L'Auvergne, le pays nature

Par Sophie Bogrow
source : Détours en France n°174

Des crêtes des puys menant au toit d’une Auvergne lunaire aux hauts plateaux steppiques du Cézallier, de cours d’eau torrentueux en halliers légendaires, en Auvergne, la nature vous entoure et vous happe. Sitôt sorti des villes aux austères architectures de lave basaltique – comme pour mieux y conserver à l’abri des convoitises chefs-d’œuvre et trésors –, l’Auvergne peut vite ressembler à un parcours initiatique, à une échappée belle au contact d’une vraie nature.

La chaîne des Puys


Sur les flancs occidentaux de Clermont-Ferrand,
 les monts Dôme (ou chaîne des Puys) forment,
 sur une  trentaine de kilomètres et plus de cent volcans datant de l’ère quaternaire, un musée grandeur nature des paysages volcaniques. Le sommet massif du puy de Dôme reste le plus courtisé. Le plus menacé aussi de désaffection touristique, d’où un « train vert » pour vous hisser à son sommet. Quant au puy de Sancy, indiscutable toit de l’Auvergne (1 886 m), ses crêtes et ses aiguilles esquissent un décor quasi alpin qui a conquis de tout temps les amoureux de pleine nature... et depuis peu des artistes adeptes du land art.

Dans le massif du Sancy

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Tout au nord du puy de Sancy (1 885 mètres),
 se profilent deux immenses monolithes, les roches Tuilière et Sanadoire. Telles deux Arvernes rebelles, elles ont inscrit dans leurs gènes une histoire volcanique. La roche Tuilière (à gauche) témoigne de la cheminée d’un volcan ruiné ; ses flancs éclatent en gerbes de colonnes prismatiques de trachyte, pierre utilisée pour produire la lauze couvrant les toits. La roche Sanadoire (à droite), reste très érodé d’un cône, est constituée de phonolithe, cette
 « pierre sonnante » qui résonne quand 
on la frappe. Jusqu’au XVe siècle, un château couronna le sommet
 de cette éminence. On dit même qu’il fut le repaire de sanguinaires 
« routiers » durant
 la guerre de Cent Ans.

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Dans Humble Drame, une nouvelle de Guy de Maupassant, le héros 
erre dans les monts d’Auvergne : « À la nuit tombante, j’arrivai au château de Murol. La vieille forteresse (...) surprend plus qu’aucune autre ruine par son énormité simple, sa majesté, son air antique puissant et grave. Elle est là, seule, haute comme une montagne, reine morte, mais toujours la reine des vallées couchées sous elle. On y monte par une pente plantée de sapins, on y pénètre par une porte étroite,
on s’arrête au pied des murs, dans la première enceinte au-dessus
 du pays entier. » Contrairement à l’écrivain, la forteresse (XIIe-XVIe siècles) ne vous réservera nulle mauvaise rencontre. Vos compagnons seront les Paladins du Sancy qui, en costumes médiévaux, font vivre le château.

Rochegude, le Gévaudan droit devant.

Le "château rocher" de Rochegude Château rocher » de Rochegude

En surplomb des gorges de l’Allier, entre Saint-Privat-d’Allier d’un côté
 et Monistrol-d’Allier, situé sur la rive opposée, le « château rocher » de Rochegude avait pour fonction de verrouiller des voies de passage. Attenant au donjon ruiniforme, la chapelle castrale Saint-Jacques est une étape connue des pèlerins marchant sur la via Podiensis (GR 65®) en direction de Saint-Jacques-de-Compostelle depuis Le Puy-en-Velay. Chevet arrondi orienté
 vers l’est, donc faisant face à la Margeride, clocher-peigne à deux cloches,
 nef unique et chœur en cul-de-four, le sanctuaire pour être de toute simplicité dégage une grande force, certainement de par son imbrication dans le roc 
et sa situation topographique en équilibre à 300 mètres au-dessus de l’Allier.

Château de Val, l’île perdue

Vous n’êtes jamais allé dans ce coin du Cantal, l’Artense, et ce château vous donne malgré tout l’impression de « déjà-vu » ? L’amateur de films de cape et d’épée aura sans nul doute reconnu les tours du château de Val prises d’assaut par Jean Marais dans Le Capitan ! Cet édifice monumental, avec six tours coiffées en poivrière, mâchicoulis, chemin de ronde courant sous les combles, a été érigé entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle par Guillaume IV d’Estaing, chambellan
 du roi Charles VII, gouverneur et sénéchal du Rouergue. La destinée topographique du Val changea brutalement au début des années 1950. La construction du barrage hydroélectrique de Bort sur le cours supérieur de la Dordogne le transforma en effet en un château 
quasi insulaire (relié à la terre ferme par une simple digue en période 
de hautes eaux), lui qui, depuis le Moyen Âge, dominait la vallée.

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