Bréhat, l'île aux fleurs

Par Dominique Roger
source : Hors Série - Cap sur les Îles, p.12

Laissez-vous enivrer par les odeurs des fleurs, émerveiller par les couleurs de la mer et des rochers. Ceux qui ont goûté aux charmes de Bréhat font tout pour y revenir et parfois s’y établir.

Vue aérienne

Vue aérienne de Bréhat, archipel dont la population (environ 440 habitants) réside plutôt sur l’île Sud. Avec son climat très doux, on l’appelle aussi « l’île aux fleurs » car mimosas, chèvrefeuilles, rosiers, eucalyptus, céanothes, échiums, ou agapanthes s’y sentent vraiment bien. 

Au fond de ce petit port bien abrité se concentrent hôtel, boutiques et loueurs de vélos... Mais le cœur de l’île est plus loin, au bourg, autour de l’église et de la place de la mairie. Avant de s’élancer à la découverte de l’île, mieux vaut se repérer sur une carte, car on se retrouve un peu comme dans un labyrinthe... 

« Tout pousse à Bréhat... même les murs » 

Même pas peur du gel

Après avoir serpenté entre murs de pierre ou haies denses et drues, on ne peut que le croire ! À moins de semer des petits cailloux blancs, on reviendra régulièrement sur ses pas avant de trouver la bonne route. Mais c’est ainsi que l’on découvre la diversité des plantes qui prospèrent dans les jardins comme au bord des chemins.

Côte

Cette beauté fait le plaisir des randonneurs et des photographes... 

Dès janvier, le mimosa éclabousse de lumière la végétation et embaume l’air tandis que les camélias qui n’ont rien à craindre du gel ornent les maisons. Les fleurs de printemps éclosent avec deux semaines d’avance par rapport au continent pourtant tout proche. Et très vite géraniums, chèvrefeuilles, rosiers grimpants et fuchsias fleurissent un peu partout.

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Derrière un écran d'agapanthes, voici le moulin à marée dy Birlot, son pimpant toit de chaume coiffant les traditionnels murs de pierre.

En été, agapanthes, montbrétias et hortensias débordent des jardins. À l’automne, figuiers et arbres à kiwi se couvrent de fruits. Un avant-goût du paradis...

Deux parties, deux visages

En réalité, Bréhat est multiple. C’est un véritable archipel constitué de plusieurs centaines d’îles et d’îlots plus ou moins grands. L’île elle-même est composée de deux îles reliées entre elles par une chaussée de pierre construite par Vauban pour des raisons stratégiques. Ces deux parties présentent des visages très différents.

Petites îles

Une fois l’isthme franchi vers le nord, tout est lunaire, les rochers sont plus acérés, la végétation plus rase. On a tout d’un coup quitté le littoral méditerranéen pour se retrouver en Irlande. Fougères, ajoncs et bruyères remplacent la végétation luxuriante du sud, la dune reprend ses droits.

Pointe du Paon

À l’extrême nord, au pied du phare du Paon, s’étend un tapis de mousse couvert d’œillets des dunes. Les chaos de granit rose offrent ici un spectacle plus austère, surtout lorsque la tempête se lève !

Les véhicules à moteur

L’île ayant refusé par référendum l’introduction de véhicules à moteur, la livraison des marchandises se fait en tracteur et quelques véhicules électriques assurent les transferts indispensables. Pour le reste, tout le monde va à pied ou à vélo.

Entre les deux îles reliées par ce trait d’union de pierre, le port de la Corderie s’ouvre plein ouest sur la haute mer. C’est d’ici que partait au siècle dernier la flottille des terre-neuvas. Jusqu’à quarante bateaux s’échouaient à chaque marée, trouvant au fond de la baie un abri sûr par tous les vents. En fermant les yeux, on peut encore imaginer sentir les odeurs de coaltar et croire entendre le bruit de cette activité fébrile des veilles de départ pour la pêche à la morue.

Diverses fleurs

À force de faire du « rase-cailloux », les marins d’ici sont devenus de redoutables manœuvriers, embarqués très tôt sur les bateaux corsaires, puis dans la Marine royale, ou au commerce.

L'âme marine des bréhantins

L’île a fourni des générations de corsaires, surtout quand il s’agissait d’aller à la chasse aux Anglais, qui pouvaient aussi se faire contrebandiers lorsqu’il fallait déclarer les prises. La géographie leur procurait un environnement idéal. On déchargeait sur la côte nord une bonne partie de la cargaison, et on rentrait côté sud l’air de rien. Aujourd’hui, ces itinéraires sont particulièrement appréciés des randonneurs.