Les Grands Boulevards : le vrai chic parisien

Par Dominique Le Brun et Dominique Roger
source : Détours en France n°156, p. 24

Les larges artères ouvertes par Haussmann dans Paris racontent la ville. Ce qu’elle fut, comment on s’y amusait, ce que l’on y achetait, qui on y rencontrait. Elles ont structuré la circulation entre les quartiers, définit un style architectural, imposé un rythme trépidant et nerveux.

La palais Garnier vu depuis la place Diaghilev


Le palais Garnier vu depuis la place Diaghilev, le boulevard Haussmann
 et la rue scribe. L’envers ne vaut pas tout à fait l’endroit, même si la façade et la cour arrière nord présentent un grand intérêt architectural. Cette entrée a un rôle avant tout fonctionnel, elle a été conçue pour réceptionner le matériel et les décors. Le fronton (large de  
152 mètres) correspond à l’emplacement de la cage de scène. Haussmann avait reproché à l’opéra de Charles Garnier de se
 « trouver médiocrement
 en harmonie [avec] l’architecture imposée à toutes les maisons voisines ».

Le théâtre national de l'Opéra-Comique

Le théâtre national 
de l’Opéra-Comique, 
sur la place Boieldieu
 (2e arr.), fut créé sous le règne de Louis XIV. La salle Favart, inaugurée en 1783, sera reconstruite à deux reprises, en 1840 et 1898, suite à des incendies.
On s’y presse pour applaudir les compositions de Chabrier, Bizet, Massenet ou Ambroise Thomas, dont le Mignon (1866) fait un tabac. L’Opéra-Comique est actuellement dirigé par Jérôme Deschamps.
 Le divertissement est
 à la mode. Partout sur 
les Grands Boulevards s’ouvrent des « caf’ conc’ » (la Scala, l’Alcazar d’été,
 les Ambassadeurs...) et 
des salles de music-hall. Des Folies Bergères
 à l’Olympia, théâtres et opéras affichent complets.

Le boulevard des Italiens


Le boulevard des Italiens s’étire entre les 
2e et 9e arrondissements. Au centre de l’image, l’immeuble historique du quotidien Le Monde. Cet édifice post-haussmannien, dont la façade s’orne d’une monumentale horloge, a regroupé rédaction et imprimerie pendant 45 ans.

La porte Saint-Martin


La porte Saint-Martin, tout comme sa voisine 
la porte Saint-Denis, est un arc de triomphe, élevé au XVIIe siècle sur ordre de Louis XIV. Elle marque le point de croisement
 de l’axe Saint-Denis et des grands boulevards. Le théâtre de la Porte Saint-Martin, depuis son ouverture en 1802 (et sa reconstruction après son incendie en 1870), s’est essayé à tous les genres
 de l’art dramatique : féeries, ballets, comédies, drames et tragédies. C’est dans ce dernier registre que la grande salle boulevardière s’est taillé sa réputation. Frédérick Lemaître, Marie Dorval et surtout Sarah Bernhardt étaient des comédiens fidèles.
Près du métro Grands-Boulevards, le boulevard Poissonnière croise la rue et le faubourg du même nom, lesquels se prolongent par la rue des Poissonniers, qui devient elle-même avenue de la Porte-des-Poissonniers, et redevient, une fois de l’autre côté du périphérique, à Saint-Denis, la rue des Poissonniers. Cette insistance s’explique par le fait que, dès le XVIe siècle, le poisson frais était livré en moins d’une nuit depuis la Manche, par des attelages qui suivaient un itinéraire tracé en droite ligne entre le port de Dieppe et le quartier parisien des Halles.

Marianne en bronze de la place de la République


1870, le retour de la République est effectif.
 Il faut qu’un monument digne de ce nom inscrive l’événement pour la postérité. Les frères Morice érigent, place de la République, une œuvre monumentale : une Marianne en bronze de 9,50 mètres de hauteur, veillant sur les allégories de la Liberté, de l’Égalité, de la Fraternité. La République aimant aussi l’ordre, une caserne de 3 000 hommes jouxte Marianne et ses Droits de l’homme.

Les grands magasins

Terrasse des Galeries Lafayette


Coupole des galeries Lafayette
Coupole des galeries Lafayette
Les grands magasins sont nés
 sur le boulevard Haussmann. Les Galeries Lafayette datent d’octobre 1912. Mais l’aventure avait débuté en 1894 sous l’impulsion de Théophile Bader et Alphonse Kahn. Tout y fut conçu pour que le client 
se sente bien, se laisse aller à l’émerveillement, donne libre cours à ses envies d’achats, de la terrasse du 5e étage avec vue panoramique sur la ville, à l’immense coupole aux armatures métalliques sculptées de motifs floraux. Les balustres des étages et la rampe d’escalier sont signés Majorelle. Autre temple de la mode, Le Printemps fondé par Jules Jaluzot en 1865, et sa grande nef centrale couverte d’une coupole.
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