Guéret : la campagne aux portes de la ville dans la Creuse

Par Hugues Dérouard
source : Détours en France n°190

La discrète préfecture de la Creuse et ses 14 000 habitants méritent un petit détour même si pour certains elle est considérée comme une petite ville provinciale tristounette. Son atout ? Son environnement immédiat ! Les monts de Guéret, aux portes de la ville, constituent un petit paradis pour les amoureux de randonnées ou de VTT en pleine nature.

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Le passage du palais de l'ancien Présidial donne sur la place du marché. Ce portail donnant accès au bâtiment du XVIIe siècle, est orné de pilastres. Le marché local s'installe sur cette vaste place chaque samedi matin

Un samedi, jour de marché

Rendez-vous au petit matin, place Bonnyaud, épicentre de la ville, un samedi, jour de marché, où tous les producteurs de la région se donnent rendez-vous. Ça grouille de vie autour de la majestueuse fontaine des Trois Grâces qui orne la vaste place d’un grand classicisme. Autour de nous s’élèvent le palais de Justice et l’hôtel de ville, bâti en granit bleu en 1935 et, jouxtant la place, la préfecture, installée depuis le XIXe siècle dans un hôtel particulier construit au milieu du XVIIe siècle.

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La rue Jules-Sandeau, hommage au romancier et auteur dramatique creusois du XIXe siècle

Balade dans la ville

Depuis la place Bonnyaud, prenez la rue Martin-Nadaud pour vous engouffrer dans le centre historique. À son entrée, une drôle d’oeuvre moderne, tout en courbe, faite de tube métallique, symbolise l’emplacement de l’ancienne porte Marchedieu, l’une des trois portes qui protégeaient la ville fortifiée au Moyen Âge. Vous ne pourrez manquer l’imposant hôtel des Moneyroux, aujourd’hui siège du conseil général de la Creuse. Joyau de la ville, ce bâtiment de style gothique flamboyant, en cours de restauration, fut construit dans la seconde moitié du XVe siècle pour le trésorier des comtes de la Marche. Deux corps de logis en équerre, ornés de fenêtres à meneaux, sont reliés par une élégante tourelle couverte en bardeaux de châtaignier. Suivez la Grande-Rue, la plus ancienne artère de la ville, qui mène à la place du Marché. Autour, plusieurs ruelles qu’il ne faut pas hésiter à arpenter. Vous tomberez ainsi, au fond d’une cour pavée, sur le Présidial, un bâtiment en granit du XVIIe siècle, incrusté de pilastres sculptés par les maçons creusois, qui servit de 1835 à 1935 de mairie, ou sur l’église Saint-Pierre, reconstruite au XIXe siècle à l’emplacement de la chapelle du monastère disparu. Revenez sur vos pas et empruntez l’avenue de la Sénatorie, jusqu’au jardin Ferdinand-Villard, où se mêlent jardin à la française et espace plus sauvage, riche en essences rares (tulipier de Virginie, cèdre de l’Himalaya…). Une chapelle trône en son centre ainsi qu’un insolite monument aux morts d’inspiration pacifiste, sans soldat, ni coq, mais figurant une pleureuse accablée, vêtue de la cape traditionnelle limousine, oeuvre du sculpteur local Henri Coutheillas. Donnant sur les jardins, l’élégant hôtel particulier de la Sénatorie (XVIIIe siècle) abrite le plus ancien musée de la Creuse.

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Le granit bleu utilisé sur certains bâtiments de Guéret est très dur et difficile à tailler, ce qui peut expliquer l'aspect académique, leur manque de rondeur. Ici, l'hôtel de la Sénatorie (le musée d'art) et le jardin à la française Ferdinand-Villard

Hugues Bachelot et les rencontres de Chaminadour

Né à Guéret, qu'il rebaptisa Chaminadour, l'écrivain Marcel Jouhandeau, controversé pour ses positions durant la Seconde Guerre mondiale, disséqua avec acidité et ironie les mœurs de ses concitoyens dans son œuvre (La Jeunesse de Théophile, Les Pincengrain). Son petit-neveu, Hugues Bachelot, organise dans sa ville natale les Rencontres de Chaminadour, mettant chaque année à l'honneur un auteur. Chaminadour.com

Une ville nature

Vous y admirerez, entre autres, quelques oeuvres des impressionnistes qui furent séduits par la beauté des environs. Car la force de Guéret, c’est justement son environnement. « On peut être dans la ville et cinq minutes plus tard en train de cueillir des champignons dans la forêt », vante Thierry Pénicaud, directeur de l’office de tourisme. La nature est aux portes de la ville. Cela est notamment dû au fait que Guéret ne fut que peu industrialisée. Le peintre de plein air Fernand Maillaud (1862-1948) l’avait bien compris en faisant l’acquisition, avenue du Poitou, d’une résidence dominant la ville, idéale pour explorer les alentours. Surplombant la ville, à l’ouest, les monts de Guéret constituent en effet un terrain de jeux grandeur nature pour les habitants qui y apprécient son ambiance mystérieuse, avec ces innombrables gros blocs de pierre aux insolites formes naturelles : pierre de l’Ermite, pierre du Loup, pierres « civières »… Il y a l’étang de Courtille, vaste plan d’eau cerné par la végétation, petit paradis pour les amateurs de sports nautiques, puis la forêt de Chabrières, 2 000 hectares de résineux et de hêtres, parcourus d’un dense réseau de chemins fréquentés par les adeptes du VTT ou de la randonnée. Sur le puy de Gaudy, entre Guéret et Saint-Feyre, on peut découvrir les ruines d’une chapelle médiévale, d’une vasque baptismale sculptée dans le granit et de vieux sarcophages dont certains remontent au Ve siècle, vestiges d’une nécropole. Quant au puy Maupuy, au sommet des monts de Guéret, à 685 mètres d’altitude, aujourd’hui bien sauvage, il fut intensément exploité de la fin du XIXe siècle jusqu’au début des années 1990. Le granit bleu qui affleure sur cette colline fut notamment utilisé pour la construction de certains bâtiments de la ville.

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À l'étang la Courtille au sortir de la ville, gardons, sandres, brochets et perches attendent les pêcheurs. À moins que cela ne soit l'inverse