La Polynésie française, un archipel de savoir-faire

Par Philippe Bourget

Danse, musique, tatouage, perliculture, tressage, street art… des Marquises aux Australes, des Tuamotou aux Gambier en passant par les îles de la Société, la Polynésie excelle dans les arts traditionnels et même contemporains. S’il n’est pas possible d’en percevoir toutes les facettes lors d’un seul voyage, quelques sites publics et un don d’observation aiguisé permettent d’en mesurer la constance ou la vigueur, sur un territoire soumis, en dépit de son isolement, aux influences du monde.

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Deux Polynésiennes sur l'ile de Rangiroa en Polynésie française
Comprendre les arts polynésiens exige un brin de recul historique. Le musée de Tahiti et des Iles (Te Fare Manaha), à Puna’auia, dans les faubourgs de Papeete, peut être une excellente introduction à la civilisation locale. Mais il faut se dépêcher d’y aller car il ferme en août 2018, pour deux ans de travaux. Des ateliers culturels accessibles aux touristes et des expositions temporaires continueront toutefois de s’y tenir, à l’image de « Danses et Costumes », programmée du 15 juin 2018 au 15 janvier 2019.

Le « triangle polynésien » et ses 118 îles françaises

On y apprend donc dans les grandes lignes l’origine du peuplement du « triangle polynésien ». Cette équerre limitée au nord par Hawaï, au sud-ouest par la Nouvelle-Zélande et au sud-est par l’île de Pâques, englobe la totalité des 118 îles de la Polynésie française. Il est ainsi admis qu’après avoir migré vers l’est sur des pirogues, des navigateurs venus d’Asie du sud-est auraient occupé la Micronésie il y a 4 000 ans, avant que des Taïwanais ne poussent leurs embarcations jusqu’au fameux « triangle », entre 500 av. J.C. et 1 000 ap. J.C.

Le mana, force spirituelle supérieure

On comprend dès lors que les arts (et les croyances) traditionnel(le)s possèdent des racines communes dans tout le Pacifique. Bien qu’il existe des différences au sein des cinq archipels de la Polynésie française, on retrouve le même socle chez les peuples des autres régions (Maoris, Hawaïens, Micronésiens…). Un mot au passage sur la « religion » polynésienne : les tupunas (les anciens) croyaient au mana, cette force spirituelle supérieure qui connecte les hommes et les guide. C’est important de le signaler car elle imprègne encore le psyché de nombreux polynésiens et affleure dans l’art de vivre, la culture et l’artisanat.

Danse, musique, costumes et couronnes de fleurs

La danse et la musique sont probablement les arts les plus visibles pour le voyageur séjournant dans le fenua (le territoire). Considérées comme l’expression de rituels et de cultes païens par les missionnaires au 18ème siècle, ces pratiques furent interdites. Préservées en secret, elles connaissent aujourd’hui un renouveau qui va bien au-delà des manifestations traditionnelles d’accueil des touristes dans les aéroports… Le haka marquisien, le tamure, l’Himene, l’Ori Tahiti… autant de pratiques qui allient charme et puissance, agrémentées de la beauté des costumes et des couronnes de fleurs. Chaque année le Heiva i Tahiti, ou la Coupe du monde de Ori Tahiti, tous les deux ans, mettent en lumière ce pan majeur de la culture polynésienne.

La Polynésie se réapproprie les arts traditionnels

La musique, évidemment, les accompagne. Le Toere (percussions), le Pu (gros coquillage dans lequel on souffle et qui émet un son puissant), le Vivo (flûte à nez), le Pahu (tambourin), retrouvent leurs lettres de noblesse et leur pratique est enseignée par des associations et des formations musicales. Une structure de ce genre est à découvrir sans délai : ‘Arioi, à Papara, au sud de Papeete. Née il y a deux ans, elle promeut la culture polynésienne sous toutes ses formes dans un but de réappropriation des arts traditionnels. Initiative sociale autant qu’artistique, 140 enfants de la commune y sont inscrits, manière aussi de recréer des ponts entre les générations. Les touristes sont invités à partager des ateliers pendant lesquels ils peuvent s’initier à la danse, à la musique, au chant et au tapa, cette étoffe végétale que l’on obtient en frappant la pelure d’écorce d’arbres jusqu’à en faire un tissu. On y apprendra que les danses tahitiennes rencontrent un engouement inattendu… au Japon où, selon la directrice d’Ariori et professeur de danse Hinatea Colombani, « 200 000 personnes la pratiquent ! ».

Feuilles de pandanus ou de cocotier : l’art du tressage

Deux autres activités peuvent être hissées au rang d’art tant elles relèvent d’un artisanat créatif inédit : le tressage et les tissus à motifs cousus main. Tous les Polynésiens ou presque savent tresser mais les femmes des Australes sont les plus expertes dans la manière d’entremêler les fibres végétales du pandanus, du cocotier ou de l’aheo (un roseau), afin de confectionner nattes, sacs, chapeaux et paniers. Les paréos ou les tifaifai, des couvre-lits, abordent de leur côté des motifs végétaux ou ethniques remarquables.

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L'art du tatouage en Polynésie française
Le tatouage : tiki, dessins géométriques et animaux

Ethnique est aussi le mot qui convient pour décrire l’art du tatouage. L’origine de cette pratique se trouverait aux Marquises. C’est là que l’on rencontre les tatoueurs les plus réputés, de même qu’à Tahiti et Moorea. Par tradition, le tatouage avait un rôle social et initiatique. Pratiqué dès la puberté, il marquait les étapes clefs de la vie d’une personne, révélait son courage ou sa force et était paré de vertus protectrices. Il suffit aujourd’hui d’ouvrir les yeux dans la rue ou sur les plages pour s’apercevoir que la tradition perdure. Certains épidermes sont de véritables tableaux vivants et l’on peut ainsi compter à la pelle les proverbes tahitiens, les tiki (représentations humaines), les dessins géométriques ou les animaux incrustés sur les peaux cuivrées.

Les pirogues traditionnelles à balancier ou à voile naviguent toujours

La sculpture sur bois n’est pas loin d’y ressembler. Apanage des hommes, les artistes s’inspirent de motifs ancestraux symboliques pour tailler des bois précieux. Un tour de main qui s’exerce également dans la fabrication de pirogues traditionnelles. A balancier ou à voile, leurs versions modernes voguent sur les lagons, de Maupiti notamment, et rappellent un usage pas si lointain lorsque les iliens livraient ainsi le coprah ou le charbon de bois.

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Perles locales, le trésor l'ile de Rangiroa en Polynésie française
Les perles des huîtres, supports d’une joaillerie réputée

Vous pensez en avoir fini avec les arts traditionnels ? Il faut encore parler des huîtres perlières ! Près de 400 fermes sont recensées en Polynésie, dont beaucoup aux îles Gambier et sur l'atoll de Rangiroa. Dans les lagons où elles sont immergées après avoir été greffées, les huîtres produisent des perles qui se déclinent dans des tons aussi variés que les eaux tropicales peuvent en délivrer. Vertes, grises ou bleus marine, elles supportent une activité joaillère de pointe qui fait la fortune de quelques familles. Chez Gauguin’s Pearl, à Rangiroa, le visiteur est ainsi invité à découvrir la technique du greffage… et à s’abandonner à la dépense dans la boutique maison.

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Graffiti typique de Polynésie française
Festival international de street art à Papeete

Reste à parler d’un dernier art qui, s’il n’est pas traditionnel, a parfaitement germé en Polynésie et notamment à Tahiti : le street art. Depuis 2014 et la création du festival international d’art urbain contemporain Ono’u (en octobre), les meilleurs artistes mondiaux se retrouvent en Polynésie. L’événement, de premier plan dans la zone Pacifique, a conduit les participants à embellir le centre-ville de Papeete en recouvrant des pans de murs de fresques géantes, largement inspirées par la culture locale. Chacun peut partir à la rencontre de ce musée à ciel ouvert coloré, au gré des rues de la capitale. Au point que Tahiti est désormais devenue une destination à part entière de street art ! Ou comment l’expression artistique du moment rejoint celle des temps anciens.

 

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