L'Alsace gourmande

Par Dominique Roger
source : Détours en France n°173, p. 12

Elle est gourmande cette Alsace. On y mange bien, on y boit bien, on y vit bien. La Route des vins, le Ried, les winstubs colmariennes ou strasbourgeoises, à vous de savourer...

Riquewihr au pied des Vosges et face à la plaine du Rhin.


Au pied des Vosges et face à la plaine du Rhin, Riquewihr, fondé au XIe siècle, est l’une des places fortes des vins alsaciens que des dynasties de viticulteurs-vinificateurs ont porté sur l’autel de l’excellence. À flâner dans la grand-rue et ses ruelles adjacentes bordées
 de maisons à colombages, on pourrait se croire plongé dans une gravure digne d’Hansel et Gretel. Mais,
 tout sauf « village-musée », Riquewihr distille un art de vivre qui n’a rien de folklorique.

Le village bas-rhinois d'Orschwiller.


Le village bas-rhinois d’Orschwiller, étape sur la Route des vins,
a le Haut-Kœnigsbourg en point de mire. Château sauvé, reconstitué 
ou réinventé ? Tout à la fois ! Alors que l’Alsace est annexée à l’Allemagne, l’empereur Guillaume II reçoit en cadeau, en mai 1899, 
les ruines de ce château édifié au XIIe siècle. Dix ans durant, de 1900 à 1910, un « kolossal » chantier est mené par l’architecte berlinois Bodo Ebhardt. Hansi brocarde cette « pâtisserie indigeste » offrant une vision germanique d’un Burg à la sauce néogothique mâtinée de Jugendstil. Pas faux, mais l’ensemble massif, avec sa profusion de tours et de tourelles, est impressionnant et continue de stimuler les imaginaires. Ce qui vaut peut-être mieux que toutes les guerres de spécialistes...

L'abbaye rose de Murbach au pied du Grand Ballon.


Murbach, abbaye rose. Ce miracle de grès rose tapi au creux d’une forêt profonde aux halliers légendaires, au pied du Grand Ballon, voit le jour au VIIIe siècle par la grâce de son mécène, le comte Eberhard, frère du duc d’Alsace. Les moines bénédictins de ce bel édifice de style roman vont, en quelques siècles, asseoir leur rôle politique et culturel de premier plan, formant même le foyer religieux le plus riche du Saint Empire romain germanique. Aujourd’hui, il ne reste de ce vaste monastère que le chœur et le transept surmonté des deux tours carrées de l’église. Malgré les outrages du temps, les décors extérieurs, dont ceux ornant le chevet méritent attention : d’étranges sculptures animales et humaines semblent improviser une sarabande...