Randonnée bucolique dans le Mercantour

Par Détours en France
source : DET n° 197

Des prairies alpines mouchetées de fleurs, des lacs bleu pétrole enchâssés dans les replis de la montagne, des bornes gravées sur les rochers marquant la frontière avec le comté de Nice... Au col de la Cayolle, en Ubaye, un itinéraire bucolique puis minéral invite les adeptes de la marche à la contemplation. Le circuit des lacs, au départ de ce col est une randonnée assez difficile mais sublime qui devrait prendre 3 heures de votre temps. Mais qui sait, au sommet d’un col, peut-être apercevrez-vous le gypaète barbu, réintroduit avec succès dans le parc national du Mercantour.

det_ubaye089.jpg

Vallée du Mercantour

Dans les gorges du Bachelard...

Au début du XXe siècle, on perça entre Barcelonnette et le col de la Cayolle, le tronçon le plus impressionnant de la route des Grandes Alpes qui relie Menton au lac Léman. À 2 326 mètres, le col de la Cayolle lévite au-dessus des arbres. En 1713, lorsque le traité d’Utrecht entérine le détachement de la vallée de l’Ubaye du comté de Nice, le col marque la nouvelle frontière entre le royaume de France et celui de la Maison de Savoie. Une campagne de bornage vient inscrire l’histoire dans la pierre. La fleur de lys et la croix de Savoie ainsi qu’un numéro et la date d’exécution sont finement gravés sur des rochers essaimés sur les cimes.

Randonnée et vautours ?

Dans les Alpes-Maritimes, sur le sentier qui grimpe à travers la pelouse alpine puis s’étire sur les crêtes, nous sommes venus chercher le gypaète barbu aux côtés de François Breton, un garde-moniteur du parc national du Mercantour, fin connaisseur du rapace. « Depuis 1993, le parc participe à un programme de réintroduction de ce vautour disparu des Alpes au début du siècle dernier », précise- t-il. « Il trouve refuge dans les falaises et affectionne le relief minéral de ce site. Un couple cherche à s’installer. On le voit parfois planer ici. »

det_gypaete-barbu_istock.jpg

Gypaète barbu

Caractéristiques du gypaète barbu

Ce vautour charognard se distingue par une envergure spectaculaire (2,7 mètres) et une technique particulière pour briser les os des cadavres d’animaux dont il se nourrit. En vol, à plusieurs dizaines de mètres au-dessus d’éboulis rocheux, il desserre ses griffes chargées de morceaux de carcasse. Il récupère ensuite les débris, plus faciles à ingérer. Selon la légende, le « casseur d’os » aurait tué le poète grec Eschyle en voulant rompre la carapace d’une tortue.

Le saviez-vous ?

Le gypaète barbu est l’un des rares oiseaux à se maquiller. Mâles et femelles se trempent dans de la boue ferrugineuse pour couvrir le plumage blanc de leur poitrail. C’est à cette couleur rousse, à ses ailes larges et pointues et à sa queue cunéiforme qu’on le reconnaît. Il tire son nom des petites plumes qui poussent sous son bec. C’est l’un des plus rares rapaces d’Europe.

det_BRcni1587.jpg

Randonnée dans le Mercantour

Promenade au milieu des fleurs

La randonnée prend des accents bucoliques. Les gentianes de printemps mouchettent l’herbe d’un bleu profond. « En montagne, les fleurs doivent s’adapter aux vents violents qui fragilisent la pollinisation. Pour attirer les insectes, elles se parent de leurs plus belles couleurs. La concentration de pigments les protège aussi du bombardement des rayons solaires », précise François Breton. Les efluves de pain d’épice du trèfle alpin flattent nos narines.

Un gazouillis d’oiseau aux multiples variations nous accompagne. « C’est l’alouette des champs qui chante en vol. Une espèce typique de l’alpage », ajoute le guide. Des torrents sinueux baguenaudent dans la pelouse alpine. Des marmottes jouent à cache-cache entre les rochers. « Si elle émet un seul cri, il faut lever les yeux vers le ciel. Elle sonne l’alerte en cas de danger. Si elle a vu un rapace... », avertit François. Mais notre marmotte reste désespérément silencieuse.

det_BRcni0635.jpg

Marmotte dans le parc du Mercantour

Un paysage minéral et graphique

Notre itinéraire s’appelle le circuit des lacs, il donne à contempler, sans grands efforts, de beaux plans d’eau d’altitude. Avant d’accéder au col de la petite Cayolle et de basculer sur un autre versant, plus minéral, nous jetons un coup d’œil sur les pâturages qui accueillent en été, des brebis à viande et des troupeaux de chèvres et de vaches laitières. le lac de la petite Cayolle, bleu pétrole, enchâssé entre les pentes arides des montagnes striées par d’étroits chemins. Un ruban coloré semble parfois frétiller sur les flancs rocheux, lorsqu’une file indienne de marcheurs gravit ces sentiers suspendus. Celui que nous empruntons donne à voir une succession de lignes de crêtes, telles des vagues, et au loin, la vallée du Verdon.

Le Mercantour fait étape Italie

Courant depuis la vallée de l’Ubaye (vers Barcelonnette), au nord-ouest, jusqu’à la vallée de la Roya (Sospel), au sud-est, le parc national du Mercantour présente la particularité de se prolonger en Italie par le Parco Naturale Alpi Marittime. En fait, le parc trouve ses origines au milieu du XIXe siècle, lorsque, dans le massif dépendant du royaume de Piémont-Sardaigne, le roi Vittorio-Emmanuel II créa une réserve royale de chasse, développée ensuite par son héritier avec la réintroduction de bouquetins. Lorsque la région devint définitivement française (1947), les dispositions de protection de la faune furent maintenues. Mais c’est en 1979 seulement que fut créé le parc que l’on connaît aujourd’hui.

Un jour de plus dans le Mercantour:

Tags