Moustiers-Sainte-Marie, l'étoile du Verdon

Par Dominique Roger - Hugues Derouard - Mélanie des Monstiers
source : Détours

Planté sur une haute terrasse des Alpes-de-Haute-Provence, Moustiers-Sainte-Marie, c’est tout d’abord un emplacement exceptionnel entre l’immense lac artificiel de Sainte-Croix, le rebord du plateau de Valensole et les gorges sauvages du Verdon.

Vue d'ensemble

Situé dans une échancrure aux portes des gorges du Verdon, le village s'enorgueillit d'un patrimoine naturel et architectural unique.

Jean Giono est le premier à comparer le village à "une crèche provençale", où il ne manque même pas la bonne étoile qui veille sur les habitants. A la vieille ville et son église au clocher mouvant (il bouge en même temps que les cloches), s'ajoutent la grotte Sainte-Madeleine, des sentiers pédestres, des cascades et des espaces chers aux amateurs de sports nautiques.

Lieux de rencontre

Certains lieux restent étroitement liés aux rencontres que l’on a pu y faire. Nous ne pourrions concevoir Moustiers-Sainte-Marie sans y attacher Marcel Scipion. Son nom ne vous évoque rien ? Le Clos du roi, L’Homme qui courait après les fleurs ou L’ Arbre du mensonge, de beaux succès de librairie pour ce berger, écrivain, conteur et « pastre des abeilles », né au hameau de Vénascle, à 300 mètres au-dessus de Moustiers. À travers ses récits, ce quêteur de mémoire nous livre l’intimité des Basses-Alpes (devenues Alpes-de-Haute-Provence) et le quotidien des Moustiérains au XXe siècle.

Origine religieuse

Quand les moines de l’abbaye de Lérins, au large de Cannes, recherchent au Ve siècle une annexe à leur monastère insulaire, ils ne se trompent pas de site. Ils savent que leur implantation domine un vaste bassin propice au développement de l’agriculture, avec présence d’eau en abondance et une exposition plein sud, bien à l’abri des vents du nord.

Très vite, cette contrée des Basses-Alpes, au climat plus rude que l’on imagine, se métamorphose en un pays de cocagne.

Les moines défricheurs installent la culture de la vigne et des céréales, l’élevage ovin. Bientôt, cette prospérité naissante attire toute une population. Chaque famille possède son « olivette » (petite oliveraie). Le village de Moustiers, auquel on accolera Sainte-Marie en 1847, est né.

Escalier

Au bout d'un interminable escalier, le parvis de Notre-Dame-de-Beauvoir offre un spectacle sur les toits de tuiles blottis au pied de la roche

Des siècles plus tard, sa physionomie n’a que peu changé. Le bourg appuie ses maisons contre un relief abrupt : la barre rocheuse sur laquelle s’interrompt brutalement le plateau de Valensole. En même temps, il domine le profond canyon du Verdon. Et comme il se trouve au débouché d’une gorge, le village est séparé en deux, ce qui ajoute encore du pittoresque au tableau composé par les crépis de couleurs pastel et les tuiles canal ocrées. Il y a une touche italianisante que vient renforcer le campanile carré de l’église Notre-Dame-del’Assomption (XIIe-XIVe siècles), très lombard.

Notre-Dame-de-Beauvoir

Dominant l’enchevêtrement des maisons s’élance le clocher de la chapelle Notre-Dame-de- Beauvoir, dont l’édification fut un souhait de l’empereur Charlemagne. Son nom de baptême était alors Notre-Dame-d’Entreroches, traduisant ainsi au plus juste la topographie : une gorge enserrée par deux parois de falaises.

Vue du village et son église

Le site étonne par l’invraisemblable étoile dorée la surplombant. L’objet céleste, sorte d’ex-voto géant, est suspendu dans le vide par une longue chaîne d’acier de 227 mètres, fixée entre deux rochers. Cette « fantaisie » serait, comme le raconte Frédéric Mistral, le résultat d’un voeu prononcé à l’époque des croisades par un seigneur de Moustiers, un certain Blacas d’Aups. Ce dernier avait été capturé par les Mamelouks au XIIIe siècle et, si l’on en croit ses dires, délivré par une intervention de la Vierge.

L'atelier des bleus

Au XVIIe siècle, le village comptait une trentaine d’ateliers de poterie. Puis est arrivé Pierre Clérissy, un artisan aux doigts d’or, qui remplaça le vernissage jusque-là utilisé sur les terres cuites par un émail opaque, à base d’étain (la faïence stannifère). Au-delà de l’innovation technique, le grand atout de la famille Clérissy, puis des autres faïenciers, fut de s’entourer de remarquables décorateurs.

Les atouts du village

Fontaine d'eauDe l’argile fine, de l’eau, du bois pour chauffer les fours, l’abondance dans la région de ces trois ressources naturelles a vite permis l’émergence d’une tradition potière. Près d’une vingtaine d’ateliers de faïence perpétue cette tradition que l’on peut apprécier dans les nombreuses boutiques du village.
En flânant dans les ruelles enchevêtrées, le promeneur se laisse doucement bercer par le chant de l'eau : le ruissellement des nombreuses fontaines, le bouillonnement du torrent, le Riou, le grondement des cascades accompagnent ses pas.

Les connaisseurs distinguent ainsi plusieurs styles et époques dans les Moustiers, puisque au bleu sur fond blanc succédèrent des teintes vives et même des polychromies. Aujourd’hui, depuis que Marcel Provence redonna vie à un four du village en 1927, la production des ateliers de Moustiers estrepartie. Aux côtés de la Manufacture Lallier, une vingtaine d’ateliers poursuivent avec dynamisme l’aventure de la faïence provençale.

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