Compostelle : de Paris à Tours

Par Hugues Dérouard
source : Détours en France Hors-série Compostelle

Venus du nord et du nord-est de l’Europe, les pèlerins se rassemblaient à Paris avant de gagner, par Orléans ou Chartres, le sanctuaire de saint Martin à Tours, ville qui donna son nom à la via Turonensis. Quoi de mieux que de commencer son périple dans la capitale. Au cœur de la région Centre profitez de ces premières étapes gorgées d’histoires et de symboles.

gargouille_nd_paris_et_tour_st_jacques_p1040281.jpg

La tour Saint-Jacques à Paris
La tour Saint-jacques tutoie le ciel de Paris depuis le XVIe siècle.

En route pour Paris

Jadis, les pèlerins arrivaient au cœur de Paris par la rue Saint-Martin ou la rue Saint-Denis, où ils faisaient étape au très réputé hôpital de Saint-Jacques-aux-Pèlerins construit en 1206. Ils atteignaient ensuite l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie, aujourd’hui disparue. Clocher de style gothique flamboyant érigé entre 1509 et 1523 par Jean et Didier de Felin, la tour Saint-Jacques constitue le seul vestige de cette église, vendue comme bien national pendant la Révolution.

Borne zéro de ce chemin ? La tour Saint-Jacques au cœur de la capitale.

Aujourd’hui située entre la rue de Rivoli et l’avenue Victoria, dans le IVe arrondissement, la tour Saint-Jacques constituait autrefois la borne zéro de la via Turonensis. On peut voir à son sommet la statue colossale de saint Jacques le Majeur et, à chaque angle de la plate-forme, sont représentés l’aigle, le lion, le bœuf et un homme ailé, symboles des quatre évangélistes. Du sommet – la tour est haute de cinquante-huit mètres – l’œil embrasse un joli panorama sur la capitale. C’est en 1836 que la ville de Paris en fit l’acquisition. Devenue dangereuse pour les visiteurs du square, en raison de chutes de pierres, la capitale a entrepris sa restauration complète : commencée en mars 2006, elle s’est achevée en 2009.  

hs_compostelle_turonensis_notre-dame_yb.jpg

Notre-Dame de Paris
Notre-Dame de Paris.

Notre-Dame de Paris

Autrefois, les pèlerins déposaient dans l’église, sur l’autel, bourdons et vêtements pour le rituel de la bénédiction. Après un détour par Notre-Dame, dont le portail présente une statue de Jacques le Majeur, les jacquets pouvaient faire ferrer et bénir les chevaux au chevet de l’église Saint-Séverin, appelé le Carrefour-au-Fèvre. Ils gravissaient ensuite la colline Sainte-Geneviève en remontant la rue Saint-Jacques pour atteindre Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Dans cette église, peut-être pourrez-vous entendre un concert du « Chœur de Compostelle », groupe créé en 1983 ? C’était ici que les adieux se faisaient avec les familles qui, parfois, les escortaient. Tours, le souvenir de saint Martin : Étape majeure pour les pèlerins d’Europe du nord  

Tours, le souvenir de saint Martin : Étape majeure pour les pèlerins d’Europe du nord

tours_-_basilique_saint-martin_2-2014_2014-08-20_14.20.22.jpg

Basilique Saint-Martin de Tours
En 1802, l'ancienne basilique Saint-Martin est détruite. La nouvelle basilique a été consacrée en 1925.

Tours donna son nom à la via Turonensis menant à Compostelle. Les pèlerins y affluaient par milliers pour honorer les reliques de saint Martin, deuxième évêque de Tours, avant d’entamer leur périple.

La châsse de saint Martin « resplendit d’une profusion d’or, d’argent et de pierres précieuses », selon Aymeri Picaud. Martin (371-397), qui avait un jour déchiré son manteau pour réchauffer un pauvre, faisait l’objet d’une si grande dévotion qu’une basilique avait été élevée en son honneur. Très res- semblante à celle de Compostelle, la « plus belle de toutes les églises de pèlerinage», aux dires d’Émile Mâle, disparaît en 1802. Ne subsistent aujourd’hui, dans le Vieux-Tours, que la tour de Charlemagne, la tour de l’Horloge et la crypte qui abritait le tombeau de saint Martin.

À la fin du XIXe siècle, une nouvelle basi- lique dotée d’une crypte pour accueillir le tombeau du saint, retrouvé lors des fouilles de 1860, fut édifiée sur l’emplacement de l’ancienne collégiale Saint-Martin. Elle doit son style romano-byzantin à l’architecte tourangeau Victor Laloux. Et aujourd’hui encore, la crypte demeure un lieu de pèlerinage. Architecturalement, c’est une salle basse à cinq vaisseaux couverts de voûtes d’arêtes, reposant sur des colonnes jume- lées en marbre, avec des vitraux de Lucien- Léopold Lobin, grand maître verrier de Tours au XIXe siècle.

La cathédrale Saint-Gatien de Tours

hs_compostelle_turonensis_tours_yb.jpg

Composition de détails de Tours
Sous les voûtes. Les voûtes gothiques de la cathédrale Saint-Gatien de Tours (1), un chemin en Aquitaine (2) et la coupole de la basilique Saint-Martin de Tours (3).

La cathédrale Saint-Gatien fut, elle, bâtie entre 1170 et 1545. Mêlant les styles gothique et Renaissance, l’édifice impressionne par sa taille et son imposante façade richement décorée. Elle compte l’un des plus beaux chœurs de France. Des vitraux du XIIe siècle illustrent divers épisodes de la vie de saint Jacques : son martyre, sa légende, ses miracles.

Quant à la fameuse place Plumereau, dans le Vieux-Tours, traversée par les pèlerins, elle exerce toujours une attraction naturelle sur les Tourangeaux, mais pas seulement. Elle est un point de ralliement pour bien des visiteurs.

Découvrez le dossier complet sur le via Turonensis :

r_coquille-compostelle_helene-borderies.jpg

r_coquille-compostelle_helene-borderies.jpg