Besançon : tous les temps d’une capitale

Par Philippe Bourget
source : Détours en France n°157, p. 46

Structurée par Vauban, façonnée par l’horlogerie, Besançon incarne une certaine rigueur. Mais être capitale régionale exige d’avoir 
des élans contemporains. Alors,
 les hôtels particuliers se rénovent, la vie culturelle s’épanouit et la cité séduit.

Vue depuis la citadelle de Besançon.


Du point de vue de la citadelle. Chef-d’œuvre d’art militaire, la citadelle et les forts qui lui sont liés illustrent tout le génie de Vauban : enceintes, tours bastionnées, courtines, demi-lunes...
30 ans de travaux – et une telle fortune que le Roi-Soleil demanda « si d’or elle était » – furent nécessaires pour la terminer, début XVIIIe siècle. Par le chemin de ronde ouest, qui débute par la tour de guet « de la Reine », on découvre les collines de Chaudanne et des Buis, la vallée du Doubs et une partie de la ville.

Haute vitesse ferroviaire depuis décembre 2011. Cité des Arts et de la Culture, « maison d’écrivain » Victor-Hugo en 2013. Tramway en 2015. Quelle mouche a piqué Besançon ? L’une des plus discrètes capitales régionales françaises a décidé de faire – un peu – parler d’elle. On allait dire : il était temps. Car, dans la liste des villes touristiques françaises, Besançon n’est pas au top de la fréquentation. À sa décharge, une agglomération de seulement 170 000 habitants, loin de la puissance de feu des Toulouse, Bordeaux, Lyon, Strasbourg et consorts... Pourtant, Besançon, c’est d’abord un site unique. Imaginez : une rivière, le Doubs, prête à fermer sa « boucle » et dont l’arrondi protège le centre historique. Au-dessus, sentinelle inexpugnable, la citadelle de Vauban, inscrite depuis 2008 au patrimoine mon- dial de l’Unesco. Un formidable ouvrage de défense, plaqué sur le verrou rocheux et locomotive touristique de la cité. Tout autour, de la verdure, comme si la ville hésitait à être autre chose qu’une grande préfecture à la campagne. Besançon, c’est aussi une couleur de pierre (dite pierre calcaire de Chailluz), mélange gris-bleu et beige un peu froid qui entretient une image austère. N’est pas Dijon qui veut! Pourtant, cette pierre cache des hôtels particuliers – presque – aussi beaux qu’en Bourgogne.

La citadelle de Besançon.


La citadelle est organisée en un trio de bastions successifs : les « enceintes » ou les « fronts ». Ci-dessus, le front Saint-Étienne protégeant le côté ville.

Besançon, c'est d'abord un site unique. Imaginez : une rivière, le Doubs, prête à fermer sa « boucle » et dont l'arrondi protège le centre historique. Au-dessus, sentinelle inexpugnable, la citadelle.

Besançon est née une seconde fois d’une conquête, celle de Louis XIV qui l’arrache des mains du royaume d’Espagne, en 1674. La voilà française, avec les attributs associés. Elle récupère parlement, université, intendance, jusque-là à Dole. Et une organisation urbaine cloisonnée, avec Saint-Jean « quartier des chanoines » (au pied de la citadelle) et Saint-Pierre « quartier politique et bourgeois » (édifices monumentaux, hôtels particuliers). En marge du Doubs, se tiennent les « quartiers populaires » (Rivotte, Battant). Tout ceci à l’ombre de fortifications qui veillent à sa sécurité (la citadelle, les forts Griffon, Beauregard, Chaudanne...).

La ville basse de Besançon.


Une vision peu habituelle de la ville basse de Besançon, délimitée par la boucle du Doubs. La photo est prise depuis le palais Granvelle, pièce d’orfèvrerie de l’architecture Renaissance. Nicolas Perrenot de Granvelle, issu de la petite noblesse locale, deviendra garde des Sceaux, premier conseiller et homme de confiance de Charles Quint.
 Au XVIe siècle, sa fortune et sa puissance politique seront sans équivalent dans toute la Franche-Comté. À l’arrière-plan, la cathédrale Saint-Jean et la citadelle.

À pied, la balade révèle ces pans d’histoire et leurs adaptations contemporaines, mélange de classicisme et de modernité. Le point de concentration, c’est la place du 8-Septembre, où trône l’hôtel de ville. Drôle de « frontière », d’ailleurs. Au nord- ouest, les rues piétonnières signent l’animation marchande. Au sud-est, la Grande-Rue perd (trop) vite ses chalands et marque l’entrée dans Saint-Jean, résidentiel, plus sombre, au pied de la citadelle.

La rue piétonnière des Granges à Besançon.


La piétonnière rue des Granges, bordée de belles façades anciennes. Osez une incursion dans la cour du n° 74, pour son incroyable escalier Louis XV en bois.

Partons au nord-ouest. Voici la place de la Révolution, large esplanade réservée aux piétons, rénovée en 2002, dominée par une grande fontaine et l’ancienne halle aux grains, aujourd’hui musée des Beaux-Arts et d’Archéologie. Derrière le musée, le moderne marché des Beaux-Arts abrite les effluves irrésistibles de la gastronomie franc-comtoise (nous vous conseillons le stand de Sandrine et Pascal Colas, La Crémerie du Marché).

Place de la Révolution à Besançon.


Avant d’être baptisée place de la Révolution (en 1904), elle s’est appelée
du Puits-du-Marché, puis
du Marché. Nombre de Bisontins la connaissent toujours sous ce nom. Lieu très animé, elle dessert le Conservatoire, installé dans l’ancien grenier à blé de style Régence, le musée des Beaux-Arts et le temple protestant, ancien hospice Saint-Esprit (XIIIe-XVe siècles).

Depuis la place, on accède aux quais du Doubs, en empruntant le passage Port- Mayeur, utilisé jadis pour rejoindre la rivière. Retour au classicisme sur le quai Vauban, remarquable par ses façades à arcades XVIIe siècle. Un quai qui devient branché le soir, avec cafés-terrasses et restaurants.

Quai Vauban à Besançon.


Pour avoir une belle vue sur l’ensemble architectural (fin XVIIe siècle) bordant le quai Vauban, placez-vous sur le pont Battant ou juste en face, quai Veil-Picard. Ce « rempart » de façades classiques se dédoublant sur le miroir du Doubs est l’œuvre des frères Robelin, ingénieurs formés par Vauban.

Parlons un peu des hôtels particuliers. Le plus célèbre est le palais Granvelle. Construit au XVIe siècle pour Nicolas de Granvelle, garde des Sceaux de Charles Quint, ce splendide quadrilatère Renaissance à la toiture vernissée abrite le musée du Temps (à visiter, c’est l’histoire industrielle de la ville, rappelez-vous le conflit de Lip dans les années 1970). Sa cour et la place située derrière, ombragée, sont des lieux de passages urbains. Grande-Rue et alentour, on citera aussi les hôtels particuliers Terrier-de-Santans, Petit-de-Marivat, Pourcheresse-d’Étrabonne, de Lavernette... Tous XVIIe ou XVIIIe siècle, rénovés ou méritant de l’être, stricts dans leur damier bleu-beige. On poursuit l’exploration de la Boucle : le quartier Saint-Jean et ses anciens couvents devenus résidences ; la cathédrale et son horloge astronomique ; les trajes, petits passages entre les immeubles ; le théâtre de Ledoux et la Kursaal ; le quartier Ruty et son imposante caserne...

Le "traje" bisontin.


Le « traje » bisontin est l’égal du « traboule » lyonnais : un passage piéton entre deux rues.

Sur la trace des grands auteurs. Nombre de grands auteurs ont marqué Besançon. Victor Hugo y a vu le jour (140, Grande-Rue). Tristan Bernard est né à deux pas, au 23, Grande-Rue. Le poète Stéphane Mallarmé fut professeur au lycée impérial, en 1866. Stendhal situe au palais de justice le procès de Julien Sorel, dans Le Rouge et le Noir. Balzac fait vivre dans l’hôtel de Valay (rue de la Préfecture) l’héroïne de son roman Albert Savarus (1842). Colette y passait des étés. Et Pasteur fut élève et maître d’études au collège de Besançon, de 1839 à 1842 (fontaine sur la façade du lycée Victor Hugo, rue du Lycée). Que du beau monde ! Visite nocturne contée « Parole d’Artiste », avec le théâtre Envie. Réservation
 à l’office de tourisme : 03 81 80 92 55.
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