Maupiti, le petit Bora Bora

Par Philippe Bourget

Dans les îles sous le Vent, cet atoll dominé par un sommet de 380 m d’altitude ressemble à son célèbre voisin… les touristes en moins. Car si Bora Bora s’est fait un nom avec les hôtels de luxe et les voyages de noces, Maupiti, elle, est restée intègre. Seules quelques pensions de famille accueillent les voyageurs curieux venus chercher l’authenticité, les traditions et un art de vivre à la polynésienne protégé encore – mais pour combien de temps ? – des dérives du monde moderne.

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Lagune de l'ile de Maupiti en Polynésie française vue du ciel
L’avantage de la Polynésie… c’est l’avion. Oui, l’avion, qui offre une vue formidable sur ce territoire aussi grand que l’Europe, émietté d’îles-confetti perdues dans l’immensité Pacifique – 118 îles en tout, dont 88 habitées. Entre Tahiti et Maupiti, le survol en égrène quelques-unes, témoins du mythe tropical autant que de la réalité polynésienne. Moorea, la plus accessible depuis Papeete, connue pour ses pics volcaniques et ses éco-tours à la rencontre des dauphins et des baleines ; Huahine, l’une des plus « tradi » avec ses savoir-faire ancestraux et ses marae (anciens sites de culte polynésien) ; Raiatea, centre administratif des îles sous le Vent, internat obligé pour les collégiens des autres îles ; Tahaa et ses célèbres plantations de vanille ; Bora Bora – la présente-t-on encore ? -, l’icône touristique, l’un des plus beaux lagons du monde ; Rangiroa, deuxième plus grand atoll au monde et paradis des plongeurs...

Maupiti: l’ultime île avant le vide Pacifique

Et Maupiti, donc, 50 km plus à l’ouest. Ultime île avant le vide Pacifique, s’il l’on excepte Maupihaa et Motu One, où travaillent six mois par an des familles exploitant le coprah. Son isolement est sa force mais aussi sa faiblesse. Même reliée par avion, son ravitaillement dépend d’un navire qui n’accoste qu’une fois par mois. Un oubli dans une livraison et c’est 30 jours d’attente de plus. Sauf à prendre un bateau à moteur pour filer se dépanner dans une échoppe à Bora Bora, mieux achalandée avec sa flopée d’hôtels de luxe.

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Embarcations sur la plage de Maupiti en Polynésie française
Palmiers, colliers de fleurs et coquillages

Maupitu ressemble à ce que l’on imagine de la Polynésie quand on vit en Europe : un aéroport façon hangar-paillotte ; des passagers en tongs qui vont se baigner dans le lagon entre l’enregistrement des bagages et l’embarquement ! ; des palmiers en bord de piste ; le traditionnel collier de fleurs aux arrivants et de coquillages aux partants… Et pour quitter l’aéroport et rejoindre sa pension, un seul moyen : le bateau. Quel choc lorsque l’on arrive de Paris d’être avec ses valises sous la chaleur tropicale, naviguant sur le lagon vers son gîte en longeant la masse verdoyante du Nuupure, dominant l’atoll de ses 380 m.

Bungalows, cuisine polynésienne… et le silence

Maupiti possède donc une île centrale, montagneuse. Là se tient le village et ses maisons éparses, reliées par une route circulaire de 10 km. Tout autour, c’est le lagon, connecté par une seule passe à l’océan. Il sépare l’île des cinq motu principaux, où sont posées quelques habitations parmi lesquelles des pensions de famille. L’une d’elles, Fare Pae’ Ao, est tenue par Lahaina et Nelson Tavaearii. Cinq à six bungalows d’honnête confort semés dans un jardin verdoyant. La cuisine polynésienne de Lahaina, le silence dès la nuit tombée… rien de tel pour se couper du monde. En choisissant ce type de logement, on gagne en proximité et en expérience de voyage ce que l’on perd peut-être en confort à l’occidentale.

La culture de la solidarité, valeur forte de Maupiti

Le couple a fait le choix de quitter Tahiti pour venir sur l’île natale de Nelson et reprendre la pension. Jeunes mais déjà parents de sept tanés et vahinés (garçons et filles, de 1 à 19 ans), ils ont déménagé pour « apprendre d’autres valeurs aux enfants, leur faire écouter le vent et les oiseaux », dit Lahaina, qui croit à la force spirituelle du sommet de l’île, « un endroit habité », dit-elle. Les problèmes de Papeete – chômage massif des jeunes, délinquance, toxicomanie… - semblent loin, même si les courants de la modernité tendent à se diffuser partout. Sur cette île d’à peine 1 300 habitants, où tout le monde se connait voire cousine depuis des lustres, la solidarité est encore une réalité. Bien obligé lorsque le bateau a oublié de livrer une denrée ou qu’il faut se dépanner dare-dare d’un morceau de pain.

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Embarcation sur la plage de Maupiti
Pas d’hôtels de luxe, juste la pêche et le mana…

Et la pêche reste une saine occupation, au contraire de Tahiti où elle s’oublie dans la consommation fast food venue des Etats-Unis. Le mana (esprit) de Maupiti, c’est aussi le refus par ses habitants, en 2004, d’accueillir une hôtellerie de luxe. Ils l’ont dit par référendum. Du coup, la vie se conjugue encore à la mode locale. Les propriétaires de pensions se plaisent à la faire découvrir aux visiteurs, dans un rapport cordial dénué de mercantilisme déplacé, même si toute peine mérite salaire.

Poisson cru, mangues, couchers de soleil

Alors que faire à Maupiti une fois que l’on a respiré l’air suave du lagon, petit déjeuné de délicieuses mangues, dîné merveilleusement de poisson cru à Fare Pae’ Ao, préparé des colliers de fleurs avec Lahaina, attendu relax la disparition du soleil derrière la dernière rangée de palmiers ? Et bien, d’autres activités aussi simples que traverser le lagon avec Nelson, se balader au village, découvrir un ou deux sites archéologiques. Le dimanche, on pourra même pousser jusqu’à l’église catholique (les Mormons, très présents en Polynésie, ont aussi leur lieu de culte) et assister à la sortie de la messe, avec les maîtresses femmes en robes multicolores et les messieurs sur leur 31.

Les raies mantas, l’attraction animalière principale de Maupiti

Autre activité à ne pas manquer : le snorkelling auprès des raies mantas. Le lagon de Maupiti Island est l’un des spots polynésiens où elles stationnent à l’année. L’une de leurs principales occupations consiste à tournoyer lentement au dessus de « patates de nettoyage » (des rochers immergés), où de menus poissons viennent débarrasser leur peau de parasites. Spectacle inoubliable que de voir ces géantes de près pour la première fois, dans leur élément naturel.

Le four polynésien, tradition culinaire et sociale de l’atoll

Maupiti a conservé le rite du four polynésien. Chaque samedi sur le motu Tiapaa, villageois et touristes sont invités à partager ce repas traditionnel consistant à faire cuire de longues heures à l’étouffée, dans le sable recouvert de feuilles de bananier, cochon, poulet, bénitiers, arbre à pain, tarots et bananes plantains. Un déjeuner roboratif agrémenté si l’on ose de fafaru, poisson macéré dans l’eau de mer…

L’ascension du Nuupure, panoramas à 180° sur le lagon

Il est enfin une excursion que les marcheurs ne doivent pas louper : l’ascension du Nuupure. Tôt le matin, avant les grosses chaleurs, cela grimpe sec sur le sentier dans la forêt humide, ouvrant peu à peu des panoramas à 180° sur le lagon et sa vie d’apparence immuable. Des passages en corde permettent d’atteindre l’ultime relief, vision idyllique d’un atoll qu’on aimerait imaginer incorruptible jusqu’à l’éternité. Un conseil : laissez de côté les tongs et plongez vos pieds dans de bonnes chaussures de marche.

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  • Pension Fare Pae’ Ao - Chambre d'hôtes/Gîte/Refuge - Voir la fiche