Le mobilier urbain de Paris : témoin du XIXe

Par Dominique Le Brun et Dominique Roger
source : Détours en France n°156

À la tête du service des Promenades, Alphand et Davioud conçoivent une batterie de mobilier urbain, alliant trouvailles techniques (grilles de protection des arbres, bornes d’incendie...) et équipements d’agrément et de confort. Un siècle et demi plus tard et à peu de chose près, ce mobilier est identique...

Fontaine Wallace


Fontaines Wallace - En cette seconde partie du XIXe siècle, alors que des fortunes colossales se bâtissent, le philanthropisme, où hygiénisme et libéralisme charitable s’entremêlent, prend son essor. Partant du constat que ce qui manque au petit peuple parisien est l’eau courante et potable, le richissime sir Wallace va offrir à Paris de belles fontaines. Cet accès difficile à l’eau était particulièrement patent aux lendemains de la Semaine sanglante qui écrasa la Commune (1871). Les modèles à cariatides, dont les quatre statues féminines symbolisent la Bonté, la Simplicité, la Charité et la Sobriété, furent sculptées par Charles-Auguste Lebourg, artiste nantais formé par François Rude. Surnommées par les grisettes, apaches ou ouvriers des faubourgs les « brasseries des quatre femmes », ces fontaines en fonte, dont une centaine est encore en activité aujourd’hui, étaient fabriquées à la Fonderie du Val d’Osne. N'en doutez plus, les monuments de Paris se cachent sous de multiples formes.

Colonne Morris

Colonnes Morris - En 1868, Gabriel Morris, imprimeur spécialisé dans la publicité pour les spectacles parisiens, obtient une concession de la Ville de Paris pour édifier quatre cent cinquante et une colonnes hautes de six mètres cinquante, surmontées d’un dôme ouvragé, le tout réalisé en fonte et peint en vert bouteille. À l’origine, elles servaient aussi d’entrepôt pour les balais et pelles du nettoyage des rues. En 2006, Paris en compte sept cent soixante-treize lorsque la municipalité décide d’en abattre deux cent vingt-trois, une partie de ces dernières devant être remplacées par des colonnes dont le style se qualifie par l’absolue discrétion. L’argument avancé était d’ordre esthétique... Devant le tollé général et l’émoi des directeurs de théâtre dont elles sont un vecteur publicitaire capital, il semble que les colonnes Morris aient sauvé leur avenir. Aujourd’hui, elles assurent aussi la publicité des films, et elles tournent !

Vespasienne


Vespasiennes - Que de noms pour ces lieux d’aisance publics, et masculins : urinoirs, tasses, Ginette, pissotières, latrines, goguenots... Les raffinés les nomment vespasiennes, du nom de l’empereur romain qui, entre l’an 69 et 79 de notre ère, dota Rome de ces commodités. Ils arrivent avec Rambuteau, préfet de la Seine de 1833 à 1848. Bronca immédiate de la part des ligues bien-pensantes et des « pères et mères la pudeur » qui fustigent ces « colonnes Rambuteau »! La Mondaine surveillera également de près les quelques quatre cents urinoirs en fer peint en vert qui jalonnent les trottoirs de la capitale. Ils furent remplacés à partir de 1980 par les sanisettes de Decaux. De ces étonnants mais si utiles édicules, il ne subsiste à notre connaissance qu’un seul exemplaire dans Paris : il se situe sur le boulevard Arago, devant la prison de la Santé. Sans doute Paris a-t- elle jugé utile de conserver un témoin d’une autre époque ?
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