Fontevraud : les femmes au pouvoir

Par François Silvan
source : Détours en France n°170, p. 66

Impossible de passer à côté de l’abbaye de Fontevraud sans s’y arrêter. Ce chef-d’œuvre roman, nécropole des légendaires Plantagenêts et siège du puissant ordre religieux, fut créé par Robert d’Arbrissel, un prêcheur dérangeant au XIIe siècle pour avoir mis les femmes au pouvoir !

Préservée de l'anarchie féodale du XIIe siècle grâce aux places fortes angevines de Saumur, Chinon et Loudun, l'abbaye de Fontevraud nous est parvenue tel un sanctuaire de l'art roman. En témoigne l'impréssionante église abbatiale, vaisseau de pierre recouvert de coupoles d'inspiration byzantine.

Abbaye de Fontevraud

Vue du chevet de l’abbatiale. Il n’y a plus de communauté religieuse aux commandes, c’est le Centre culturel de l’Ouest qui depuis 1975
 a pour but « la défense, le développement, l’animation et la promotion de l’abbaye ».

Fontevraud est un domaine de femmes et surtout, l'ensemble est dirigé par une femme (la première était Pétronille de Chemillé), selon le souhait du créateur de l'ordre fontevriste, Robert d'Arbrissel. Une décision d'autant plus contestée par l'Église que Robert ne cachait pas son attrait pour la gent féminine, disant avoir été chaste « autant que faire se peut ». Ce fils de prêtre, à la vie mouvementée, crée la communauté de Fontevraud en 1101. La règle prévoit 8 heures de travail et 8 heures de prière, sans chauffage, le silence étant préscrit même s'il n'est pas strict. On mange face au mur, essentiellement du poisson.

Les femmes au pouvoir

Au XIIIe siècle, l'ordre atteindra 150 prieurés en France. Les femmes nobles affluent, contribuant également à la richesse de l'ordre grâce à leur dot. La plus célèbre est Aliénor d'Aquitaine. Deux mois après l'annulation de son mariage avec le roi de France Louis VII, qu'elle appelait « son moine » - il se fouettait après le devoir conjugal -, Aliénor d'Aquitaine se remarie avec Henri II Plantagenêt, qui devient roi d'Angleterre deux ans plus tard, en 1154. Cette femme, que la cour de France croyait stérile, lui donnera huit enfants, dont Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre. Vous pourrez voir leurs gisants dans l'abbatiale, nécropole royale de « l’empire angevin », tel que l'on désigna la puissance des Plantagenêts, qui furent comtes d'Anjou avant d'être rois d'Angleterre. Elle se retire à l'abbaye de Fontevraud quelques années avant sa mort en 1204. Dès la fin du XVe siècle, des abbesses apparentées aux Bourbons contribuent au renouveau de Fontevraud, Louise de Bourbon, cousine de François Ier, Éléonore et Jean-Baptiste de Bourbon, respectivement tante et fille légitimée d'Henri IV. Une « dynastie » dont les armes sont omniprésentes dans la très belle salle capitulaire première Renaissance.

Nef de l'Abbaye de Fontevraud


À l'intérieur de l'abbatiale, dans la nef à quatre coupoles, les gisants des Plantagenêts qui firent la gloire de l'abbaye royale de Fontevraud. Aliénor d'Aquitaine, un livre entre les mains, est à côté de son époux, Henri II roi d'Angleterre. Richard Cœur de Lion, leur fils, roi d'Angleterre tué au siègle de Chalus en 1199 côtoie le gisant d'Isabelle d'Angoulême, femme de Jean sans Terre, son frère qui lui succéda sur le trône de 1199 à 1216. Vous êtes ici au cœur de « la nécropole des Plantagenêts ».