Les Sables-d'Olonne : la belle océane

Par Vincent Noyoux
source : Détours en France n°161, p. 24

Pour beaucoup d'entre nous, Les Sables évoquent des odeurs de pinède, d'air salin,
 de gaufres tièdes croquées sur la plage
 en contemplant la mer.  C'est aussi  une ville à la  fringante architecture fin XIXe siècle !

La digue-promenade du Remblai aux Sables-d'Olonne

S'étirant de la naissance de la Petite Jetée jusqu'au lac du Tanchet, la digue- promenade du Remblai surplombe la longue plage orientée plein sud qui a fait la réputation des Sables. Au-delà de la barrière des immeubles et villas se love le centre historique et son église Notre-Dame-de- Bon-Port. Le phare vert de la jetée signale l'entrée
du chenal qui mène aux bassins de pêche et de plaisance, rappelant que la ville fut un port avant d’être une cité de villégiature.
 

Sur la plage de 3 kilomètres de longueur, les prospecteurs de métaux balaient le sable à l’aide de leurs détecteurs. Il existe pourtant une chasse aux trésors bien plus fructueuse aux Sables-d’Olonne : celle des villas balnéaires. Il suffit de se promener dans les différents quartiers de la station pour tomber sur une façade rappelant l’époque glorieuse du tourisme triomphant. Car dès la deuxième moitié du XIXe siècle, les « trains de plaisir » relient Paris aux Sables. Aussitôt, l’ancien port morutier (le plus important de France au XVIIe siècle) se transforme en un lieu de villégiature chic. Deux casinos sont construits, et de luxueuses villas sortent de terre. Les plus belles réalisations se découvrent en longeant le Remblai, réaménagé il y a peu. Impossible de manquer le Palazzo Clementina, délire architectural surmonté d’une tour à créneaux.

Le Palazzo Clémentina


Le Palazzo Clementina, construit sur le Remblai par Charles Charrier en 1919, est emblématique de l'extravagance des architectes des villas balnéaires.

L’architecte a joyeusement mélangé les styles en superposant mâchicoulis, oriels, toit terrasse et loggia à l’italienne ! Juste à côté, les Nouvelles Galeries ont conservé leur beau fronton du début du siècle dernier. La bourgeoisie parisienne, celles de Nantes et de Cholet séjournaient dans les demeures cossues construites au sommet de la dune, place de la Résistance. Plus loin sur le Remblai, à l’angle de la rue Travot, la villa Mirasol – en fait quatre hôtels particuliers – présente un décor exubérant de rinceaux, de fleurs, de pommes de pin et de scènes antiques. Son créateur, l’architecte Maurice Durand, habitait la pittoresque maison jaune pseudo-médiévale (avisez la gargouille !) située de l’autre côté de la place du Maréchal-Foch.

La villa Mirasol sur le Remblai


À droite de la photo, la villa Mirasol, à l'angle du Remblai et de la rue Travot.

La maison pseudo-médiévale où habita l'architecte Maurice Durand


Dans le quartier de l'île Penotte, la maison pseudo-médiévale où habita l'architecte Maurice Durand, créateur, entre autres de la villa Mirasol (1914).

Trésors de l'architecture balnéaire


En face de l’horloge du Remblai, où les Sablais se donnent rendez-vous, la villa Gelf arbore une superbe mosaïque bleu et or de l’atelier Odorico. Les charmants décors floraux des villas le Printemps et la Riviera contrastent avec les immeubles rectilignes des années 1960 et 1970, qui semblent vouloir les écraser. La station a pris conscience bien tard de son patrimoine architectural balnéaire... Encore quelques pépites avant de rejoindre le cœur de ville : une villa paquebot et une kitscherie baroque rue Chanzy, une maison bariolée rue du Bastion (les Marguerites blanches), une loggia des plus élégantes sur la promenade Georges-Clemenceau (Les Tamaris), un chalet aux airs de pâtisserie à la chantilly (à l’angle de la rue de la Plage), une villa anglo-normande jaune citron juste à côté... Il ne faudrait pas oublier les cabines de plage roses et bleues, qui donnent au Remblai un parfum d’éternelles vacances.

Promenade Georges-Clemenceau


Promenade Georges-Clemenceau, les villas de style anglo-normand du début du XXe siècle côtoient les grands immeubles des années 1970.

Riches armateurs et pirates des Caraïbes

La ville, qui quadruple sa population en été, réserve d’autres surprises. L’église Notre- Dame-de-Bon-Port illustre les efforts de la contre-réforme pour asseoir le catholicisme face au protestantisme. Que de richesses dans le décor des portails sculptés et, à l’intérieur, dans celui du ciborium ! Juste à côté, les Halles centrales, dont les colonnes en fonte évoquent les pavillons Baltard, débordent de victuailles. Le mardi et le samedi, il faut se mêler à la foule pour remplir son panier de rillettes de sardines, de poissons frais et de gâche (brioche) vendéenne.

La Halle centrale et le clocher de l'église Notre-Dame-de-Bon-Port

Entre la rue des Halles et la rue de la Patrie, engouffrez-vous dans la rue de l’Enfer... si vous y parvenez. Ce petit couloir de 41 centimètres de largeur serait en effet la plus étroite rue du monde !
Au bout de la rue de la Patrie, la villa Fontaine étonne par sa façade en forme de fer à repasser. Les ruelles se dépeuplent tandis que l’on s’enfonce dans le quartier du Passage, ainsi nommé parce qu’il permettait de se rendre du centre-ville à La Chaume, de l’autre côté du chenal. C’est ici que les pêcheurs s’installèrent dès le XIIIe siècle. Leurs maisons basses, bâties à l’abri de la dune, ont la particu- larité de posséder des caves donnant sur rue. Traditionnellement on y entreposait le matériel de pêche. Mais lorsque la mode des bains de mer arriva, les habitants se replièrent en sous-sol pour louer leurs chambres à l’étage aux vacanciers.

Le quartier de l'île Penotte


Un joyeux bestiaire dans le quartier de l'île Penotte : rue Trompeuse ou rue Monte-à-Peine, les façades sont ornées de mosaïques composées de milliers de coquillages.

Il est temps de rejoindre la petite jetée qui protège le port de l’ensablement depuis
le XVIIIe siècle. Pêcheurs et joggeurs s’y côtoient jusqu’au petit phare vert. En remontant l'autre rive du chenal, on aboutit aux quais du port de pêche. Au fil des ans, les chalutiers laissent peu à peu la place aux bateaux de plaisance, qui bénéficient déjà du site de Port-Olona depuis 1979. On peut toutefois assister à la criée, guidé par les professionnels de la mer. Une belle façon de se rappeler que les Sables furent un port avant d'être une cité balnéaire.