Cathédrale Sainte-Cécile d'Albi, chef d'oeuvre gothique

Par Philippe Bourget
source : Détours en France n°167

La cathédrale Sainte-Cécile d'Albi plantée au cœur d'Albi, domine le Tarn. Ce vaisseau de brique ressemble plus à une forteresse défensive qu'à une cathédrale ouverte à la foi. Dès qu'on l'aperçoit, ses dimensions fascinent. Visite et découverte de la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi.

Cathédrale Sainte-Cécile d'Albi

Vu du Tarn, le clocher de la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi tend son cou puissant dans le ciel comme pour dire aux plaisanciers que tout écart de navigation sera puni. Postées à son chevet, ses énormes pattes en cube s'enchâssent dans le sol et invitent à virer au large, sous l'œil des fenêtres en meurtrières.

Au pied de la tour clocher de la cathédrale Sainte-Cécile-d'Albi, les contreforts en tourelles immenses obus pointés vers l'azur, ont la rondeur rassurante des baobabs. Du nord, du sud, de l'est ou de l'ouest, on ne voit qu'elle, dragon impérieux et un brin arrogant, contrôlant les allées et venues à Albi. Bref la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi échappe au sens commun, à la banalité, au cours moyen des choses.

Sainte-Cécile d'Albi, une nef unique

Avec une nef unique de 100 mètres de long, les bâtisseurs ont surtout recherché une unité dans le volume plutôt qu'une surenchère à l'élévation, comme ce fut le cas avec la construction des grandes cathédrales picardes. Dans un décor majestueux, la cathédrale, représentante par excellence du gothique méridional, a nécessité plus d'un siècle pour son édification. Le chœur, le parvis, les peintures murales ou les fresques, tout témoigne de la grandeur et de la puissance de Rome voulue par l'évêque Bernard de Castanet face à l'hérésie cathare.

L'intérieur de la cathédrale Sainte-Cécile


L'intérieur de la cathédrale impressione par ses dimensions.

Tous les guides sérieux racontent la genèse de ce monolithe de brique : sa construction à partir de 1282 sur décision de l'évêque Bernard de Castanet, réponse chrétienne tonitruante et sans artifice à l'hérésie cathare; son chantier principal, mené jusqu'en 1390 avec le matériau local, la brique économique et abondante; ses dimensions de géant, 113 mètres de long, 35 de large, 78 de haut, 1900 mètres carrés de superficie de voûtes; et sa transformation par Louis Ier d'Amboise, nommé évêque d'Albi en 1474, soucieux d'atténuer la rigueur défensive de l'ouvrage par un cataplasme flamboyant.

Un jubé parfait, une si magnifique folie

La continuité dans l’espace intérieur a bien failli être rompue à la fin du XVe siècle lorsque l’évêque Louis Ier d’Amboise décide d’élever 
un jubé (tribune transversale en forme de galerie où se pressent les fidèles). Prosper Mérimée, célèbre inspecteur général des Monuments historiques, nourrissait une aversion pour les jubés, « qui me font l’effet d’un trop grand meuble dans une petite chambre ». Mais face à celui de Sainte-Cécile, il ravisa son jugement : « Il est si parfait (...) que l’on a honte d’être raisonnable en présence d’une si magnifique folie. ».

Intérieur de la cathédrale Sainte-Cécile

À droite de l’entrée trône l’autre joyau de la cathédrale, un jubé gothique flamboyant considéré comme le plus beau de l’Hexagone. L’expression « dentelle de pierre » prend tous son sens. Les détails sculptés sont d’une finesse rare, apparaissant presque fragiles. Cette débauche inouïe dans la nef et au-dessus du maître-autel rendrait presque le chœur, en comparaison, plus sobre. Pourtant, derrière le jubé, les statues des personnages de l’Ancien Testament et les dais, au-dessus et à l’arrière des stalles, décorent avec une précision remarquable l’écrin de la châsse de pierre. Quand on pense que le tout nous est parvenu intact, 700 ans après, oui, vraiment, Sainte- Cécile dépasse l’entendement.

La nef de Sainte-Cécile, une profusion de décors

Par respect, choix d'harmonie ou contrainte architecturale, Louis Ier ne s'attaquera pas aux extérieurs. Hormis l'ajout du splendide porche côté sud, large guirlande de pierre blanche accolée à la brique et façonnée jusqu'au moindre édicule. Tout ce que Louis Ier d'Amboise voudra de fastueux, il l'exigera à l'intérieur, dont une partie sera exécutée sous l'égide de son successeur, son neveu Louis II d’Amboise. Ce n’est pas rien de pénétrer la nef de Sainte-Cécile. Croyant ou pas, nul ne peut rester insensible à l’invraisemblable profusion de décors voulus par le prélat. Bleu et or des peintures, en lieu et place des voûtes et des parois de briques ; arabesques artistiques jusque dans les moindres recoins; immense scène picturale du Jugement dernier; anges et angelots sculptés en veux-tu en voilà... À l’aube de la Renaissance, les artistes italiens appelés à œuvrer à Albi ont déployé d’immenses talents. Même le grand orgue, plusieurs fois remanié depuis 1736, est à l’unisson, avec ses 3 549 tuyaux en fanons de baleine – le plus grand de ce style en France.