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Naissance de l'Art nouveau à Paris

Par Dominique Le Brun et Dominique Roger
source : Détours en France n°156

En 1880, le caractère uniforme des rues de Paris devient insupportable. La faute aux règlements édictés par Haussmann, qui définissent la conception des immeubles selon des normes trop strictes. De nouveaux textes de loi vont offrir plus de liberté aux architectes, qui vont faire preuve de fantaisie, voire d’exubérance. L’ Art nouveau s’épanouit sur les façades.

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Verrière à double pente "Libellule" sur une entrée de métro
Alors que les chantiers du baron Haussmann donnent un nouveau visage à Paris,
 un phénomène culturel se développe en Europe, tendant à abolir la distinction entre
les arts dits majeurs et les arts dits mineurs, entre les artistes peintres ou sculpteurs 
et les artisans tapissiers, joailliers, ébénistes, céramistes... La fonction utilitaire d’une création suffirait-elle à lui enlever sa noblesse, à refuser à son créateur la qualité d’artiste ? C’est ainsi que s’affirme l’idée de l’unité de l’art, et c’est sur ces bases que naît 
l’ Art nouveau, concept suivant lequel tout, dans la vie quotidienne, peut être beau à regarder.

Le 13 décembre 1900, la CMP (Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris) inaugure la « libellule », dénommée ainsi car la verrière à double pente inversée peut faire songer aux ailes translucides de l’insecte. Les projets d’Hector Guimard, jugés trop originaux par la Ville de Paris, seront imposés à la CMP par son président. Cette entrée de la station Porte-Dauphine (ligne 2) débouche place des Généraux-du-Trentinian.

On imagine avec quelle satisfaction les architectes parisiens prirent connaissance de ce décret de 1882 qui, plus de dix ans après la révocation du préfet Haussmann, autorisait enfin des saillies plus importantes sur les façades et la construction de bow-windows. D’autant plus qu’avec l’invention de l’ascenseur (apparu en France lors de l’exposition universelle de 1867), les étages élevés des immeubles étaient en train de prendre de la noblesse.

Hector Guimard
Le plus connu des architectes Art nouveau français a signé une vingtaine d’immeubles et d’hôtels particuliers dans le 16e arrondissement. Faire le tour des créations d’Hector Guimard est aussi le moyen de découvrir le très chic quartier d’Auteuil. Le premier vrai projet de ce Lyonnais né en 1867 est le Pavillon de l’électricité pour l’exposition universelle de 1889. Convaincu que « la Nature est un grand livre dans lequel nous pouvons trouver l’inspiration », l’architecte et décorateur construit villas, immeubles, hôtels particuliers, ateliers, sépultures... Les principes de Viollet-le-Duc l’influencent, l’art japonais l’incite à utiliser la terre cuite émaillée, la fonte peinte. Son chef- d’œuvre, le castel Béranger, date de 1895. Après la Grande Guerre, son architecture se standardise. Il meurt à New York en 1942.

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Le 142 avenue de Versailles
Construit entre 1903 et 1905, le 142 avenue de Versailles est un immeuble dit de rapport réalisé pour le compte du promoteur Louis Jassedé. Il compte sept étages et était destiné à une clientèle bourgeoise. Le traitement de la façade met en valeur des éléments fonctionnels et décoratifs en fonte. Son escalier, bijou de verre travaillé par les lignes courbes, est classé monument historique.

Un domaine immense s’ouvrait à la créativité des disciples de l’Art nouveau. En France, le mouvement était tout récent et avait pour origine indirecte la défaite de 1870 : une grande partie de l’Alsace-Lorraine étant passée sous le joug prussien, de nombreux industriels choisirent de se réfugier à Nancy, nouvelle capitale de l’Est français. Ces entrepreneurs éclairés s’attachèrent à marier la technique et l’art, l’urbanisme et l’esthétique. Ainsi naquit l’École de Nancy, avec pour devise : « L’art pour tous, l’art dans tout, l’art total. » Outre à Paris, ce mouvement se développa simultanément dans plusieurs villes : Barcelone, Bruxelles, Glasgow, New York…

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Le castel Béranger

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Le castel Béranger
Le castel Béranger, élevé entre 1895 et 1898, n’est pas le premier immeuble de Guimard. Mais c’est là, au 14, rue La Fontaine (16e arr.) qu’il confie avoir pu mettre en application sa réflexion de créateur basée sur un trio de valeurs : logique, harmonie, sentiment. Les décrochements se multiplient, les matières polychromes constituent un camaïeu, le fer et les fontes artistiques s’exposent. La touche qui scelle cet Art nouveau est le travail de la ligne, courbe et rythmée.

Chef de file de l’École de Nancy, Émile Gallé alliait des talents de maître verrier et d’ébéniste à une passion profonde pour la botanique. Ceci explique pourquoi la nature l’inspira à ce point. Il ne se contenta pas de reproduire les formes des plantes pour dessiner des meubles, et les couleurs pour décorer des vases et des luminaires. Il alla jusqu’à reprendre leur texture, en quête d’une vérité rigoureuse qui, pensait-il, donnerait une force durable à son message artistique. À Paris, les réalisations d’Hector Guimard vont dans ce sens, à commencer par les plus connues d’entre elles : les bouches du métro. On verra aussi le travail d’Alexandre et Édouard Autant avec l’immeuble situé au 14 rue d’Abbeville, dans le 10e arrondissement ; ou celui de Frantz Jourdain avec la Samaritaine de Luxe, au n° 27 du boulevard des Capucines. Ces deux derniers exemples illustrent les limites de l’Art nouveau et expliquent pourquoi on a pu le qualifier de « style nouille ».

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L'un des immeubles de Guimard

De 1910 à 1912, Guimard élève un groupe de sept immeubles entre les rues Fontaine, Agar, Gros. Les « folies » ornementales Art nouveau laissent place à plus de rigueur, de lignes géométriques. Fidèle à son maître Viollet-le-Duc, il laisse apparaître des réminiscences médiévales (colonnettes végétales...).