Marseille : connaissez-vous le quartier d'Endoume ?

Par Vincent Noyeux
source : Détours en France n°189

Marseille mérite bien son surnom de « ville aux 111 quartiers ». Le Panier ou l’Estaque, bien sûr, mais aussi Endoume. Un quartier populaire moins connu, mais authentique et pittoresque en diable avec ses minuscule ports de pêche, ses criques aux noms chantants et ses ruelles partant à l’assaut de Notre-Dame de la Garde. Visite guidée dans les pas d’un pur Endoumois.

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À l’est du Vieux-Port, la colline qui porte Notre-Dame de la Garde dégringole jusqu’à la mer. Un petit port, nommé Domezes, y était déjà référencé au XIIIe siècle. Domezes devint Doume, et on allait « en Doume » comme on va « en Avignon ». Le village n’abrita longtemps que des postes de douane, des cabanons et des guinguettes. « L’achèvement du chemin de la corniche, dans le deuxième tiers du XIXe siècle, a ouvert le quartier à une population plus aisée, qui s’y est fait construire des petites maisons de campagne, qu’on appelle bastides. Aujourd’hui, on trouve tout à Endoume, cabanons et belles demeures », explique Jean Fabre. Ce géologue provençal à la retraite est un enfant du quartier. Plutôt que de nous entretenir du massif urgonien de Notre-Dame de la Garde, ce dernier choisit de nous emmener vers les anses rocheuses de la pointe d’Endoume. Rendez-vous est pris sur le viaduc de l’anse de la Fausse-Monnaie.

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Le quartier d'Endoume forme un triangle pointé vers le château d'If. Tout au long de la corniche du Président-Kennedy, elle multiplie les anses et les plages, de l'anse de la Fausse Monnaie au Vallon des Auffres.

À la rencontre du théâtre Silvain

Nous descendons un étroit vallon jusqu’au théâtre Silvain, petit amphithéâtre de verdure. « Tout le monde croit que c’est un théâtre antique, mais il a été créé à l’initiative de Dominique Piazza, l’inventeur de la carte postale. Des rencontres chorales y ont lieu chaque été », observe notre guide. Nous remontons l’étroit et labyrinthique goulet de la rue des Cinq-Cents, passons devant les cuisines odorantes de Gérald Passédat, qui sert un « spectaculaire homard abyssal » dans son restaurant du Petit Nice, le seul trois étoiles de Marseille. De belles villas Belle Époque se lovent dans le nid de rochers de l’anse de Maldormé.

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L'embouchure de l'anse de Malmousque.

L'anse de la Malmousque et ses cabanons typiques

La rue de la Douane arbore quelques demeures cossues avec tourelles, balcons de fer forgé ou lignes Art déco. Nous sommes sur le plateau de la Malmousque. « On y croise encore des légionnaires, car la Légion étrangère y a un centre de repos, face aux îles du Frioul. » Tout à côté, l’anse de la Malmousque accroche ses cabanons aux volets lavande, jaune safran ou vert pastel au-dessus d’une eau couleur menthe. De petits rafiots sont hissés sur leurs cales. Tableau charmant, mais celui du vallon des Auffes, à deux pas de là, l’est tout autant. Cabanons et maisons de pêcheurs se serrent et se chevauchent autour d’un petit port provençal où subsistent quelques barques marseillaises traditionnelles. Les trois arches du viaduc séparent le vallon de la mer, tandis que la vierge d’or de Notre-Dame de la Garde veille au loin, dans les hauteurs. L’esprit cabanonier flotte encore sur la rue du Pageot, l’impasse de la Girelle ou la rue du Sard. Un hamac ici pour le farniente, une jardinière décorée de coquillages ou une maquette de bateau à la fenêtre, tout le décorum modeste et hétéroclite d’un port de pêche méditerranéen. On s’interpelle au café Viaghji, l’annexe de Chez Fonfon, l’institution gastronomique du vallon des Auffes. « On ne joue plus aux boules sur le quai comme à l’époque de mon grand-oncle Fonfon, une figure locale à la Pagnol. Mais le vallon a conservé son esprit de village convivial », observe Alexandre Pinna, le patron. L’association qu’il préside, Debout le 7, organise aux beaux jours des oursinades, des sardinades ou des aïolis. Ou l’art de manger frais et provençal autour de grandes tablées. « Le vallon des Auffes n’est pas un musée, il vit ! Quatre pêcheurs sont encore actifs et de nouveaux arrivants débarquent régulièrement. Je n’idéalise pas l’époque où le vallon vivait replié sur lui-même. »

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L'anse du Vallon des Auffres, un monde miniature très vivant où règne l'esprit cabanonier : un lieu très recherché.

Le visage caché d'Endoume

En haut de la falaise qui domine le vallon, Endoume présente un autre visage. Traverses du Frioul ou de la falaise de Savatan, « un ancien repaire de malfrats », selon Jean Fabre, ruelles bordées de murets d’où dégoulinent plumbagos et lauriers roses. « L’imbrication du bâti est typique du quartier. Tout s’est construit un peu anarchiquement. » Les éclats de voix d’une partie de pétanque nous attirent jusqu’au boulodrome d’Endoume. On pointe, on tire et on joue à la contrée (variante méridionale de la belote) à l’ombre d’un beau pin parasol. Le théâtre Silvain apparaît en contrebas. « Ah, c’est autre chose que le Panier, taquine Gérard, le bouliste. Ici on a une vraie qualité de vie : pas de bruit, de la verdure, et l’accès à la mer ! » Pas de bruit, c’est vite dit. « Le soir, la petite place Saint-Eugène, le coeur vivant du quartier avec ses commerces et sa brasserie, est pleine à craquer », jure Jean Fabre. Les rues montent et descendent au gré du relief tourmenté de la colline. « Si tu habites Endoume, surtout n’aie pas de voiture ! », édicte notre guide. Suivons son conseil : Endoume s’explore à pied… avec une serviette et un maillot de bain.

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Au-delà du viaduc du vallon des Auffres et du monument aux morts de l'armée d'Orient, la Grande Bleue. L'imbrication des petites maisons et des embarcations est toujours un sujet d'étonnement.