Philippe Gouezin: un spécialiste des mégalithes

Par Raphael Pic
source : Détours en France n°166, p. 47

Philippe Gouezin a réalisé l’inventaire des mégalithes du Morbihan, fruit de plus de vingt ans de recherches. Interview.

Philippe Gouezin


Doctorant à l’université de Rennes-I, Philippe Gouezin vient d’achever un inventaire des mégalithes du Morbihan, fruit de plus de vingt ans de recherches.

 

INTERVIEW

Combien de sites mégalithes avez-vous recensé dans la région?

Les inventaires sont très récents en Bretagne. On connaissait bien les alignements de Carnac, mais beaucoup moins le reste. Dans le Morbihan, j’ai recensé entre 1 200 et 1  300 sites, que j’ai tous visités. Un site, ce peut être l’alignement de Carnac avec ses 4 000 pierres, ou bien une seule pierre. Il en reste beaucoup à trouver ! En 2013, par exemple, en trois jours de prospection dans la forêt de Quénécan (aux confins du Morbihan), j’en ai découvert 40.

On a tendance à croire que les mégalithes sont forcément des pierres dressées de 3 ou 4 mètres de hauteur. En réalité, il existe des menhirs de 80 centimètres, qui peuvent être cachés dans les sous-bois. D’autres inventaires sont en cours dans les départements voisins et on peut estimer à 5 000 le nombre de sites mégalithiques sur l’ensemble de la région Bretagne.

Il existe des menhirs de 80 centimètres, qui peuvent être cachés dans les sous-bois.

Dans quel état se trouvent-ils ?

30 % ont été détruits récemment, dans le cadre de travaux agricoles ou d’infrastructure et 16 % sont dans un état critique. Les destructions ont commencé dès le néolithique. Sur les monuments du littoral, on voit beaucoup de dalles qui sont réutilisées : on les abattait, on les cassait et on se les réappropriait. Il y a ensuite eu la grande vague de destruction par le clergé, essentiellement du XVe au XVIIe siècle. En revanche, les vols sont très rares, à l’exception de quelques pierres gravées.

La meilleure protection des sites, c’est la valorisation. Pas forcément par l’inscription aux Monuments historiques, environ un quart des sites le sont, mais il faut qu’ils soient intégrés dans les PLU (plans locaux d’urbanisme), que l’entente avec les propriétaires des terrains privés sur lesquels se trouve une grande partie des mégalithes soit bonne, que ces mégalithes bénéficient d’une protection sanitaire (débroussailler, éviter que des arbres ne poussent sur le mégalithe). Dans certains cas, il faut limiter l’afflux de visiteurs.

Quelles sont dorénavant les directions de la recherche ?

L’une des conclusions de cette recherche est que la variété architecturale est beaucoup plus importante que ce que l’on croyait autrefois. Il y a notamment une grande diversité de dolmens, comme si chaque groupe faisait son type particulier de sépultures. Il va désormais être très difficile d’établir une typologie structurale simple. Par ailleurs, nous avons récemment travaillé sur les mégalithes peints, nombreux sur la péninsule ibérique, dont on vient de découvrir un exemple à Barnenez.