Pour découvrir le Marais poitevin, la solution la plus courante consiste à acheter un ticket pour une promenade en barque à travers la fameuse Venise verte. Mais il y a mieux. À Damvix, qui apparaît comme une sorte de capitale du marais, on peut louer un canoë canadien avec un équipement de camping, et disparaître immédiatement parmi les canaux trop étroits pour les barques maraîchines chargées de touristes.
Visite en Venise verte
Dès lors, la question se pose : où aller ? Voici une idée d’itinéraire pour un week-end au cœur du marais entre les villages de Damville, d’Arsis et de Coulon. À midi le premier jour : départ de Damville par la conche du marais Lusseau. S’engager dans la Vieille Sèvre jusqu’à la rigole de la Rive-Droite et le village du Mazeau. Le soir, bivouac au bord du Nouveau Bief. Le lendemain: départ du Nouveau Bief jusqu’à la Sèvre Niortaise, puis le bief d’lrleau jusqu’à la rigole de la Garette ; ensuite, le village d’Arçais, le bief de la Taillée et la rigole de la Garette ; enfin, la conche du Mauvais-Bout pour revenir à Damvix. Bien entendu, ce programme peut être interprété et modifié à la convenance de chacun : il suffit de consulter la carte du marais.
Jungle aquatique
On flotte en Venise verte. La pagaie disperse un tapis de lentilles d’eau qui se referme derrière notre sillage, de telle sorte que personne ne peut soupçonner notre passage. Nous laissons la nature intacte. Parfois, le canoë écarte de son étrave les rameaux d’un saule pleureur. On se fraie son chemin dans une jungle aquatique à la limite du pénétrable, mais tellement chaleureuse... D’énormes libellules multicolores conduisent leurs ballets amoureux parmi les roseaux. Un ragondin fait diversion en coupant notre sillage et un cygne s’éloigne dignement avant que l’on arrive à sa hauteur. Silence absolu. Il est difficile de croire que Niort et La Rochelle se trouvent à vingt kilomètres à peine. Mais pour qui n’a pas l’habitude de la nature sauvage, un malaise s’installe...
Repérages entre eaux claires et dormantes
Comment, dans ce fond de marais, savoir où on se trouve ? Même si sur la carte notre point est formel : nous le reportons au crayon à chaque intersection de canaux. C’est pourtant clair. Après avoir dépassé la conche du marais Lurseau, nous nous sommes engagés dans la Vieille Sèvre, que nous quitterons par la rigole de la Rive-Droite. Mais il est impossible d’échapper à cette conviction que vient confirmer chacun de nos sens : nous pagayons au beau milieu d’un labyrinthe. Que notre carte s’envole sous une improbable risée, qu’elle passe à l’eau... et nous voici égarés. C’est le seul risque à courir. Parfois, les cours d’eau les plus étroits semblent s’enfoncer dans les herbes ou se perdre sous les arbres. Pourtant, ça passe! Le plus extraordinaire reste que le marais est propre comme un jardin anglais, et ses eaux claires à s’y baigner. On glisse sans se lasser, les coques, les pagaies, les corps eux-mêmes se reflètent dans le miroir des eaux dormantes. On croirait composer la toile d’un peintre impressionniste... Parfois, sur un canal un peu plus large, on croise une barque du marais: une sorte de bachot à fond plat, à arrière pointu pour utiliser plus confortablement la perche dont l’extrémité se termine en trident, et qui sert à la fois de propulseur et de gouvernail.
Bivouac à la belle étoile
Une carte postale courante montre une de ces barques transportant une vache ou le facteur. On a une chance de croiser les deux... en plus des touristes, bien sûr ! Mais qu’importe, c’était une brève rencontre, avant de disparaître à nouveau dans une rigole étroite. Rien ne vient parasiter notre exploration. Nous y sommes absolument seuls. Avec cette sensation de liberté qu’on ressent quand on possède à son bord une tente, un réchaud et des provisions. Tout ce qu’il faut pour une nuit idyllique dans un coin inaccessible depuis la terre ferme !