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Le Palais idéal du Facteur Cheval, le chef d'œuvre d'un autodidacte

Par Dominique Le Brun

Le village drômois de Hauterives, à mi-distance de Romans-sur-Isère et de Vienne, serait inconnu si, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècles, le préposé au courrier – un certain Ferdinand Cheval – n’avait construit de ses mains un édifice délirant qu’il a baptisé « Palais idéal », désormais classé Monument historique.

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Vue du Palais idéal du Facteur Cheval

En poste à Hauterives, dans la Drôme, Ferdinand Cheval (1836-1924), préposé à la distribution du courrier, entretient une innocente manie. Au cours de sa tournée – il parcourt chaque jour une trentaine de kilomètres –, il ramasse cailloux, roches et galets qui, par leur forme, leur texture ou leurs nuances, ont attiré son regard. À partir de 1879, il commence à disposer, sur les bords des chemins, des pierres qu’il monte en cairn, avant de revenir les chercher avec une brouette. Personne, dans le village, ne soupçonne que les matériaux ainsi accumulés s’assembleront un jour en murs, colonnes, escaliers, galeries, grottes...

Une créativité décomplexée

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Dans le Palais idéal du facteur Cheval (Drôme)

À quel moment et de quelle manière conçoit-il le prodigieux édifice ? Il serait bien dangereux d’apporter des explications définitives. Est-il inspiré par des lectures ou s’abandonne-t-il à une créativité décomplexée qu’on appelle « art naïf » ? Il y a de grandes chances. Quoique, certains guides précisent que, dans cette « étrange construction », « l’architecture et la statuaire onirique entremêlent les styles les plus divers (oriental, musulman, roman, baroque). » André Breton (1896-1966), le pape du surréalisme, affirma pour sa part que Cheval était hanté par les vestiges de fontaines pétrifiantes qu’il a découverts dans les alentours. Qui sait ? Le fait est que l’artiste-maçon subit les quolibets des Hauterivois, lesquels ne peuvent comprendre pourquoi leur facteur consacre ses heures de repos à transporter sable, ciment et cailloux dans une brouette. Jamais, celui-ci ne prend la peine de donner une explication rationnelle à son œuvre délirante. Tout juste, peut-on lui attribuer cet éclairage : « Puisque la nature veut faire la sculpture, moi je ferai la maçonnerie et l’architecture. »

Le tombeau idéal

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Une chose est sûre : monter de ses mains son Palais idéal suffit largement à son bonheur. Cela va durer trente-trois années... Nous sommes alors en 1912 ; Ferdinand Cheval a 76 ans. Désormais moins moqueurs, les villageois n’en reviennent pas, en contemplant l'imposante construction, longue de 26 mètres et haute de 12 mètres. Et s’ils y sont autorisés, ils ne se lassent pas de gravir les escaliers desservant la terrasse et le cœur des lieux. Sans doute, s’interrogent-ils devant les grandes divinités féminines à la couleur rougeâtre. Le palais n’est pas sans évoquer quelque temple asiatique : s’il ne manquait la forêt luxuriante, on se croirait à Angkor Vat... Quant au maître des céans, on pourrait imaginer qu’il passe le reste de sa retraite à se reposer à l’ombre de son œuvre. Non ! Il consacre encore dix années de sa vie à construire, dans le même style, le tombeau qu’il se destine dans le cimetière communal. Il meurt, le 19 août 1924, deux ans après avoir achevé ce second chantier.

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