Château de Guédelon : origine d'un chantier médiéval

Par Hughes Derouard
source : Détours en France n°187

Le château de Guédelon est le deuxième site le plus visité de Bourgogne après les Hospices de Beaune. Cet ambitieux projet commence en 1995 lorsqu’une poignée de personnes attachées à la Puisaye – Michel Guyot suivi de Maryline Martin – se rassemblent autour d’une idée : construire ici ex nihilo un château fort du XIIIe siècle... le château de Guédelon.

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La première pierre du château de Guédelon est posée en 1997, le chantier ouvert au public un an après. Dix-huit ans plus tard, le projet captive les foules du monde entier. Américains, Anglais… Ils veulent tous voir cet incroyable chantier de construction historique et scientifique. Et le projet est déjà bien avancé. Les murs d’enceinte enserrent en partie solidement la forteresse. Le logis seigneurial est debout, la tour de la chapelle et la tour maîtresse ont fière allure. « Ici, on ne construit pas pour construire, mais on construit pour comprendre, insiste Maryline Martin, directrice du site. Comprendre comment les bâtisseurs élevaient des forteresses au XIIIe siècle, et avec quels outils, quels matériaux, quelles techniques… » Un projet expérimental unique au monde.

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Ils sont une cinquantaine d'ouvriers à participer à l'élévation du château qui s'est révélé être un chantier d'archéologie expérimentale. Ici, pas de moteur, pas de téléphone portable... Vous êtes au XIIIesiècle...

Le chantier de Guédelon, un chantier médiéval 

Pénétrer sur le chantier de Guédelon, c’est effectuer un grand plongeon au Moyen Âge. Les chevaux de traits assurent le transport des matériaux. Les engins de levage – tels les cages à écureuil – ont été reconstitués fidèlement. Les ouvriers et les artisans, en habit médiéval, travaillent avec les mêmes outils qu’au XIIIe siècle. Les bûcherons, les maçons, les charpentiers, les forgerons utilisent les techniques de l’époque. Rendez-vous à l’un des ateliers de pierre. Si le château est principalement en grès ferrugineux, qui lui donne sa si belle couleur « rouille », le calcaire, extrait d’une carrière des environs, est utilisé pour les parties les plus nobles. « Mélanger pierre calcaire et grès ferrugineux fait partie de la culture architecturale de la Puisaye… On utilise le grès pour les murs droits et le calcaire pour les encadrements de portes et de fenêtres, par exemple, explique un tailleur de pierre. Vous voulez participer ? » Un bloc de calcaire est à travailler, il faut tailler la pierre pour un encadrement de fenêtres. « La richesse économique se reflétait dans la pierre. Plus on travaille la pierre de manière lisse, plus elle devient un signe extérieur de prestige, car, pour obtenir une pierre à la surface plane, il fallait tailler longtemps. Et Guédelon est un chantier à l’économie, celui d’un petit seigneur… »

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Le tailleur de pierre affine le matériau au dégrossi par les carriers. Son travail de précision requiert des années d'apprentissage.

La construction d'un château fort

À l’aide d’une broche, nous dessinons peu à peu  à la surface du bloc des sillons bosselés. « C’est  le style le plus rustique », dit notre guide. Ensuite, à l’aide d’un marteau taillant, on peut écraser les bosses grossières. « Pour égaliser les bosses, le tailleur couvre la surface avec les dents du taillant : c’est l’aspect dit grain d’orge. Mais on peut utiliser le taillant par layage, la technique la plus raffinée. Il s’agit de hacher la surface pour donner à la pierre l’aspect le plus lisse possible. » Il faudra de longues minutes, à la force du poignet, avant de pouvoir obtenir une surface presque plane… Cette pierre décorera un jour les fenêtres de la tour de la chapelle. Se dire que l’on aura participé, ne serait-ce qu’à travers quelques coups de massette, à la construction d’un château fort procure une immense satisfaction !

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Quant aux charpentiers, leur rôle est d'autant plus crucial qu'ils peuvent réparer pratiquement tout : roues, outils, charettes...