Le cirque de Gavarnie : l’amphithéâtre en cascade

Par Hughes Derouard
source : Hors série - France sauvage

"C'est une montagne et une muraille tout à la fois. C'est l'édifice le plus mystérieux du plus mystérieux des architectes. C'est le colosseum de la nature : c'est Gavarnie." Cette description est signée de Victor Hugo. Rien de plus juste, d'autant que l'exploration du site se mérite : qu'il attire les touristes par milliers ne signifie pas que ce site soit à la portée de tous !

le cirque de Gavarnie

En août 1843, bras dessus, bras dessous avec sa maîtresse Juliette Drouet, Victor Hugo découvre les Pyrénées et le cirque de Gavarnie. Il est totalement ébahi : « Mais quelle montagne a jamais présenté ces surfaces rectilignes, ces plans réguliers, ces parallélismes rigoureux, ces symétries étranges, cet aspect géométrique ? Est-ce une muraille ? » 

On l’a tellement vu en photo, qu’on a l’impression de le connaître avant même d’y avoir été. On le voyait en noir et blanc sur les clichés qui ornaient autrefois les wagons de la SNCF ; on l’admirait en couleurs sur les calendriers des Postes. La haute barrière rocheuse dressée à la verticale, et entaillée d’une brèche entrée dans la légende, n’est pourtant pas facile à cadrer dans un viseur photographique : on a beau n’en voir qu’une partie, déjà, on mesure la splendeur. À moins que sa seule réputation suffise à exacerber l’imaginaire ? Car Gavarnie appartient à l’histoire pittoresque du tourisme pyrénéen.

La cascade du cirque de Gavarnie

À l’extrémité du village de Gavarnie, terre d’élection du pyrénéisme, débute un sentier menant à l’Hôtellerie du Cirque. Arrivé au coeur du cirque, c’est la cascade la plus haute d’Europe (plus de 300 mètres) qui assure le spectacle. Les eaux de cette résurgence proviennent de l’étang Glacé, situé sous le monte Perdido (3 355 mètres) dans le parc national d’Ordesa et du Mont-Perdu, en Espagne.

Dans la dernière partie du xixe siècle, à l’époque où se développèrent les stations thermales comme Cauterets, les curistes viraient excursionnistes et se faisaient un devoir d’explorer en détail les merveilles de la montagne. Les hôteliers devenaient ainsi voyagistes, et montaient des expéditions dont l’organisation nous laisse aujourd’hui songeurs. Car il n’était pas question que cette riche clientèle transpire sur un sentier ou renonce à un vin blanc bien frappé lors du pique-nique. C’est pourquoi le village de Gavarnie entretenait un nombre considérable d’ânes chargés de transporter les touristes au-dessus des « effroyables abîmes », comme ils le racontaient au retour.

La Brèche de Roland

Depuis le village de Gavarnie, rejoignez le col de Boucharo. Un sentier balisé conduit à la Brèche de Roland (2 807 mètres). Trait d’union entre les deux versants pyrénéens, elle apparaît telle une porte ouverte sur un autre monde : celui du chevalier Roland, dont les exploits sont célèbres d’un bout à l’autre des Pyrénées.

L’amusant est qu’aujourd’hui encore, à Gavarnie, on propose de monter à la Grande Cascade à dos d’âne ! Ces animaux appartiennent à l’image de Gavarnie. Au même titre que les grands et vieux hôtels du village. Et que les boutiques de souvenirs un peu surannées qui proposent des bâtons de marche en bois ferrés, des écussons, de gourdes en fausse peau, et des sacs à dos de pacotille. C’est tout cela qui fait le charme du lieu. Ainsi que la satisfaction que ressentent les randonneurs arrivés très tôt le matin, qui sont les seuls à pouvoir garer leur voiture à l’entrée du site.

On a du mal à prendre au sérieux une randonnée en montagne qui débute dans pareil cadre. C’est une erreur, parce que, pour atteindre le pied de la Grande Cascade depuis les dernières maisons du village, en marchant d’un bon pas, il faut compter deux heures ! Au début, l’aimable balade suit un large chemin au bord du gave de Gavarnie, à l’ombre des conifères. Le dénivelé est dérisoire, et on pourrait s’attendre à ce qu’il en aille ainsi jusqu’au fond du cirque. Mais voici que le chemin grimpe soudain, s’accroche au-dessus d’un torrent, et enfin débouche sur un chalet-hôtel à l’ancienne : l’Hôtellerie du Cirque. Voilà, vous êtes au coeur du sujet.

Gavarnie en automne

Cette vue de Gavarnie aux couleurs automnales rappelle que le site offre une flore très riche : ancolie des Pyrénées, chardon, ramonde, saxifrage, asphodèle, pied-de-lion des Alpes (edelweiss)…

D’abord, on reste stupéfait par les dimensions du lieu, car les crêtes du cirque flirtent avec les 3 000 mètres d’altitude, alors que l’hôtel se trouve à environ 1 600 mètres. Ensuite, au lieu des bois ombragés, voici une montagne minérale sur laquelle – en été – le soleil tape. Et bientôt, le sentier va monter de plus en plus raide. Beaucoup renonceront à atteindre le pied de la cascade, car la pente finale, hors trace, oblige à faire des lacets de part et d’autre de la pente. Mais quel spectacle, quel grondement que cette cascade qui se jette dans le vide d’une hauteur de 400 mètres.

Durant cette marche besogneuse et patiente, on a tout loisir de s’interroger sur le mystère des torrents montagnards. En hiver, il tombe assez de neige pour alimenter, dès la fin du gel, une cascade d’un tel débit ? À Gavarnie, la chute d’eau est une résurgence, alimentée par l’étang Glacé, lui-même situé sous le Monte Perdido, dans les Pyrénées espagnoles. Il y a plusieurs cascades alentour. Ce sont elles qui, depuis des millions d’années, ont creusé la roche sédimentaire qui constitue le socle du cirque de Gavarnie.

Gavarnie

Enfin, des gouttes d’eau apportées par le vent annoncent qu’on touche au but. De fait, on peut approcher très près de la chute. L’hôtellerie du Cirque paraît toute petite et on distingue à peine le village. La vue sur les parois est magnifque. On distingue parfaitement les plissements de la roche, nés avec les formations hercyniennes qui remontent à 250 millions d’années, et furent ensuite remodelés, entre 50 et 100 millions d’années plus tard, lorsque débuta le mouvement qui allait provoquer l’érection des Alpes.

À cette randonnée classique du cirque de Gavarnie s’ajoute un itinéraire, bien plus raide et plus technique celui-là, qui consiste à monter au refuge dit la Brèche de Roland-Les Sarradets. Mais outre un important dénivelé, il faut franchir des passages très aériens dans les rochers de l’Échelle des Sarradets. Cette vue sur Gavarnie est donc réservée aux bons montagnards. Quant à la Brèche, située à 2 807 mètres d’altitude, elle est bien visible depuis la vallée, entaillant si nettement la ligne crête qu’on veut bien croire à la légende : lorsque Roland, pris dans une embuscade, allait succomber, il lança au loin son épée, la fidèle Durandal, pour qu’elle ne tombe pas aux mains des Sarrasins. C’est elle qui, en touchant la montagne, tailla la fameuse brèche !

l'église de Gavarnie

2013 : 28e festival de Gavarnie

C’est un festival extraordinaire qui est organisé chaque année dans le cirque, puisque la scène a pour fond les parois montagneuses, et que les spectateurs assistent au spectacle au terme d’une véritable marche en montagne. À la fin du spectacle, des torches sont distribuées pour la descente dans la nuit noire ! Après Le Cid en 2012, c’est une interprétation de La Belle et la Bête qui sera proposée du 23 juillet au 4 août. Ce 28e festival sera peut-être la dernière édition, car l’Unesco estime que l’organisation de ce spectacle est une atteinte au site, classé au patrimoine de l’humanité.

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