi, vous pénétrez, par la D13, dans le Sungdau belfortain. Un avant-goût d’Alsace, déjà tourné vers le Rhin. À Recouvrance, les premières maisons à colombages signent l’influence de la région voisine. Mais le propos est bien de rester en Franche-Comté ! Alors cap sur le Ballon... d’Alsace, qui malgré son nom appartient – en partie – à la région franc-comtoise.

De retour à Belfort, les D13, D5 puis D465 filent au nord vers Giromagny. Sapins et mélèzes bordent l’agréable route en lacets qui grimpe vers ces Vosges méridionales (aire pour camping-cars à Lepuix-Gy). Elle débouche au sommet, à 1 247 mètres, sur des paysages de chaumes, à la frontière de quatre départements (Vosges, Haute-Saône, Haut-Rhin et Territoire de Belfort). Garé le long de la route, vous en profiterez pour vous balader au col, avant d’aller déguster une tarte aux myrtilles (en saison) ou un repas marcaire (menu montagnard) dans l’une des auberges du Ballon.

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Du sommet du Ballon d'Alsace, à 1427 mètres, c'est une houle de monts bossus et boisés qui se bouscule sous nos yeux. Roux les feuillus, rousses les vaches salers qui passent la belle saison dans les pâturages

det-hs-camp-franch-beaucourt-04_1.jpgBeaucourt, la saga Japy

Dans cette commune du territoire belfortain s’est déroulée une épopée horlogère hors du commun. Au XVIIIe siècle, Frédéric Japy, rentré d’apprentissage de Suisse, lance un atelier de fabrication mécanique de montres. C’est le début d’une formidable aventure qui culminera en 1860 avec un ensemble d’usines employant plus de 5 000 ouvriers ! Précurseur du capitalisme social, Frédéric Japy créa notamment une coopérative ouvrière. Le musée Japy (à Beaucourt, à 7 km de Lebetain) rappelle cette saga achevée dans les années 1970. www.musees-franchecomte.com

De Champagney à Beulotte-la-guillaume

Direction ensuite la Haute-Saône. Après avoir apprécié la fraîcheur des cascades du Rummel et du Saut de la Truite, la minuscule D12, prolongée par la D4 (attention, prudence !) dévale les replis ouest des Vosges pour gagner Champagney. Vous y découvrirez son étonnante histoire, celle d’un village parmi les seuls en France à avoir exprimé, en 1789, sa solidarité avec les esclaves, au plus fort de la traite négrière. La Maison de la Négritude en témoigne.

5 kilomètres plus loin, voici Ronchamp. Impossible de tourner le dos à ce site religieux, sa chapelle construite par Le Corbusier et son récent couvent. Peu après, à Grattery, débute sur la D73 un itinéraire vers l’un des territoires les plus secrets de l’est français, le plateau des Mille Étangs. Au volant, vous trouverez vite un petit air de Scandinavie à cette région isolée, piquée d’étangs, de gîtes de pêche et de fermes massives à longs toits. Entre Mélisey, au sud (à 10 km de Ronchamp) et Faucogney-et-la-Mer, au nord, en passant par Écromagny, il faudra s’égarer de part et d’autre de la D73 et de la D72 pour pénétrer cette contrée d’étangs.

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Plateau des Mille Étangs en Haute-Saône (70). Ces étangs créés par l'homme dans de petites cuvettes issues de l'exploitation de tourbières ont longtemps servi à l'activité piscicole

De Luxeuil au lac de Vesoul-Vaivre

Cette digression au pays des Mille Étangs vous a rapproché de Luxeuil-les-Bains (16 km à l’ouest de Faucogney-et-la-Mer, par la D6). Il est l’heure d’aller découvrir cette cité dotée d’une étonnante histoire. Après avoir garé votre camping-car dans l’une des deux aires réservées (rues Gambetta ou Grammont), une demi-journée suffit pour découvrir le patrimoine luxovien.

Qu’apprend-on ? Que cette cité de 7 000 habitants doit tout à un moine irlandais, Saint-Colomban. Arrivé au VIe siècle, il fonda à Luxeuil une école monastique. Quinze siècles et des aménagements plus tard, la ville en porte toujours l’héritage, avec l’ancien palais abbatial (c’est aujourd’hui la mairie), la basilique Saint-Pierre (au remarquable buffet d’orgue), le cloître (en grès rose des Vosges) et l’ancienne abbaye, devenue collège. De cette prospérité, il reste aussi une architecture civile peu commune, comme en témoigne la Tour des Échevins et la Maison du cardinal Jouffroy (XVIe siècle). Si l’on vous dit encore que Luxeuil... les Bains abrite un centre thermal de remise en forme, vous déciderez peut-être de prolonger votre séjour. À moins que vous ne préfériez la tranquillité du lac de Vesoul-Vaivre, un plan d’eau de 150 hectares situé aux portes de la préfecture de Haute-Saône (37 km au sud de Luxeuil).

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L'établissement thermal de Luxeuil-les-Bains (70) est réputé en phlébologie, gynécologie et en rhumatologie

La vallée de l'Ognon et son patrimoine

Par la D64 et la D486, depuis Luxeuil, en direction de Villersexel (à 42 km), vous entrez dans la vallée de l’Ognon, un affluent de la Saône jalonné de cités comtoises, de châteaux et d’un patrimoine inédit. Chaque commune ou presque possède une demeure historique : Villersexel, au style Louis XIII orgueilleux ; Rougemont, une tour carrée émergeant au-dessus du village perché ; Sauvagney, un bâtiment au long toit encadré de deux tours ; Montbozon, une maison forte du XVIe siècle ; Fondremand, un fier donjon roman au cœur du village vigneron ; Moncley, un château à la parfaite symétrie néoclassique. En roulant vers le sud-ouest, vous croiserez d’autres villages arborant d’étonnantes fontaines-lavoirs et... des mairies-lavoirs. Datant du XIXe siècle, les premières sont d’inspiration grecque, les secondes témoignent de la volonté de rapprocher les lieux d’information et les espaces de sociabilité. Vous apercevrez les unes et les autres à Fontenois-lès-Montbozon, Etuz, Boult, Gézier-et-Fontenelay et Cussey-sur-l’Ognon. Il faudra bien finir par quitter cette vallée. Le pas de côté s’effectuera à Pesmes (à 90 km de Villersexel), place forte perchée dotée d’un patrimoine splendide de maisons nobles et de portes défensives.

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Le château de Moncley (25) est de style néoclassique (XVIIIe siècle). Il est ouvert à la visite de mai à octobre

Dole, ancienne capitale du Comté

La fin du parcours approche! Elle vous emmène plein sud, par la D475, jusqu’à Dole, dans le Jura (à 25 km de Pesmes). Sans nul doute la plus belle ville de la région. Car l’ancienne capitale du comté, riche de son pouvoir passé (parlement et université ont été actifs dès le XVe siècle), a conservé de beaux hôtels particuliers, autour de la collégiale Notre-Dame et de l’Hôtel-Dieu. La ville natale de Pasteur, joyau patrimonial, n’a rien d’une cité aseptisée !

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La rue Pasteur à Dole (39). La maison natale du grand homme se trouve au n°43. Louis Pasteur est venu à la fin de sa vie inaugurer une plaque sur la façade
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