Ploumanac’h, un des plus beaux villages de Bretagne

Par Dominique Roger
source : HS Le village préféré des Français

Sur la commune de Perros-Guirec, dans le Grand Trégor, le bourg de Ploumanac’h s’abrite derrière l’un des sites naturels les plus sauvages et les plus surprenants de beauté de l’Armorique : la Côte de Granit rose. Il est aussi l'un des plus beaux villages de Bretagne.

Phare de Ploumanc'h

Fiché sur son socle de granit doré, le phare de Ploumanac’h, appelé officiellement Mean Ruz (pierre rouge), guide les marins dans le chenal des Sept-Îles et balise la passe ouvrant l’accès au port de Ploumanac’h, passage étroit et agité par de forts courants. L’actuel phare date de l’après-guerre (le 5 août 1944, il fut dynamité), il remplaça un premier édifice, une maison phare en granit gris construit en 1860. Un petit pont permet de rejoindre la plateforme du phare. De celle-ci, le visiteur a un très beau point de vue sur la côte, le château de Costaérès, l’île Renote et l’archipel des Sept-Îles (cf. encadré).

Sept-Îles, repaire de fous et de contrebandiers

D’ouest en est, les cinq « cailloux » constituant l’archipel des Sept-Îles s’égrènent : îles Plate, aux Moines, Bono, Malban et Rouzic. Semés dans la Manche au large de Ploumanac’h, ces îlots et bancs de roches offrent une diversité d’histoires et de peuplement : colonie de fous de Bassan sur Rouzic (17 000 couples protégés), familles de phoques sur Malban, tandis que l’île aux Moines abrite les ruines d’un château. Cette île est la seule où la navette maritime débarque des visiteurs. Son nom provient des cordeliers qui y vécurent (XIVe et XVe siècles), mais les incursions de pirates et la rudesse des lieux ébranlèrent leur foi. L’île est située entre la pointe bretonne et l’extrémité du Cotentin, sur la route des caboteurs, guettés par les brigands des mers.

Ploumanac'h

Ploumanac'h

Deux moulins à marée au fond du port

À l’angle de la plateforme se trouve un escalier de pierre qui descend vers une pièce aménagée sous les rochers qui était la cave à cidre du gardien. Tout près du feu, la demeure de granit flanquée d’une tour ronde, siège aujourd’hui de la Maison du littoral, fut autrefois habitée par Paul Regnard, physiologiste et directeur de l’Institut océanographique de Monaco. Abri naturel, le port de Ploumanac’h est l’un des mieux protégés de la côte nord de Bretagne. L’activité halieutique a très largement laissé place à la plaisance, avec quelque 250 places sur bouées (embossage) et 150 places en échouage. Même en cas de très basse mer, il reste un peu d’eau dans le port dû à la présence d’un seuil, qu’une échelle de hauteur d’eau affiche à l’entrée du port. Le fond du port est fermé par deux moulins à marée : le Grand Traouïero et le Petit Traouïero. Ils fonctionnaient avec le flux et le reflux des marées et avec les petits bassins de retenue des eaux dévalant de la vallée des Traouïero. En longeant le quai Bellevue en direction de la mer, vos pas vous déposent à la promenade de la Bastille, point de départ d’un cabotage pédestre au milieu du chaos de rochers. Ces mastodontes de pierre sont composés de quartz, mica, feldspath qui ont pris leur teinte rosâtre à cause d’une réaction chimique provoquée par l’influence des eaux d’infiltration. Les phénomènes d’érosion ont ensuite sculpté des formes suggérant tantôt un étrange bestiaire (on identifie la « Tortue », le « Lapin »), tantôt des aspects humains (la « Tête de mort », le « Pied »). 

Ploumanac'h

Une épingle dans le nez de Saint-Guirec

Ploumanac'h

Sur la grève de Saint-Guirec, là où la légende veut que saint Guirec débarquât au VIe siècle, s’élève le petit oratoire de Saint-Guirec (XIIe siècle). Il renfermait autrefois une statue en bois du saint homme, émérite navigateur. Les femmes priaient le bienheureux en scrutant un horizon où le mari marin était de retour espéré. On rapporte que les jeunes filles désireuses de se marier dans l’année fichaient une épingle dans le nez de la représentation de l’apôtre qui, finalement si défigurée, fut remplacée par une statuaire de pierre. La statue originale repose dans a chapelle attenante, où des ex-voto rappellent que les fortunes de mer et les dangers du métier de marin-pêcheur faisaient partie du quotidien de la population riveraine. En progressant au gré du sentier littoral (GR 34®), en direction de l’est, à partir du phare de Ploumanac’h, vous arrivez à l’anse de Pors-Kamor, aussi appelée cale de Ploumanac’h ou Portz-ar-Mor. Lieu méconnu : elle est l’abri du bateau de sauvetage de la Société nationale des sauveteurs en mer depuis le 22 décembre 1912, lors de la mise à l’eau de son premier canot, le Commandant Gentil. De nos jours, le canot tous temps Président Toutain est prêt à surgir de son hangar et à glisser sur sa rampe pour un sauvetage en mer. Plus loin, entre la pointe de Squewel, spot de pêche, et Porz-Rolland, se dresse le « Château du Diable », amas chaotique spectaculaire de plus de 25 mètres de haut.