Le Luberon, randonnée de Bonnieux à Saignon

Par Vincent Noyeux
source : Détours en France n°189

Le Luberon a ses villages stars (Lacoste, Gordes, Roussillon), ses sites incontournables (le Colorado provençal), mais il recèle aussi d'itinéraires méconnus. De Bonnieux à Saignon, le GR911 nous conduit à travers un paysage qui alterne falaises, champs de lavande et vallons ombragés. Deux jours de randonnée inoubliables, loin des foules touristiques, mais au coeur d’un des paysages emblématiques de la Provence.

def-189-luberon-cmoirenc_116617.jpg

Saignon, village haut perché

Le parc naturel régional du Luberon compte près de 3 000 kilomètres d’itinéraires balisés. Nous n’en garderons que vingt-deux : ceux qui séparent Bonnieux de Saignon, reliés entre eux par le GR®911 et le GR® de pays « sentier de la Pierre ». Drôle d’idée de partir de Bonnieux : qui voudrait quitter ce village, l’un des plus beaux du Luberon ? Du belvédère aménagé au pied de l’église, le regard embrasse Lacoste (dominé par le château du marquis de Sade), les parcelles de vigne et les champs de lavande de la plaine, la touche toscane des belles propriétés agrémentées de cyprès, les monts du Vaucluse et, au loin, le sommet chauve du Ventoux. Devant ce panorama, on se dit que la Provence ne pourra rien nous offrir de plus beau. On se trompe, heureusement ! Il faut d’abord longer la rue Droite, bordée de demeures anciennes, puis passer sous la porte en arc brisé de l’ancien castrum pour rejoindre la campagne du Luberon, toute crissante du chant des cigales. De part et d’autre du GR®, on aperçoit des mas soigneusement retapés « à l’ancienne » et des bastides entourées d’oliviers. Le sentier bordé de murets de pierre exhale des arômes de thym et de romarin.

def-189-luberon-cmoirenc_116594.jpg

Datant de 1870, l'église Neuve vue du Belvédère de Bonnieux, (village qui devint français par l'annexion des deux États d'Avignon et du Comtat Venaissin en 1791).

Détours au village de Buoux

Au loin apparaissent la haute tour du prieuré Saint-Symphorien, les ruines perchées du fort médiéval de Buoux et les deux falaises qui prennent en étau la rivière Aiguebrun. Splendide ! Le village de Buoux fait la sieste autour de sa petite mairie. Nous remplissons notre gourde à la fontaine, où nagent des poissons rouges, et prenons la route du fort de Buoux. En fin de journée, il n’est pas rare de se trouver seul parmi les ruines de cet ancien fort médiéval perché au sommet de son éperon rocheux. Refuge pour les huguenots pendant les guerres de Religion, ce site inexpugnable fut démantelé par Louis XIV. Nous déambulons parmi les citernes, le donjon et l’église à demi debout, franchissons une à une les courtines jusqu’à la tour de guet… L’émotion est décuplée par le panorama sur les falaises vertigineuses et les aiguilles rocheuses dominant le vallon de l’Aiguebrun, les monts du Luberon et la montagne de Lure… Voici un Luberon sauvage, entaillé de gorges profondes et touffues, à mille lieues de la carte postale de Bonnieux !

def-189-luberon-cmoirenc_116692.jpg

Le fort de Buoux, et les vestiges de l'église du village (XIIIe siècle) et ci-contre, les silos d'époque protohistorique. L'éperon rocheux de Buoux est occupé depuis des millénaires.

Mer de lavande sur le plateau des claparèdes

Buoux fait une étape toute trouvée pour passer la nuit. Depuis le gîte d’étape La Sparagoule ou depuis l’auberge des Seguins, petit paradis niché au creux du vallon de l’Aiguebrun, le sentier longe le seul cours d’eau permanent du Luberon avec la Durance, dans un décor verdoyant. Buis, chênes verts et pubescents, érables de Montpellier conservent la fraîcheur et l’humidité de la rivière. Les falaises abritent parfois des grottes, telles la baume de l’Eau (propriété privée, soyez très respectueux), grand bassin d’eau noire que l’on déniche au jugé après avoir traversé l’Aiguebrun. Le chemin empierré zigzague pour grimper jusqu’à Sivergues. Le hameau se résume à l’essentiel : une église de poche et une poignée de maisons de pierre où l’on perçoit, derrière les murs, la convivialité des tablées familiales. Cap au nord, nous franchissons une nouvelle fois la vallée de l’Aiguebrun pour rejoindre le plateau des Claparèdes (de l’occitan clapareda : plaine caillouteuse). Les cigales accompagnent nos pas tout au long de cette vaste étendue ratissée de champs de lavande. On songe à une mer violette, délicieusement odorante.

def-189-luberon-ibr-4253692-2.jpg

Un champ de lavande vraie (Lavandula angustifolia) sur le plateau des Claparèdes. La récolte, mécanique, a lieu en été, lorsque les fleurs sont bien épanouies.

Destination finale : Saignon

Des bories, cabanons de pierre sèche typiques du Luberon, surgissent ici et là. On dit qu’il faut de 200 000 à 300 000 pierres pour bâtir, sans mortier, ni pilier, une seule de ces constructions aux airs de ruches géantes. La plupart ont été édifiées aux XVIIIe et XIXe siècles pour servir de granges, d’écuries ou d’habitations saisonnières. Les boules de lavande, alignées en rangées parfaites, nous guident jusqu’à la descente finale vers Saignon. Ce village médiéval s’étire comme un chat sur son rocher, au-dessus de la vallée d’Apt. La chapelle castrale se confond superbement avec la roche, et les ruelles regorgent d’adorables détails : une fontaine moussue sur une placette, des balcons d’où pendent des bignonias, un beffroi, une calade menant aux ruines du château et, tout au bout du rocher de Bellevue, une vue à tomber sur le Luberon. Curieusement, les visiteurs ne sont pas légion. « Saignon est relativement préservée, elle a gardé quelque chose de secret », nous confie un habitant. Au randonneur de découvrir les autres richesses cachées du Luberon.

def-189-luberon-cmoirenc_116764.jpg

Dans le vallon de l'Aiguebrun, entre Buoux et Sivergues, découvrez le miroir noir de la baume de l'Eau. Cette retenue d'eau est invisible du chemin, et le site est privé.