Saint-Nectaire, un village de très bon goût

Par Dominique Roger
source : Hors Série - Les plus beaux villages de nos régions 2015, p.20
Publié le 26/04/2016

Saint-Nectaire, dans le Puy-de-Dôme, est connu de tous les gourmets, amateurs de fromages d’exception mais c'est surtout une cité au riche patrimoine. Il est l'un des plus beaux villages d'Auvergne.

Panorama Saint-Nectaire, dans son écrin du parc naturel des volcans d'Auvergne, est le village du goût et de l'art roman. À l'arrière-plan, le château de Murol et le massif du Sancy.

Un premier contact qui séduit

Le panorama se déploie sur tout Saint-Nectaire, le château de Murol et, en arrière-plan, le massif du Sancy. Juchée sur la butte du mont Cornadore, l'église Saint-Nectaire d'Auvergne surgit dans un paysage volcanique dans livrée de trachyte gris clair, où elle s'intègre harmonieusement au site naturel.

Eglise Se mariant parfaitement au décor, l'église de Saint-Nectaire est l’une des cinq églises romanes majeures d’Auvergne. 

Bien que ses dimensions apparaissent assez modestes, elle appartient aux cinq églises romanes de Basse-Auvergne dites "majeures", aux côtés de la basilique Notre-Dame-du-Port de Clermont-Ferrand, l'église Saint-Austremoine d'Issoire, la basilique Notre-Dame d'Orcival et l'église Notre-Dame de Saint-Saturnin. Ce sanctuaire roman du XIIe siècle a été édifié par les moines de La Chaise-Dieu.

Des allures de cathédrale

À cette époque, le sanctuaire était implanté dans un pays très peuplé, et il était protégé par des murailles et un château. Extérieurement, sa relative simplicité – trois chapelles rayonnantes à la base de la pyramide du chevet – ne laisse que peu augurer du trésor que le vaisseau de pierre abrite. La tribune à trois baies au-dessus du narthex, que surmonte un arc triomphal, lui confère des allures dignes d’une cathédrale.

Cathédrale Dans un site exceptionnel se dresse l’église de Saint-Nectaire, joyau de l’art roman, construit en pierre gris clair (trachyte).

On dénombre cent trois chapiteaux, œuvre d’un sculpteur auvergnat dans un style hérité de la tradition gallo-romaine. Les six colonnes du rond-point, dont certains chapiteaux ont conservé leurs couleurs d’origine, forment un catéchisme de pierre.

Les colonnes Ce livre de pierre, qui a conservé les couleurs d’origine, reflète une symbolique religieuse traditionnelle.

Aux côtés des sujets évangéliques traditionnels (vie de Jésus...), l’illustration des miracles du saint patron et les épisodes de l’Apocalypse reçoivent un traitement iconographique original.

Colonnes Les chapiteaux offrent l’essentiel des éléments décoratifs de l’intérieur roman. Prenez votre temps, il y en a 103 à admirer. 

Mais le chapiteau le plus singulier concerne un personnage dénommé Ranolphe (Ranulfo). Ce supposé généreux donateur est représenté s’agrippant à la colonne de l’église ; un homme coiffé d’un casque s’escrime à l’extraire de la maison de Dieu en le tirant par sa tignasse, tandis qu’un ange vole à son secours en le retenant par le poignet et en lui tendant le glaive de l’Esprit saint.

Vierge à l'enfant Belle dans sa simplicité : la Vierge à l’Enfant de l’église de Saint-Nectaire, aussi connue sous le nom de Notre-Dame du mont Cornadore (XIIe siècle), est en bois marouflé polychrome. 

Statue Dans le transept nord repose le trésor de Saint-Nectaire avec, outre une superbe Vierge à l’Enfant en bois marouflé polychrome (XVe siècle), le buste reliquaire de saint Baudime (XIIe siècle), compagnon de saint Nectaire, réalisé en bois et lames de cuivre doré. Le bras levé du saint est, lui, en argent repoussé.

Les autres trésors de Saint-Nectaire

Quittez le monde religieux roman pour rejoindre Saint-Nectaire-le-Bas et la ville thermale. Les eaux saint-nectairiennes sont soit froides et oligométalliques, soit chaudes et polymétalliques, carbogazeuses, bicarbonatées sodiques. Leurs bienfaits sont connus depuis l’Antiquité, mais seules les sources de Saint-Nectaire-le-Haut étaient exploitées.

Grotte Dans les grottes du Cornadore, grâce au curieux phénomène des fontaines pétrifiantes, par dépôt du bicarbonate de calcium, et à l’aide de moulages, sont réalisées des œuvres d’art. 

En témoignent les grottes du Cornadore, des thermes troglodytiques renfermant un tepidarium (salle tiède), un caldarium (salle chaude), des baignoires et cuves de bains. Le premier établissement thermal, à but commercial et touristique, qui ouvrira ses portes est daté de 1810. Son propriétaire, Jacques Mandon, exploite alors la source du Tambour. On y soigne, de manière très rudimentaire, les affections rénales et les « utérines » (femmes stériles).