Bormes-les-Mimosas
Toile de maître
La mention seule de son nom évoque ce qui fait la renommée et la magie de ce village accroché à flanc de collines face aux îles d’Or. Depuis la fin du XIXe siècle, chaque année le même spectacle éblouissant : le paysage s’y colore d’une myriade de minuscules fleurs jaunes. Mimosas mais aussi bougainvilliers, rosiers, lauriers, lavande, hortensias, hibiscus, palmiers s’y épanouissent entre les pierres blondes.
Une palette de couleurs qui ne pouvait échapper aux âmes sensibles. Marquée par le passage de peintres comme Henri-Edmond Cross et Emmanuel-Charles Bénézit, la vitalité artistique du village ne se dément pas. En effet, les ateliers de créateurs sont nombreux dans ce village médiéval, véritable labyrinthe de venelles pavées et de passages voûtés que l’on appelle ici « cuberts ». La peintre Mireille Payre y est installée depuis trente-cinq ans. Elle y expose ses œuvres, toutes inspirées de la flore et la faune locales, notamment maritimes. « Petite, j’étais une fille atypique qui pêchait des poulpes sur les plages de la Côte d’Azur, se souvient-elle. Progressivement m’est venue la conscience de devoir les protéger. » Engagée depuis plusieurs années dans la préservation des fonds marins, elle transmet sa passion à travers ses dessins et des actions concrètes, comme l’enseignement de la peinture sous l’eau aux enfants. « Dessiner et toucher les poissons, les poulpes, cela permet de les sensibiliser à l’océan. Quand on aime, on a envie de protéger, non ? », explique celle qui a longtemps collaboré avec Christian Pétron, le caméraman du Grand Bleu de Luc Besson. « En apnée, on entre dans un autre monde », dit-elle en nous montrant les photographies de ses cours de peinture sous-marine. À Bormes, ce monde est à la fois stupéfiant de beauté et fragile. « On l’admire, et on le respecte. On ne rentre jamais bredouille, on en profite toujours pour ramasser des déchets. »
Ramatuelle
En quête d'authenticité
À quelques kilomètres de Saint-Tropez se dresse un petit bourg dont le nom est lui aussi associé à l’image huppée de sa célébrissime et tumultueuse voisine. Connu pour avoir été le refuge de Gérard Philipe, icône du 7e art de l’après-guerre, le village perché de Ramatuelle revendique néanmoins une identité bien à elle. Ici, nous explique Gisèle Caïetti, native du village, « nous étions des chasseurs-cueilleurs de montagne et non des pêcheurs de la côte. Nos ancêtres vivaient à l’intérieur des remparts et notre histoire est rythmée par les batailles avec les Sarrasins ».
Défensif et lové en spirale sur le contrefort d’une colline, Ramatuelle est plus montagnard que côtier. Sa situation isolée a d’ailleurs longtemps rendu sonaccès difficile. « Jusqu’en 1945, il n’y avait pas d’eau courante. On vivait dans la pauvreté et beaucoup sont partis faire leur vie ailleurs, à commencer par moi », raconte celle qui est revenue sur sa terre natale après des années de vie parisienne.
À son retour, elle a tenu à renouer avec ce Ramatuelle si cher à son cœur. Avec une poignée d’autres nostalgiques, elle a fait renaître un vieux souvenir, celui du Cercle du littoral, une association fondée en 1885 qui réunissait jadis les hommes du village. Grâce à ce nouvel élan, l’initiative reprend des couleurs et le bar associatif, resté dans son jus, est désormais ouvert à tous. Sciemment, il affiche des prix (presque) d’époque pour ses adhérents. « S’il reste quelque chose du vieux Ramatuelle, c’est ici qu’on peut le trouver. Un petit coin d’authenticité pour les villageois adhérents qui se retrouvent le soir, loin du bling-bling de la côte », que Gisèle, devenue présidente de l’association, n’aime pas beaucoup.Ce qu’elle déplore surtout, c’est le départ progressif des résidents historiques et la pression immobilière croissante, alimentée par le tourisme, qui menacent aujourd’hui l’identité du village. Gisèle Caïetti préfère néanmoins rester optimiste. « De bonnes initiatives se multiplient ces dernières années, comme l’acquisition récente par la mairie des dépendances de l’ancien château seigneurial avec pour objectif d’y inviter des artistes. C’est exactement le genre de projet qui fera renaître le Ramatuelle d’antan. »
Grimaud
La poterie des stars
Situé au pied des ruines imposantes de son château féodal, le village perché de Grimaud se tient à l’écart du littoral prisé de la jet‑set. C’est là, dans cet arrière‑pays qui embrasse du regard tout le golfe de Saint‑Tropez, qu’est installé l’atelier de l’un des plus grands céramistes de la Côte d’Azur, la Poterie des 3 Terres. « Voici la copie des carreaux commandés par Brigitte Bardot pour sa cuisine de la Madrague. C’est grâce à elle que la carrière de mes parents, Christian et Florence Ploix, a décollé », raconte Alexandre Ploix en nous montrant une photo de l’œuvre. Ayant repris l’activité de ses parents, l'artisan ne tarit pas d'éloge sur l'âge d'or de l'atelier, en nous montrant un album où sont regroupés coupures de presse et clichés de l'époque relatant les exploits artistiques de ses parents.
Peu après la commande de Bardot, un tapis persan en céramique de 50 mètres carrés, voulu par l’architecte Philippe Tallien pour le frère du roi Hassan II du Maroc, marque un autre tournant. Les Ploix se distinguent par leur audace et leur originalité et bientôt tout le gotha méditerranéen se presse à leur porte. « C’est l’époque où tout le show-biz se fait construire une villa à Saint-Tropez : Johnny Hallyday, Eddie Barclay, Jeanne Moreau, France Gall, Romy Schneider… » Les contrats s’accumulent. En parallèle, ils réalisent pendant plusieurs années toutes les plaques de rue et les numéros de portede Port Grimaud. Leur prestige est tel qu’ils reçoivent même une demande de Jacques et Bernadette Chirac. « Une magnifique soupière décorée à la main », se souvient Alexandre en saisissant la photo de l’œuvre.
En 1994, lorsque ses parents lui proposent de les rejoindre à l’atelier, Alexandre, alors photographe professionnel installé à Paris, accepte sans hésiter. « Il faut dire que j’avais été mis très jeune à contribution, il fallait souvent surveiller les fours. » Il apporte alors sa touche personnelle, notamment en introduisant de nouvelles couleurs. « C’est tellement magique. À chaque ouverture du four, l’alchimie de la matière, des émaux et du feu ne cesse de nous surprendre. C’est un honneurde faire perdurer un tel lieu de création qui a décoré les demeures des plus grands de ce monde. »